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Point de vue de Jean-Marc Jancovici (Carbone4) :

Différents acteurs, dont GRDF, ont financé une étude réalisée par Carbone 4 afin de déterminer, au regard du potentiel de méthanisation français et du volume d’énergies fossiles importé, où et comment investir afin d’éviter le maximum d’émissions de gaz à effet de serre.

Pour répondre à cette question, Carbone4 a étudié la décomposition de la consommation d’énergie finale en France. Les hydrocarbures représentent l’essentiel de la consommation d’énergie finale en France :

  • le pétrole représente une petite moitié de notre consommation d’énergie finale, deux tiers de nos émissions de CO2 et, lorsque le baril était à 100 dollars, représentait 50 milliards d’euros d’importations par an ;
  • le gaz représente un quart de nos émissions de CO2,
  • le charbon représente un milliard d’euros d’importations et 12 % de nos émissions de CO2.

Le nucléaire représente quant à lui un milliard d’euros d’importations d’uranium et n’engendre pas le CO2.

Etant donné ce contexte, lorsqu’il est possible d’investir dans des installations de production de biométhane, le choix réside dans son utilisation : production d’électricité, utilisation sous forme de carburant ou sous forme de gaz pour le chauffage ou l’alimentation de processus industriels.


Source : Carbone 4

La méthanisation consiste à faire fermenter des matières végétales pour produire du méthane (CH4). Les matières végétales pouvant être utilisées pour produire du méthane ont un pouvoir méthanogène différent, ce qui signifie qu’un kilogramme de matière n’engendre pas la même quantité de méthane. Toutes ces matières ne sont pas disponibles en France et les gisements sont plus ou moins faciles à capter.

Les matières fermentescibles sont introduites dans un méthaniseur dans lequel la fermentation anaérobie se produit, ce qui permet d’extraire un gaz de fermentation, qui n’est pas du méthane pur. Ce biogaz peut être utilisé pour différents usages (cogénération, carburant, etc.) à l’exception de l’injection dans le réseau de gaz naturel. En effet, le gaz de fermentation doit être épuré, c’est-à-dire qu’il faut séparer le méthane des autres particules, avant d’être injecté dans le réseau.

À la sortie du digesteur, on trouve également un résidu solide, appelé digestat, qui peut, selon ce dont il est composé et selon les contraintes réglementaires en vigueur, être valorisé par épandage car il contient des éléments qui possèdent une qualité d’enrichissement des sols.


Source : Carbone 4

En fonction de la nature de la matière disponible et du débouché visé, différents types d’installations (taille et localisations distinctes) peuvent produire du biogaz :

  • installations de petite taille situées directement sur le territoire de l’exploitation agricole qui utilisent des déchets végétaux ou des déjections animales ;
  • des projets un peu plus gros, appelés projets territoriaux, qui sont la mutualisation d’un certain nombre d’apports d’acteurs du territoire
  • les installations industrielles : dans l’industrie agroalimentaire par exemple, vous avez des quantités significatives de déchets fermentescibles disponibles ;
  • les stations d’épuration ;
  • les biodéchets et les fractions fermentescibles des ordures ménagères (par exemple, épluchures de pommes de terre et de carottes).


Source : Carbone 4

La filière méthanisation remplit trois objectifs :

  • accompagner la filière agricole dans la transition du modèle agricole ;
  • participer à la transition énergétique ;
  • valoriser les matières organiques non agricoles.


Source : Carbone 4

La filière biométhane a un fort potentiel. La capacité contributive du méthane en France est de l’ordre de 100 TWh dans une consommation d’énergie finale en France qui est de près de 2000 TWh.

Le gisement mobilisable en méthanisation est important et pourrait être valorisé pour les trois usages énergétiques : chaleur, mobilité et électricité.


Source : Carbone 4

Cette capacité contributive du méthane n’est pas équitablement répartie sur le territoire français. Elle pourrait représenter une part théorique très importante des consommations de gaz naturel ou de carburant dans certains départements. Par exemple, en méthanisant tout le gisement disponible en Lorraine, il est possible de couvrir plus de 75 % de la consommation de carburant du département. En revanche, en Ile-de-France, la capacité des matières fermentescibles est très faible au regard de la consommation de pétrole des Franciliens.


Source : Carbone 4

Les installations de stockage des déchets non dangereux (ISDND, décharges) produisent plus de 60 % du biogaz français mais le potentiel restant se trouve surtout dans la méthanisation.


Source : Carbone 4

La filière est en forte croissance. Le nombre de projets de production de biogaz augmente rapidement. Avec environ 80 projets par an, la filière s’est développée jusqu’à présent sur un rythme compatible avec les objectifs fixés.


Source : Carbone 4

De nombreux projets sont actuellement à l’étude concernant l’injection du biométhane dans le réseau.


Source : Carbone 4

Mais si la filière est dynamique, les difficultés existent et les porteurs de projet sont parfois inquiets pour l’avenir de la filière. Les chiffres encourageants ne doivent pas occulter les difficultés ressenties par certains acteurs de la filière.

En effet, une part significative des projets à l’étude mentionnés plus haut ne verront pas le jour. Les projets sont perçus comme complexes (techniquement et administrativement) et risqués (sécurisation des intrants, valorisation de la chaleur pour les cogénérations, etc.).

La multiplicité des schémas rend difficile la lisibilité de la filière pour les pouvoirs publics, notamment pour pouvoir adapter les aides en évitant les effets d’aubaine, comme pour les banques qui peinent à évaluer les risques et donc à proposer un financement attractif.

La rentabilité des projets est un sujet de préoccupation (même s’il existe bien évidemment des projets rentables – et des projets qui ne devraient pas l’être), malgré les politiques de soutien.

Néanmoins, la prise en compte des bénéfices induits dans les politiques pourrait venir nuancer ce constat et la standardisation des unités et des technologies permettrait de réduire le coût de production du biométhane.

La différence de définition entre les Cultures intermédiaires à vocation énergétiques (CIVE) et les cultures dédiées peut paraître ambigüe sur le terrain, et pourrait se retourner à terme contre la filière.

Pour de nombreux acteurs de la filière interrogés, les progrès ne sont pas au niveau attendu et la méthanisation se trouve actuellement à une étape charnière de son développement.

Cependant, différents facteurs clés pourraient assurer le succès de la filière méthanisation.


Source : Carbone 4


Jean-Marc Jancovici
27 janvier 2015





Jean-Marc Jancovici est associé fondateur de Carbone 4, et intervient depuis 2000 sur la prise en compte de la contrainte carbone par les entreprises et les organisations.



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