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Point d'Andréas Kraemer (Ecologic Institute de Berlin) :

Impulsée dès les années 1970, la transition énergétique « Energiewende », s’est traduite par la volonté non seulement de la classe politique allemande mais aussi des élites économiques et de la plupart de la population générale de sortir du nucléaire, pour des raisons économiques et de sécurité. Une réflexion sur le cadre réglementaire approprié au déploiement de production d’énergie alternative s’est rapidement engagée.

Plus récemment, la catastrophe nucléaire de Fukushima de mars 2011 a conforté la politique énergétique allemande menée depuis une trentaine d’années, notamment dans son choix de sortir du nucléaire. Aujourd’hui, le terme d’« Energiewende » a fait son entrée dans le dictionnaire anglais et chinois.

Dès les années 1990, la loi sur le rachat de l’énergie renouvelable « Stromeinspeisungsgesetz », soumise au Parlement allemand par le parti conservateur, a impulsé vingt-deux années de développement des énergies renouvelables. Cet essor s’est construit sur le développement de l’ancienne industrie hydro-électrique, de l’énergie éolienne, des panneaux solaires, des bioénergies et sur la conversion de biomasse et de biogaz en électricité. Aujourd’hui, la part des énergies renouvelables atteint presque 30 % du mix énergétique allemand. Cette production d’énergie renouvelable étant raccordée à la fois aux réseaux de transport et de distribution d’électricité, les technologies de Smart grids sont expérimentées sur l’ensemble du système électrique.

Quelles sont les implications de cette politique sur le réseau électrique allemand ?

Cette politique en faveur des énergies renouvelables entraîne incontestablement une évolution des besoins et des caractéristiques des réseaux électriques allemands, qui s’appuyaient traditionnellement sur des moyens de production prévisibles telles que les grandes centrales nucléaires ou thermiques à flamme.

Comme dans de nombreux pays en Europe, les réseaux de transport sont déjà en partie intelligents. Il est possible d’y changer la direction des flux de puissance et d’en traiter les données. Ce sont en conséquence les réseaux de distribution qui focalisent une grande part de la réflexion sur les Smart grids en Allemagne. En effet, le fort développement des panneaux solaires sur les réseaux de distribution entraine, à l’échelle locale, un excédent de production d’électricité pendant quelques heures vers midi en été. Rééquilibrer l’offre et la demande d’électricité sur ces réseaux suppose l’ajout de composants « intelligents » pour en assurer la bidirectionnalité.

En effet, le réseau doit pouvoir réagir à la dynamique du marché, c’est-à-dire s’adapter à la fluctuation des comportements économiques et intégrer des installations de production de taille différentes. Superposée au réseau électrique, une infrastructure de communication doit fournir les flux d’informations utiles aux acteurs. Pour cela, les Smart grids doivent pouvoir supporter des inversions de flux de puissance et être capable de collecter, agréger et traiter l’information.

De plus, des évolutions technologiques sont nécessaires pour une plus forte implication des consommateurs. Cela sera possible grâce à l’utilisation des compteurs évolués. L’infrastructure de recharge des véhicules électriques s’inscrit également dans cette évolution et doit, également, permettre l’interaction entre le consommateur et les autres éléments de la chaîne de valeur électrique.

Toutefois, l’Allemagne est le théâtre d’une confrontation entre deux visions opposées de l’utilisation des Smart grids :

  • la première considère les Smart grids comme un instrument de contrôle à distance des producteurs et des consommateurs d’électricité. Les gestionnaires de réseaux de distribution, à la recherche de l’équilibre offre/demande à tout moment, veulent se servir de l’intelligence du réseau pour pouvoir mettre en marche une installation de production ou effacer la consommation ;
  • la seconde vision laisse plus de place à l’autonomie des acteurs et à la logique économique du marché. En effet, elle privilégie des tarifs incitatifs, reflet du niveau de l’offre et de la demande, pour orienter le comportement des acteurs et stabiliser le marché.

Si ces deux paradigmes se déploient aujourd’hui en parallèle, le rapport de force jouera tout de même à moyen terme en faveur de l’un d’entre eux. Reste à savoir lequel ?


R. Andréas Kraemer
21 février 2013





R. Andréas Kraemer est Président Directeur général de l’Ecologic Institute de Berlin



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