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L’acceptation de l’effacement par les consommateurs

L’effacement de la demande : une notion technique et complexe qui ne favorise pas son acceptation par le consommateur

L’effacement de la consommation peut être défini, selon l’article 1 du décret n° 2014-764 du 3 juillet 2014 relatif aux effacements de consommation d’électricité, comme l’« action visant à baisser temporairement, sur sollicitation ponctuelle […] par un opérateur d’effacement, le niveau de soutirage effectif d’électricité sur les réseaux publics de transport ou de distribution d’électricité […], par rapport […] à une consommation estimée ». Il s’agit alors pour le gestionnaire de réseaux de distribution ou le fournisseur d’énergie, d’encourager le consommateur à reporter ou réduire temporairement (volontairement ou par acceptation en réaction à une sollicitation), sa consommation d’électricité.

Force est de constater qu’au-delà de l’utilisation des heures pleines/heures creuses, l’effacement est encore loin d’être une réalité dans les foyers français. Depuis quelques années, les acteurs du système électrique ont pourtant pris la mesure de l’enjeu de mettre en œuvre des dispositifs d’effacement, pour, d’une part, sécuriser l’équilibre entre la production et la consommation d’énergie (notamment lors de pics de consommation) et, d’autre part, réduire les coûts de production.

Dans une telle perspective, les acteurs du système électrique traitent souvent l’effacement d’un point de vue technique et intègrent peu la dimension pédagogique et son appropriation par le consommateur. Cependant, diverses expérimentations (dont Modelec et GreenLys) réalisées à l’échelle du territoire ont démontré l’importance du rôle du consommateur dans cette gestion plus dynamique de l’énergie.

Dès lors, plusieurs questions se posent pour le consommateur : qu’est-ce que l’effacement ? À quoi sert-il ? Quel est mon intérêt ? Est-ce que ma facture va diminuer ? Là est le défi des acteurs de l’effacement : apporter au consommateur des réponses simples afin d’accroître sa propension à s’effacer.

Des freins qui limitent l’acceptation de l’effacement dans les foyers français

Parmi les freins à l’effacement, quatre semblent incontournables pour appréhender l’ensemble de la problématique.

Le premier frein est d’ordre psychologique : il souligne notamment la connotation négative du terme « s’effacer ». Derrière l’effacement, le consommateur éprouve des difficultés à comprendre l’objectif et le principe de fonctionnement, ce qui l’empêche d’agir.

Fruit de cette incompréhension, un second frein d’ordre matériel fait obstacle : celui de la crainte d’un confort diminué, du fait de ne pas pouvoir disposer de ses équipements ménagers, et plus amplement de l’accès à l’électricité, en période d’effacement.
Un autre frein est lié au comportement du consommateur : par exemple, s’il est aujourd’hui facile de souscrire une offre de téléphonie adaptée à l’usage, le constat est moins évident sur le marché de l’électricité. Le consommateur, moins éduqué, a du mal à percevoir les opportunités qu’offre l’effacement sur sa consommation d’électricité et le prix de sa facture.

Enfin, un dernier frein est d’ordre financier : l’absence de modèle économique et d’un cadre législatif pour garantir la valorisation et la répartition des gains potentiels entre les différents acteurs (fournisseur d’énergie, consommateur final et opérateur d’effacement) rend le gain peu perceptible au consommateur. « Ai-je un intérêt à accepter l’effacement pour gagner 20 euros par an ? ». Telle est aujourd’hui la problématique client sur le marché résidentiel.

Le marché français possède un potentiel de développement d’offres et services d’effacement

Le mix énergétique de la France résolument tourné vers l’énergie nucléaire favorise les usages électriques et tend à souligner le potentiel du marché français en matière d’effacement. Avec 8 millions de foyers équipés de chauffages électriques et 23,3 % des consommations dédiées aux réseaux de froid (hors chauffage et eau chaude sanitaire), le réseau électrique français est fortement « thermo-sensible ». Les offres et services d’effacement trouvent alors toute leur utilité dans les périodes de grand froid et plus amplement vers 19 heures lors des pics de consommation journaliers.

Dans une telle perspective, la sensibilisation du consommateur et la mise en œuvre de services innovants adaptés aux modes de consommation sont deux conditions sine qua non pour favoriser les dispositifs d’effacement

La théorie de la motivation de Maslow, plus généralement connue sous le nom de « pyramide de Maslow », est riche d’enseignements pour convaincre le consommateur et lui rendre accessible l’effacement.

Si l’effacement demeure une notion technique pour les consommateurs, il est également confronté à un dilemme, puisqu’il ne répond pas à leur besoin primaire, c’est-à-dire leur confort, alors qu’il est censé répondre à un intérêt d’ordre plus général, celui d’optimiser l’équilibre offre-demande sur le système électrique et de limiter le recours aux énergies fossiles à fortes émissions de CO2 lors des pics de consommation. La question qui se pose pour le consommateur est alors de savoir pourquoi risquer de mettre en péril son confort, au profit d’une cause plus globale dont il n’avait pas à s’occuper jusqu’à présent.

Dès lors, différents niveaux d’intervention des fournisseurs d’électricité peuvent être envisagés à chaque niveau de la pyramide pour répondre aux cinq besoins fondamentaux du consommateur.

Les compteurs communicants ouvrent de nouvelles perspectives pour favoriser l’effacement

Le déploiement des compteurs communicants Linky qui s’achèvera en 2021, offre aux fournisseurs d’énergie et acteurs d’effacement de nouvelles opportunités. D’une part, le passage du contact sec unique (historiquement utilisé pour le pilotage du ballon d’eau chaude sanitaire) à 7 contacts supplémentaires devrait ouvrir des possibilités d’effacement par type d’usage (convecteur électrique, climatiseur, réfrigérateur, etc.). D’autre part, l’accès à des données plus fines de consommation des clients devrait favoriser la mise en œuvre de services pour mieux comprendre la consommation d’énergie, et ainsi proposer des solutions d’effacement pertinentes et adaptées à chaque foyer et mieux percevoir les gains de l’effacement/

Véritable challenge technologique, les offres et services d’effacement permettront au consommateur d’accepter plus facilement une coupure ou le report de sa consommation de quelques minutes, à des pas horaires différents et par équipement. La possibilité de déroger à l’effacement et, plus amplement, de piloter sa consommation en un mouvement de doigt sur son smartphone, seront des facteurs d’acceptation supplémentaires. « Votre chauffage électrique sera effacé à 19h00 pour une durée de 7 minutes, validez cette proposition dans votre application smartphone ». Ce type de message couplé à un dispositif de gaming pour se comparer à d’autres foyers, ou valoriser en points ou en euros les actes d’effacement, sont autant d’innovations possibles pour comprendre et faire accepter l’effacement par le grand public, alors qu’il est aujourd’hui restreint aux « early adopters » à forte appétence en termes de ruptures technologiques.

Cette combinaison entre consommation d’énergie et technologie fera du consommateur une partie prenante essentielle de la transformation du paysage énergétique de demain : décarboné, décentralisé et numérique. Dans cet écosystème connecté, la généralisation de l’effacement et son acceptation par le consommateur seront des facteurs décisifs pour apporter davantage de flexibilité au système électrique.




Cette contribution a été rédigée par EY.




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