Haut de page

Accueil » Tous les dossiers » L’efficacité énergétique

Point de vue de Jean-Christophe Visier (CSTB) :

Deux grandes évolutions sont en cours dans le secteur du bâtiment.

La première est la rénovation thermique du parc existant. Elle se développe assez fortement mais, comme la majorité des grands changements qui ont lieu dans le bâtiment, c’est un processus lent. Pour mémoire, le dernier grand changement qu’a vécu le parc existant réside dans la mise en place d’éléments de confort dans les logements (construction des salles de bain et des WC dans les logements et développement du chauffage central). Cela a pris près de 50 ans, entre l’après-guerre, où 10 à 20 % des logements étaient dotés de ces éléments de confort, et la fin des années 1990, où quasiment tous les logements étaient enfin équipés.

La transformation du parc actuel qui comprend un grand nombre de « passoires thermiques » en un parc totalement rénové prendra également près de 60 ans, pour un objectif de 500 000 rénovations par an et de 30 millions de logements à rénover.

Cette transformation est un processus progressif. Les occupants prendront petit à petit confiance et, dans 50 ans, il sera aussi dévalorisant d’avoir un logement non rénové qu’actuellement il est dévalorisant d’avoir des WC sur le palier !

La seconde évolution concerne la progression très rapide de la performance énergétique des bâtiments neufs. La RT 2012 a conduit à diviser par 2 à 4 les consommations des usages immobiliers (chauffage, ventilation, eau chaude sanitaire) par rapport à la réglementation précédente.

Ces deux grandes évolutions se traduisent par des changements importants :

  • autrefois, le sujet principal était toujours le chauffage, loin devant l’eau chaude sanitaire. Dans une passoire thermique, le chauffage est absolument dominant et les premières actions doivent porter sur ce poste de dépense ;
  • aujourd’hui, dans les logements neufs, les usages mobiliers de l’énergie (électroménager, informatique et communication, audiovisuel, etc.) sont devenus le premier poste de consommation, et donc de coût, devant le chauffage, l’eau chaude sanitaire et la climatisation ;
  • les consommations d’eau chaude peuvent dépasser les consommations de chauffage dans certains logements neufs.

Différentes innovations se sont fait jour récemment, dont certaines ont un impact sur les interactions entre le bâtiment et les réseaux d’énergie :

  • comment ces innovations ont-elles changé le niveau des consommations ?
  • comment ces innovations ont-elles changé la répartition des consommations dans l’année ?
  • comment ces innovations font-elles bouger la capacité à moduler la consommation au cours du temps ?

Avec l’évolution actuelle du système électrique et le développement des énergies de sources renouvelables, l’énergie restant difficilement stockable, en quantité trop importante ou trop faible, la capacité du bâtiment à s’adapter aux réseaux va devenir capitale. En regardant en arrière, des systèmes de stockage d’électricité (les STEP et les chauffe-eau à accumulation dans les logements) se sont développés parallèlement à la construction du parc nucléaire. Le développement de la production et du stockage thermique ont ainsi été concomitants. Demain, la question portera sur la façon dont les systèmes de production profiteront ou non des flexibilités disponibles dans le bâtiment.

Avec l’isolation, le changement de fenêtres et la mise en place de ventilations performantes, les besoins d’énergie pour le chauffage baissent considérablement. Les besoins en énergie baissent, la facture baisse et le confort augmente parce qu’une passoire thermique est difficile à bien chauffer.

Les moteurs de la rénovation sont des moteurs, pour une part, d’énergie et, pour une autre part au moins aussi importante, des moteurs de confort. La première raison qui incite à changer les fenêtres est de ne plus avoir de bruit. En plus de gagner en confort, le consommateur fait des économies d’énergie.

Mais, en même temps qu’a lieu cette baisse de consommation, les consommations se concentrent sur un nombre de jours toujours plus réduit. Dans une passoire thermique, le consommateur a rapidement froid et la saison de chauffe est plus longue. Dans un bâtiment RT 2012, la saison de chauffage se concentre sur le cœur de l’hiver. Le reste du temps, le bâtiment est chauffé par le soleil et par les appareils ménagers. La courbe de consommation est donc différente, ce qui pose des problèmes nouveaux de gestion des réseaux.

Les variations relatives de consommation sont également plus fortes et rapides. Lors d’une journée d’hiver ensoleillée, le chauffage ne sera pas forcément nécessaire, alors qu’il le sera le lendemain si le ciel est couvert. Il y a des oscillations de température et donc des besoins de régulation qui deviennent plus importants.

Concernant les possibilités de moduler le chauffage pour faciliter la vie des réseaux, le constat est double :

  • un bâtiment mieux isolé se refroidit moins rapidement quand le chauffage est coupé. C’est l’effet « bouteille thermos ». Si le réseau le demande, le chauffage pourra être effacé pendant une durée plus longue que dans un bâtiment non isolé sans entraîner un inconfort important ;
  • cependant, comme la puissance de chauffage installée est plus réduite, il sera parfois plus difficile de le ramener en température si la température descend trop.

Ces deux aspects font que la pratique l’intermittence du chauffage (qui conduit à baisser le chauffage la nuit ou en cas d’absence) devient moins nécessaire dans les bâtiments bien isolés.

L’évolution des réglementations s’est aussi traduite par une évolution forte des systèmes de chauffage. La règlementation technique a fait baisser très fortement l’utilisation du fioul. Les solutions de chauffage bois se sont développées, dans un premier temps plutôt sous forme de bois bûche et, plus récemment, sous forme de bois granulés. Ces différents systèmes sont fréquemment associés à un chauffage électrique, ce qui permet d’utiliser alternativement les deux systèmes en fonction des prix de l’électricité et constitue une solution d’avenir.

L’électronique s’est diffusée dans tous les systèmes, en particulier ceux de chauffage électrique. Les vieux « grille-pain » sont en voie de disparition, remplacés par des systèmes dont l’électronique est capable de détecter l’ouverture de la fenêtre et de se couper automatiquement. Ils offrent une multitude de possibilités, y compris en matière de gestion active de la demande mais, pour faire de l’effacement, il faudra les utiliser de manière intelligente, au risque de les abîmer.

Les pompes à chaleur se sont également développées en particulier sous l’action de la RT 2012.

En revanche, la part du chauffage électrique par Effet Joule a diminué très fortement. Avec la baisse régulière de la consommation d’énergie des bâtiments, le chauffage électrique, qui est très modulable, pourrait avoir du sens.

Les chaudières hybrides associant chaudière gaz et pompe à chaleur se sont également développées.

En matière de gestion dynamique des énergies, cette évolution des systèmes a eu plusieurs conséquences :

  • la bi-énergie donne de grandes possibilités de gestion pour intégrer les contraintes des réseaux ;
  • le développement de systèmes plus complexes intégrant de l’électronique impose, pour les gérer de l’extérieur, de le faire via des dispositifs intelligents et rend périlleux des actions d’effacement brutales ;
  • le développement des pompes à chaleur réduit fortement les consommations mais, comme leurs performances baissent avec la température, ceci amplifie la concentration des consommations sur les périodes les plus froides.

L’eau chaude sanitaire connaît aujourd’hui une évolution forte avec différentes innovations :

  • le chauffe-eau solaire, qui permet grossièrement de diviser par deux ses consommations de chauffage et d’utiliser les énergies de source renouvelable, a eu son heure de gloire mais subit aujourd’hui une certaine désaffection du fait d’un coût élevé et d’un certain nombre de contre-performances sur les installations collectives ;
  • le chauffe-eau thermodynamique, qui associe un chauffe-eau à accumulation et une pompe à chaleur, voit son marché se développer rapidement. Il permet de réduire très fortement les consommations d’électricité pour l’eau chaude sanitaire tout en étant relativement facile à installer. Plus cher qu’un chauffe-eau classique à accumulation, le développement de son marché est boosté par la RT 2012 qui ne permet plus d’installer ce type de chauffe-eau trop peu performant. Le développement du chauffe-eau thermodynamique qui permet de réduire les consommations a un effet important en matière de capacité de stockage. Alors que le chauffe-eau à accumulation traditionnel était systématiquement dimensionné pour fonctionner en heures creuses, ce n’est plus forcément le cas du chauffe-eau thermodynamique.
Jean-Christophe Visier
9 février 2016






Jean-Christophe VISIER est Directeur Energie et Environnement au CSTB.




«Page 10 de 15»

Rechercher

Se tenir informé

Abonnez-vous à notre liste de diffusion pour être informé régulièrement des mises à jour du site.

S'abonner

Participer au site

Vous souhaitez participer à notre site ou réagir à un dossier, contactez-nous dès aujourd'hui.

Nous contacter

Les forums de la CRE

La CRE organise des forums, associés à chaque nouveau dossier, pour donner la parole aux experts des Smart grids.
Se tenir informé des prochains forums

Nos contributeurs

Notre site se nourrit aussi de vos contributions. Nous tenons donc à remercier "Climespace" qui fait partie de nos 168 contributeurs.
Découvrir nos contributeurs