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Interview d'Antoine Yeretzian (Blockchain Partner) :

Pourquoi peut-on qualifier la blockchain de technologie disruptive ?

C’est une nouvelle donne puisque la technologie permet à tous les acteurs de la filière de s’organiser en écosystème sans avoir recours à un tiers de confiance centralisateur. C’est-à-dire qu’en fonction des volontés et des périmètres, cela permettra aux acteurs d’aller plus vite et plus loin dans la coopération, tout en faisant évoluer leur rôle le long de la chaîne de valeur.

Cela permettra aussi d’inclure davantage les extrémités de la chaîne énergétique dans l’écosystème, à savoir les consommateurs et les producteurs. De façon générale, la mise en place d’une infrastructure de confiance gérant notamment les paiements de façon automatique devrait réduire les coûts énergétiques.

Il n’est pas certain que le terme de « disruption » apporte beaucoup au débat. Ce qui frappe surtout, c’est que cette technologie apporte une notion de confiance et de décentralisation au moment même où le secteur de l’énergie travaille plus que jamais sur ces questions. C’est potentiellement la vraie raison de l’engouement pour le sujet de la blockchain.

Quelle est la valeur ajoutée de la blockchain par rapport aux technologies traditionnelles de plateformes d’échange et de stockage de données ?

La blockchain permet une tenue de compte par, et pour, les acteurs d’un écosystème sans tiers de confiance centralisateur. Cette notion de comptabilité (autrement dit de vérité sur un réseau : « toute la filière est d’accord pour dire que tel est l’état du réseau à l’instant t ») est la véritable valeur ajoutée de la blockchain.

Concrètement, cela veut dire que des acteurs peuvent réaliser des transactions à faible coût, de façon auditable et automatisable, sans nécessairement avoir recours opérationnellement à un tiers de confiance. Ce qui ne veut pas dire que le tiers de confiance disparaît, puisqu’il peut conserver un rôle important (notamment dans les blockchains privées) dans le design du réseau, l’audit des transactions et l’injection de données fiables. Il peut également beaucoup apporter dans la gouvernance du protocole. Simplement, il n’est plus centralisateur du réseau.

N’oublions jamais qu’il n’y a rien que la blockchain permette de faire qu’on ne puisse imaginer dans une version centralisée. Simplement les tendances lourdes du secteur de l’énergie (besoin de traçabilité, questions sur l’équilibre du réseau, importance des boucles locales, consommateurs devenus producteurs) peuvent faire penser qu’une technologie qui a dans son ADN la décentralisation, la responsabilisation des acteurs, leur auto-organisation, la transparence et la facilité transactionnelle peut avoir un bel avenir une fois appliquée au monde de l’énergie.

Quelles sont les principales applications de la blockchain dans le secteur de l’énergie ? Lesquelles vous semblent être les plus matures pour un développement commercial à moyen terme ?

Classiquement, on relève plusieurs usages de la technologie blockchain, qui se recoupent et dessinent à terme une utilisation holistique dans le secteur, tout en étant expérimentés à court terme en silo.

Un premier usage est simplement le recours aux crypto-monnaies pour le paiement des factures d’électricité. Un cas d’usage simple, mais qui peut en fait cacher une multitude d’usages : facturation en quasi-temps réel plutôt que facturation mensuelle, répartition facilitée du flux monétaire le long de la chaîne de valeur (entre le fournisseur d’électricité, le tarif d’acheminement et la part de taxes, etc.

Un second usage tourne autour des certificats et des registres : garanties d’origines, certificats de méthanisation, crédits carbones, certificats d’effacement, etc., autant d’éléments – et de marchés – gérés de façon centralisée, sans grande interopérabilité, avec des flux peu dynamiques, voire des problèmes de fraude ou de transparence, auxquels la blockchain pourrait apporter des réponses.

Le troisième usage concerne les marchés de l’énergie, le trading et les boucles énergétiques locales. C’est ce troisième cas d’usage que nous explorons en ce moment avec l’AFNOR (l’Association française de normalisation), Greenflex (entreprise qui accompagne les entreprises dans leur transition énergétique et sociétale) et d’autres partenaires : en simulant un marché local et décentralisé de l’énergie, où consommateurs et producteurs se rencontrent, est-ce que l’on crée des gains économiques ? Quelle est la nouvelle chaîne de valeur qui se dessine autour d’une telle boucle, avec quelles incidences juridiques et réglementaires ? De telles boucles, couplées aux outils de pilotages énergétiques qui émergent, participent-elles à un équilibrage local du réseau ? Notre objectif est d’aboutir dès 2019 à des normes expérimentales françaises sur la gestion économique décentralisée de ces boucles locales.

À moyen terme, le paiement et les certificats sont les applications les plus immédiatement déployables. En revanche, il est évident que c’est la notion de boucle locale qui permettra à la technologie blockchain de s’inscrire dans la transformation générale de la filière.

Quels freins avez-vous identifiés à l’utilisation de la blockchain dans le secteur énergétique ?

Les freins sont classiques et en premier lieu la méconnaissance de la technologie et de ses usages. La plupart des acteurs du secteur peuvent désormais compter, au sein même de leur organisation, sur des personnes très qualifiées sur le sujet. Simplement, culturellement, la technologie n’est pas aussi bien comprise dans l’ensemble des structures que d’autres évolutions plus immédiates, comme les enjeux autour de la donnée, ce qui signifie que la diffusion du savoir prendra du temps. À cette méconnaissance s’ajoute une problématique fondamentale des projets blockchain, qui est la nécessité de faire collaborer l’ensemble des parties prenantes autour de l’infrastructure pour en tirer tous les fruits. Dans le monde de l’énergie, les acteurs ont l’habitude de se parler, ce n’est donc pas un obstacle aussi fondamental que par exemple dans l’agro-alimentaire, mais cela prend tout de même du temps.

Du point de vue technique, les obstacles comme la confidentialité des données, la discrimination des parties prenantes (qui fait quoi sur le réseau et comment vérifier l’identité de celui qui opère), l’interaction fiable et sécurisée avec d’autres briques technologiques notamment les objets connectés, et la montée en charge du réseau (« scalabilité ») sont des obstacles que l’on retrouve de façon transversale dans l’ensemble des projets blockchain. Pour chacun de ces obstacles des solutions se dessinent sans qu’aucun standard robuste n’ait encore émergé. À chaque projet sa solution, du moins pour l’instant, et cela prendra encore un peu de temps avant que nous tombions tous d’accord sur la façon d’avancer ensemble avec des réponses communes.

Nous avons en revanche les outils pour limiter la consommation énergétique de l’infrastructure, ce qui était une vraie problématique il y a encore deux ans, et l’est toujours pour des applications comme le Bitcoin.

Dernier frein naturellement, la réglementation. Même si sur l’autoconsommation des avancées ont été faites, la blockchain propose de nouveaux modes de consommation : l’objectif d’expérimentations est aussi d’éclairer le régulateur et le législateur sur les futurs qui se dessinent pour le monde de l’énergie. Le droit doit encourager ce genre d’innovation et non être un obstacle à leur développement.

La Blockchain: réinventer les rapports de confiance | Claire BALVA | TEDxLyon


 

Antoine Yeretzian est cofondateur de Blockchain Partner, où il est en charge des partenariats et du développement. Diplômé d’ESCP Europe, il a cosigné en Juin 2016 « La Blockchain Décryptée », premier ouvrage en français dédié au sujet, qui abordait, notamment, les enjeux énergétiques de cette technologie. Antoine est à l’initiative du partenariat entre Greenflex et Blockchain Partner qui vise à rassembler les acteurs de la filière autour d’une boucle locale énergétique et de ses conséquences économiques.



Blockchain Partner est issue de la fusion de deux start-ups Blockchain France et Blockchain Partner. Elle compte aujourd’hui une quinzaine de collaborateurs dont la moitié sont des développeurs. Ses missions se concentrent autour de la formation, du consulting et du développement de solutions clef en main à l’image des infrastructures blockchain mise en place à la Banque de France ou auprès de BNP Paribas.

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