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Définition des Smartgrids (interview de Jean-Marie Chevalier)

Avec l’apparition des nouvelles technologies et la gestion de futurs réseaux intelligents, le régulateur se situe à un point névralgique puisqu’il est concerné par l’orientation qu’il donnera aux investissements à réaliser.


On parle de plus en plus de réseaux intelligents, de quoi s’agit-il ?

Jean-Marie Chevalier : La notion de Smart grids, c’est-à-dire de réseaux électriques intelligents, combine deux idées : d’une part, rendre plus intelligents les réseaux existants et, d’autre part, créer des mini-réseaux autonomes et dans lesquels on pourra associer aisément différentes ressources d’énergie. Je pense à la biomasse, au vent, au solaire, à l’hydraulique, au gaz, etc. On pourra aussi favoriser le développement de nouveaux modes de production, comme la cogénération qui permet la production combinée de chaleur et d’électricité. Il sera également possible d’adjoindre à ces réseaux de nouveaux modes de transports, comme la voiture électrique, qui se rechargera pendant la nuit. Il y aura bien entendu des recoupements entre le grand réseau et les réseaux décentralisés.
Pour le moment, on observe simplement des expériences locales de systèmes énergétiques intelligents décentralisés.

Quels sont les pays les plus en pointe ?

J-M. C. : Très en pointe en matière d’efficacité énergétique, le Japon est incontestablement un des pays leaders sur le sujet. Compte tenu de la densité de la population, les japonais sont contraints de chercher les solutions les plus intelligentes afin d’obtenir la même qualité de services en consommant le moins possible.
En Europe, c’est l’Allemagne qui est en avance. Nos voisins connaissent une problématique énergétique complexe avec leur refus du nucléaire et le développement de l’éolien et du solaire… Cela a une limite : on ne peut avoir une économie électrique uniquement alimentée avec des énergies intermittentes. L’Allemagne est donc à la recherche de systèmes énergétiques plus efficaces. Ainsi, la ville de Fribourg, très proactive, multiplie les solutions intelligentes et décentralisées. En France, il y a une ébullition depuis quelques mois. Tout s’est accéléré en fait après le fameux discours de Barack Obama dans lequel il a prononcé le terme de « smart grids ». Il a déclenché chez les industriels du monde entier une réflexion sur l’utilisation des nouvelles technologies dans les futurs réseaux. Ces réseaux intelligents intègreront beaucoup de technologies d’automatisation, de mesure, de contrôle, de commandes systèmes… pour agir du côté de l’offre et sur la demande, pour essayer de la réduire quand elle est trop haute… Il s’agit d’intégrer des technologies tout au long de la chaîne, de la production jusqu’à l’interrupteur chez le consommateur.

Où en est la France sur le sujet ?


J-M. C. : En France, les gestionnaires du réseau de transport (RTE) et de distribution (ERDF), ont entamé des réflexions. Je rappelle tout de même que les réseaux français sont déjà plus intelligents que, par exemple, les réseaux américains ! Ces derniers ont souffert de sous-investissement (ils sont encore en 110 volts) et ils sont bien moins modernes que le réseau de RTE. Toutefois, on a encore beaucoup de travail à effectuer en France, notamment dans la distribution qui, elle aussi, a souffert d’un manque d’investissements depuis une quinzaine d’années.

Sur le plan de la sécurité, au niveau technique et d’un point de vue économique, les réseaux intelligents sont-ils la panacée ?


J-M. C. : Ces réseaux vont accélérer le changement du mix énergétique en intégrant davantage les énergies renouvelables car ces énergies intermittentes seront mieux gérées. Ensuite, si j’ose dire, ces réseaux permettront de rendre les consommateurs plus intelligents ! Avec les « smart grids » apparaîtront les « smart consumers » !
Hormis en ce qui concerne les personnes défavorisées, pour le moment, la facture d’électricité n’est pas très douloureuse. Cela va changer car les fondamentaux indiquent que les prix de l’énergie vont progresser. Il faut donc inciter les consommateurs à gérer leur consommation et leurs investissements de manière plus intelligente. Je ne suis pas certain qu’à terme le chauffage électrique soit un bon choix…
Ces réseaux plus intelligents donneront plus d’information sur les prix et la courbe de demande des consommateurs. Cela bénéficiera à RTE, qui est responsable de l’équilibre du réseau. En période de très forte demande, quand il fait très froid par exemple, il y a deux manière d’agir : soit l’on appelle des kWh supplémentaires – qui viennent souvent des centrales thermiques allemandes –, soit l’on peut essayer de modérer la demande, ce que pourraient aider à faire les Smart grids. Le consommateur y trouvera également son compte car ceci devrait le conduire à consommer moins pour un confort identique.

Qui financera le développement de ces nouveaux réseaux ?


J-M. C. : Il faudra des financements d’origines multiples. Au départ, l’État devra aider ces investissements car ces réseaux constituent un service public. Ensuite, de nombreuses entreprises devraient être intéressées par ces nouvelles opportunités d’investissements rentables. Des entreprises comme Schneider, Legrand, General Electric, Cisco, Microsoft, Alstom et Nexans sont à l’affût de ces nouvelles opportunités. Peut-être faudra-t-il combiner des capitaux privés et des financements publics. Les collectivités locales aussi participeront puisque cela concerne directement le confort des citoyens. On peut également imaginer une participation internationale avec la Banque mondiale ou la Banque européenne d’investissements.

Selon vous, ces réseaux intelligents vont-ils modifier le rôle du régulateur ?


J-M. C. : Oui, parce qu’ils soulèvent des questions de partage de compétences (par exemple entre l’amont et l’aval du compteur). Oui encore car, dès que l’on touche à l’offre ou à la demande avec un outil technique, le régulateur a un droit de regard. Avec l’apparition des nouvelles technologies et la gestion de futurs réseaux intelligents, le régulateur se situe à un point névralgique puisqu’il est concerné par l’orientation qu’il donnera aux investissements à réaliser. Par ses décisions, le régulateur aura le pouvoir d’accélérer la constitution de ces réseaux.

Jean-Marie Chevalier

Jean-Marie Chevalier est professeur d’économie à l’Université Paris-Dauphine, directeur du Centre de Géopolitique de l’Energie et des Matières Premières (CGEMP), membre du Conseil d’Analyse Economique du Premier Ministre (CAE) et Senior Associate au Cambridge Energy Research Associates (CERA).
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