Haut de page

Accueil » Parole d'experts » Débats

Qu’attendez-vous de la régulation/réglementation en matière de Smart grids ?

Guillaume Parisot
Bouygues Immobilier

Le chantier des adaptations règlementaires pour favoriser l’émergence des Smart grids et, notamment, des micro grids à l’échelle des quartiers, est conséquent.

A court terme, la création de zones franches permettrait par exemple de :

  • faciliter la création des éco-quartiers et le développement des échanges d’énergie locaux entre les bâtiments à énergie positive qui deviendront le standard du marché ;
  • rendre possible la revente d’énergie directe entre personnes physiques et morales et créer une notion de copropriété énergétique pour mutualiser les investissements dans la production locale ;
  • définir des modulations tarifaires pour inciter à consommer et produire au bon moment, et surtout valider l’acceptation de ces mécanismes par les clients résidentiels, entreprises, commerces ;
  • mettre à disposition les informations sur l’énergie (consommation et production d’énergie par les consommateurs). Tout en respectant la vie privée, ces informations anonymes et agrégées permettront à un écosystème de startups innovantes d’inventer de nouveaux services énergétiques.

La priorité est à l’expérimentation afin de faire émerger le modèle de l’énergie dans la ville de demain. Il y a urgence à libérer des freins règlementaires notre filière de champions nationaux pour qu’ils constituent des références solides sur leur territoire d’origine avant de gagner des marchés à l’international.

Mathieu Bonnet
Compagnie Nationale du Rhône

Le développement des réseaux intelligents impose l’évolution de la réglementation pour accompagner la maîtrise de la demande en énergie (MDE), la gestion de l’intermittence de la production d’origine renouvelable et le développement de la mobilité électrique.

Il est, donc, essentiel que le client ait accès en temps réel au détail de sa consommation sans surcoût, pour maîtriser sa consommation. Le client doit bénéficier d’une tarification transparente et adaptée à sa consommation, établie sur des relevés détaillés fournis par le gestionnaire de réseaux de distribution. Grâce à des tarifs dynamiques, plafonnés et fixés librement par le fournisseur, le client bénéficierait de prix plus attractifs en adaptant sa demande d’énergie aux contraintes de son fournisseur.

Enfin, la réglementation doit, également, s’ouvrir aux nouveaux usages itinérants, comme ce fut le cas dans la téléphonie. En choisissant un fournisseur d’électricité renouvelable pour son véhicule électrique, le client doit avoir la garantie que, quel que soit le site de recharge, l’énergie qu’il consomme est bien celle de son fournisseur.

Etienne Gehain
GDF Suez

Les technologies « Smart » permettent aux différents acteurs d’envisager de nouveaux services liés à la fourniture, la production locale, le stockage et/ou la consommation d’énergie.

Les gestionnaires de réseaux, monopoles dont les revenus sont régulés, sont responsables des investissements dans les infrastructures de réseau sur lesquelles s’appuient tous les services « Smart » (agrégation de flexibilité, gestion de souscription, intégration d’énergies renouvelables intermittentes, etc.). Les fournisseurs d’énergie et de services interviennent sur un marché fortement concurrentiel et s’y différencient par leur capacité d’innovation technique et contractuelle.

Le développement du monde « Smart » repose sur une définition claire et pérenne de cette répartition des rôles. D’une part, cette répartition des rôles permet aux opérateurs de réseaux régulés d’offrir aux acteurs des infrastructures fiables et performantes. D’autre part, elle permet aux acteurs en concurrence – historiques et nouveaux entrants (opérateurs de services, agrégateurs, etc.) – de développer des services innovants au service des clients, des gestionnaires de réseaux et de l’atteinte de nos objectifs de développement durable.

La réglementation doit ainsi définir plus précisément l’interaction nécessaire entre acteurs régulés et non-régulés.

Elle doit aussi permettre aux acteurs non régulés de développer les nouveaux services à la maille d’un client ou d’un ensemble de clients, par exemple en libéralisant la gestion des micro-réseaux.

Finalement, elle doit permettre l’émergence de nouveaux acteurs, comme le « stockeur d’électricité », pour répondre aux contraintes d’un marché de l’électricité où la puissance à la pointe se développe plus rapidement que la consommation d’énergie. Cette émergence passe par une évolution favorable du prochain TURPE et des conditions d’accès au réseau.

Jean-Baptiste Galland
ERDF

Imaginer l’évolution des interactions créatrices de valeur pour le système électrique français entre les acteurs de ce système et déterminer clairement le rôle de chacun est l’enjeu de la régulation des réseaux de demain. A titre d’exemple, on peut citer la question de la coordination entre fournisseurs, gestionnaires de réseau de transport et de distribution pour gérer l’ajustement offre-demande (articulation et arbitrage entre pointe nationale et contraintes locales sur le réseau) ou bien l’organisation de la valorisation du stockage pour les différents acteurs, notamment en lien avec la production intermittente.

Responsable de l’infrastructure et de son développement, d’un accès non discriminatoire au réseau et, à son niveau, du bon fonctionnement du marché, le distributeur ERDF sera au cœur des processus d’ajustement locaux en réponse aux besoins accrus de coordination :

  • stabilité de la tension (versus fréquence – tension pour le transport) ;
  • ajustement offre-demande en énergie pour gérer les contraintes nationales ou locales en sollicitant des acteurs raccordés sur les réseaux de distribution ;
  • gestion des données de production et de consommation pour mieux informer les consommateurs et les acteurs du marché, faciliter le développement de nouvelles offres d’efficacité énergétique ou contribuer à la gestion dynamique de la demande ;
  • mise en œuvre des mécanismes d’ajustement et de capacités, indispensables à l’équilibre du système électrique (micro-production, effacements, etc.).

Si les démonstrateurs n’en sont encore qu’à leur phase de lancement, il pourra néanmoins être nécessaire de commencer à réfléchir assez tôt aux évolutions de réglementation induites par les Smart grids car, dans ce domaine, les évolutions doivent être anticipées. Par exemple, le déploiement des infrastructures de recharge pour les véhicules électriques peut avoir des impacts sur le tarif d’utilisation des réseaux (TURPE). Or, l’évolution éventuelle de ce tarif est rarement instantanée.

C’est la raison pour laquelle ERDF s’est engagé à dialoguer avec la CRE et ses partenaires lors des expérimentations sur la régulation et ses potentielles évolutions. L’évolution prochaine du cadre européen de régulation des Smart grids sera également décisive.

Une régulation efficiente dans le domaine des Smart grids doit être une régulation réellement incitative.

En effet, si l’objectif des Smart grids est de fournir, à terme, le meilleur service en évitant des coûts, leur développement à court terme entraîne des dépenses, notamment d’investissements. Le retour sur investissement de ces solutions innovantes ne peut être atteint, dans la majorité des cas, qu’après plusieurs périodes tarifaires, dont la durée est de quatre ans actuellement.

Il est donc indispensable de donner de la visibilité dans la durée aux gestionnaires de réseaux et de les inciter à investir par des mécanismes de bonus ou de rémunération adaptés.

En résumé, la réglementation/régulation des Smart grids doit être simple, neutre technologiquement et incitative à la fois à l’innovation et à l’investissement. Elle doit aussi reconnaitre que la distribution, par son contact direct avec la plupart des consommateurs et des producteurs, est amenée à jouer un rôle central dans le développement des Smart grids.

Régis Hourdouillie
Ericsson

Afin d’atteindre les objectifs fixés à l’horizon 2020, d’efficacité énergétique et d’intégration des sources de production renouvelable, il est nécessaire d’accélérer le déploiement de solutions de télécommunications et de plates-formes informatiques de gestion de données performantes.

Dans ce contexte, une réglementation adéquate peut :

  • inciter les opérateurs de réseau à investir dans les Smart grids (par exemple en les récompensant lorsque leur investissement permet de réduire la consommation d’énergie) ;
  • inciter de façon pérenne les consommateurs finaux à moduler leur consommation d’électricité ;
  • faciliter l’entrée de nouveaux fournisseurs de services innovants grâce à l’accès libre aux données de consommation (open data) ;
  • autoriser de nouvelles solutions techniques innovantes (comme le partage des infrastructures de communication entre différents acteurs industriels) ;
  • et, bien sûr, continuer à garantir la sécurité de la fourniture d’électricité et le respect des données privées.

François Dauphin
HP EMEA

Dans la mesure où ils favorisent l’émergence de nouveaux producteurs et de nouvelles offres commerciales, les projets de réseaux électriques intelligents sont une composante de l’ouverture d’un marché.

En ce sens, le régulateur devrait porter une attention particulière aux éléments suivants :

  • le modèle retenu pour le délestage et le financement des technologies associées (limitation de puissance centralisée, signal prix ou signal électronique de délestage) est un élément à étudier avec attention tant il influe le segment de la fourniture d’énergie,
  • les options offertes en matière de sous-comptage (pour les véhicules électriques, la production locale, la consommation des parties communes, …),
  • la pérennité et l’ouverture des standards en matière de recharge des véhicules électriques,
  • le maintien ou non des fonctions d’opérateur de réseau et d’opérateur de système au sein d’une structure unique,
  • les mesures adoptées en matière de sécurité anti intrusion, sureté de fonctionnement et confidentialité des données client.

Bien qu’elles ne rentrent pas stricto sensu dans les activités de régulation de réseau, il nous semble que l’autorité de régulation devrait participer aux groupes de réflexion sur les standards en matière de domotique.

«Page 5 de 5

Rechercher

Se tenir informé

Abonnez-vous à notre liste de diffusion pour être informé régulièrement des mises à jour du site.

S'abonner

Participer au site

Vous souhaitez participer à notre site ou réagir à un dossier, contactez-nous dès aujourd'hui.

Nous contacter

Les forums de la CRE

La CRE organise des forums, associés à chaque nouveau dossier, pour donner la parole aux experts des Smart grids.
Se tenir informé des prochains forums

Nos contributeurs

Notre site se nourrit aussi de vos contributions. Nous tenons donc à remercier "The Shift Project" qui fait partie de nos 168 contributeurs.
Découvrir nos contributeurs