Haut de page

Accueil » Tous les dossiers » Les compteurs évolués

Interview de Jacques Allard et Claudine Delrieu (Eco CO2) :

Il est indispensable de connaître ses consommations pour pouvoir les maîtriser

Face aux enjeux énergétiques et à la nécessité de diminuer les émissions de gaz à effet de serre, il n’existe qu’une solution réellement efficace : faire baisser les consommations, en travaillant, d’une part, sur l’efficacité énergétique et, d’autre part, en responsabilisant le consommateur pour l’encourager à maîtriser sa demande. Or, pour maîtriser sa demande en électricité, le consommateur doit avant tout la connaître. Ainsi, la directive européenne 2009/72/CE, qui préconise la généralisation des systèmes de comptage évolués considère :

« Un aspect essentiel de la fourniture d’énergie aux clients réside dans l’accès à des données de consommation objectives et transparentes. Ainsi, les consommateurs devraient avoir accès aux données de consommation qui les concernent et connaître les prix et les coûts des services correspondants pour pouvoir inviter les concurrents à leur faire une offre sur cette base. Il convient également de garantir aux consommateurs le droit d’être dûment informés de leur consommation d’énergie. […] La fourniture suffisamment fréquente d’informations sur les coûts de l’énergie aux consommateurs sera un facteur d’incitation en faveur des économies d’énergie […] ».

Des premiers retours d’expérience sur les systèmes existants

Consciente que l’objectif de 20 % d’économies d’énergie pour 2020 ne sera pas atteint – la trajectoire actuelle si rien n’est fait nous amènerait à 9 % d’économies - la Commission européenne a présenté, le 22 juin 2011, un projet de directive sur l’efficacité énergétique, comportant, entre autres, un accès facile et gratuit des particuliers à leurs données de consommation. Pour que ces données puissent être utiles au consommateur, ce dernier doit pouvoir en disposer en temps réel, et par un autre canal que la consultation quotidienne de l’index de son compteur.

Cependant, il existe déjà des instruments de surveillance de la consommation énergétique destinés aux particuliers : les afficheurs énergétiques. Encore peu courants en France, ils sont en revanche déjà fréquemment utilisés dans d’autres pays, tels que le Royaume-Uni, et ont l’avantage d’apporter à l’utilisateur une fréquence d’informations plus importante (consommation en temps réel en kWh et en devises). Citons, par exemple, le GEO Minim, distingué par Energy Saving Trust en Grande-Bretagne et le BaroWatt, adaptation d’un système britannique aux normes et compteurs français.

Une étude britannique, The smart way to display, a été réalisée auprès d’utilisateurs avec différents afficheurs énergétiques par l’organisation indépendante britannique, Energy Saving Trust, afin de déterminer les fonctionnalités les plus faciles d’utilisation et les plus efficaces en matière d’économies d’énergie. Elle a relevé une forte convergence des utilisateurs sur les points suivants :

  • l’idée de speedometer (barregraphe circulaire comme celui de GEO Minim qui reprend l’idée de tableau de bord des véhicules) ;
  • la présentation des consommations en temps réel par ordre de préférence :
    • un affichage en devise/jour (une compréhension parfaite) ;
    • la possibilité de pouvoir bénéficier d’un affichage en watts et kilowatts ;
  • un affichage permettant d’avoir un cumulatif des dépenses (souhaitable sur un jour pour la détection des appareils énergivores) ;
  • un affichage de l’historique des consommations avec possibilité de comparaison avec la consommation à un instant t.

De la nécessité de mener des études adaptées au contexte français

On peut noter l’absence de telles études ou de retours d’expérience auprès des consommateurs français qui sont peu nombreux à être équipés de tels afficheurs.

La note de positionnement de l’ADEME de mars 2011, Le compteur Linky, analyse des bénéfices pour l’environnement, souligne à ce propos le développement des services permis par Linky, qui peuvent se révéler être d’une aide précieuse dans une démarche de maîtrise de la demande en énergie. Cependant, même si, grâce à une facturation réelle et non plus estimée, les factures fournissent des informations plus précises, ce ne seront toujours que des informations décalées dans le temps. En outre, la moitié des compteurs français ne se situe pas à l’intérieur du logement, ce qui rend mal aisé le suivi régulier de la consommation.

« Une étude réalisée pour l’ADEME et le Conseil Mondial de l’Énergie en juillet 20101 autour d’expérimentations menées en Californie (USA), dans l’état de Victoria (Australie) ainsi qu’en Suède et de projets élaborés par la Corée du Sud et le Brésil confirme qu’une information individualisée et régulière du consommateur peut engendrer une économie d’électricité allant de 4,5 % à de 11 %. L’ampleur des économies est toutefois variable selon le mode de communication mis en place.
Ainsi, si l’envoi régulier d’un relevé des consommations réelles n’engendre qu’un gain de 4,6 % sur la consommation, l’affichage de ces informations sur un écran dans le logement (apposé sur le compteur ou indépendant) peut générer jusqu’à 11 % d’économies. Le mode de communication de l’information est donc un critère non négligeable ».

L’ADEME énumère certains services envisageables, comme un service d’information sur Internet. Le niveau de consultation risque d’être faible, car environ un tiers des ménages français ne bénéficie pas d’une connexion à domicile. Le dispositif se révélerait alors moins efficace qu’un afficheur déporté ou l’envoi de SMS pour susciter une évolution des comportements. Néanmoins, un afficheur déporté qui ne serait qu’un simple reflet de l’index du compteur ne permettrait pas plus au consommateur de maîtriser réellement sa demande d’énergie, comme l’a montré l’étude de l’Energy Saving Trust.

L’ADEME, suivi récemment par CRE, appelle de ses vœux la mise en place d’expérimentations dans le contexte français pour valider les informations les plus adaptées et leur mode de communication et la mesure de l’impact de l’affichage temps réel. C’est que nous nous attachons à monter chez Eco CO2 dans le cadre de l’Alliance TBH (Tableau de Bord de l’Habitat).




Jacques Allard et Claudine Delrieu
30 août 2011


Jacques Allard, Président d’Eco CO2, a passé 25 ans chez EDF où, après avoir dirigé les équipes de recherche Internet et comptage, il a fondé et dirigé pendant 4 ans Edelia, la filiale Smart grids d’EDF.
Claudine Delrieu est « coach en énergie ». Elle accompagne les particuliers dans leur démarche de maîtrise de l’énergie. Elle est également la principale contributrice du blog Eco CO2.


Eco CO2 est une société de services consacrée à la conception, la réalisation et la mise en œuvre d’outils liés à la maîtrise de l’énergie, au développement durable et à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Eco CO2 vient de lancer l’Alliance TBH (Tableau de Bord de l’Habitat).

«Page 24 de 24

Rechercher

Se tenir informé

Abonnez-vous à notre liste de diffusion pour être informé régulièrement des mises à jour du site.

S'abonner

Participer au site

Vous souhaitez participer à notre site ou réagir à un dossier, contactez-nous dès aujourd'hui.

Nous contacter

Les forums de la CRE

La CRE organise des forums, associés à chaque nouveau dossier, pour donner la parole aux experts des Smart grids.
Se tenir informé des prochains forums

Nos contributeurs

Notre site se nourrit aussi de vos contributions. Nous tenons donc à remercier "Xerfi" qui fait partie de nos 168 contributeurs.
Découvrir nos contributeurs