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« Et les consommateurs dans tout ça : comment rendre l’effacement attractif pour les utilisateurs ? »

L’effacement résidentiel consiste à réaliser des coupures d’équipements électriques du foyer (essentiellement les convecteurs ou la climatisation et l’eau chaude sanitaire – ECS) avec report de consommation de ces équipements. Ces coupures sont réalisées sur des périodes courtes (quelques minutes, voire une heure) afin de piloter la charge du foyer et de modifier sa courbe de consommation avec un effet report. L’effacement résidentiel contribue, au même titre que l’effacement industriel, à apporter une réponse aux problèmes d’approvisionnement et de sûreté du système électrique, de situations de pointe nécessitant le démarrage de centrales à énergie polluante et, dans une moindre mesure, à favoriser l’efficacité énergétique.

Le consommateur final, acteur de l’effacement diffus

Un moyen simple de réaliser l’effacement est la réponse au signal tarifaire. En France, l’arrêt d’alimentation, par le relais PULSADIS HP/HC, du ballon d’eau chaude pendant les heures pleines est l’exemple le plus évident. Le consommateur final, bien qu’il n’y ait aucune réduction de l’énergie consommée, bénéficie toutefois d’une économie substantielle sur sa facture d’électricité. Avec des outils simples de programmation, il est possible d’actionner d’autres appareils électriques énergivores, afin d’en déplacer la consommation à des périodes tarifaires plus avantageuses. Le consommateur jour un rôle « proactif » puisqu’il décide quels appareils mobiliser en fonction de quelle plage tarifaire. La proposition éventuelle par les fournisseurs de la tarification modulaire, sinon dynamique, dans un contexte d’augmentation continue des tarifs de l’énergie, encouragera l’adoption de ces outils de pilotage par les consommateurs. L’arrivée des compteurs communicants qui apporteront cette fonctionnalité de nouveaux modes de tarification et qui amélioreront la qualité du comptage bénéficiera par conséquent à l’effacement tarifaire.

L’autre moyen de réaliser de l’effacement est d’organiser des opérations planifiées ou en temps réel de coupure des postes de consommation électrique chez les consommateurs participants. Il s’agit d’une gestion active de la demande dans l’objectif de réduire de manière significative l’appel de puissance, plutôt que de mobiliser des moyens de production de pointe ou de recourir à des achats d’énergie sur les marchés à des coûts importants. Ce type d’effacement nécessite toute une chaîne opérationnelle, mobilisant les opérateurs techniques en charge de piloter les foyers, les agrégateurs techniques en charge de proposer les capacités disponibles aux agrégateurs commerciaux qui, à leur tour, valorisent ce portefeuille de flexibilité sur les marchés.


Source : IJENKO – Chaine opérationnelle de l’effacement résidentiel

Dans cette chaîne de valeur, le consommateur final joue un rôle plutôt « réactif », et le défi des opérateurs d’effacement est d’impliquer suffisamment le consommateur pour limiter les désinscriptions aux programmes d’effacement et les dérogations à un effacement en cours.

L’effacement résidentiel en recherche d’un modèle économique

Si l’effacement industriel a connu un essor depuis plusieurs décennies, l’effacement résidentiel, en dehors des mécanismes tarifaires heures pleines/heures creuses (HP/HC), effacement jour de pointe (EJP) et Tempo, est encore en phase de pilotes et de retours d’expérimentations. Ce démarrage en douceur est dû à un facteur de taille : un modèle économique incertain. La chaîne technique de l’effacement résidentiel ne sollicite pas les mêmes acteurs et nécessite un travail conséquent pour fournir une capacité suffisante, mobilisable et fiable pour être proposée aux agrégateurs commerciaux. Les pouvoirs publics ont posé une première brique et montré leur volonté de soutenir l’effacement diffus au travers d’une prime aux opérateurs d’effacement. Bien que cela y contribue, il n’est pas certain que ce soit suffisant pour couvrir les coûts de ces opérateurs et permettre de rémunérer les consommateurs participant à des programmes d’effacement au niveau de leurs attentes.

Pour une usine où les chaînes de production peuvent être opérées par des systèmes de supervision et/ou alimentées par de l’autoproduction (groupes électrogènes en substitution au soutirage sur le réseau), la mobilisation de la capacité peut être effectuée dans des délais courts et avec une garantie raisonnable de volume et de fiabilité. À l’échelle du consommateur individuel, un consommateur fournit une capacité limitée et ne peut pas en garantir la disponibilité à tout moment. Un foyer chauffé grâce à l’électricité, mettant à disposition deux convecteurs pilotables, équivaut à une capacité d’environ 2 à 3 kW. Cela signifie qu’il faut plusieurs milliers de foyers disponibles pour atteindre le seuil des 10 MW nécessaire pour accéder au marché de l’ajustement par exemple. D’autre part, il ne suffit pas de fournir une capacité agrégée, il faut également que son coût soit compétitif puisqu’elle est en concurrence avec les capacités industrielles ou tertiaires. Pour ce qui est de la valorisation de l’énergie effacée (en tant qu’énergie non produite et donc économisée), cette dernière dépend fortement de l’effet report qui peut conduire à un bilan nul (report de 100%).

Alors comment impliquer le citoyen à une échelle collective intéressante tout en s’assurant que cet engagement se poursuive dans la durée ?

Information, contrôle et contrepartie, mots d’ordre pour l’engagement du consommateur

Peu d’impact sur le confort

La première inquiétude d’un usager à qui on annonce la coupure de son convecteur électrique dans la journée est l’impact de cette coupure sur son confort. Il est possible de mesurer cet impact en termes de baisse de température (0,4 °C selon une étude de l’ADEME), mais il est difficile de le quantifier sur le plan de la sensibilité, qui reste une notion subjective. Dans le cadre du projet MODELEC porté par Direct Energie, l’étude qualitative réalisée en fin de projet a montré que les consommateurs ont ressenti peu d’inconfort à la suite des opérations d’effacement, pour des coupures allant de 15 à 60 minutes.


Source : Extrait de l’étude qualitative réalisée par le projet MODELEC

Les moyens technologiques actuels ont évolué et permettent de prendre en compte des données supplémentaires pour rendre l’effacement quasiment inaperçu pour les usagers. En effet, les utilisateurs peuvent saisir des préférences (des périodes pendant lesquelles ils ne souhaitent pas être flexibles, la température minimale sous laquelle ils estiment leur confort dégradé, etc.). Les technologies émergentes de « machine learning » (autoapprentissage par les machines pour améliorer leur propre fonctionnement) et d’intelligence distribuée (en partie dans le foyer, en partie dans les services en ligne) sont en mesure d’intégrer ces critères d’aide à la décision et d’opérer des actions de pilotage plus fin afin de répondre aux attentes des consommateurs et à celles des opérateurs. Un effacement « brutal » broadcasté par signal réseau jusqu’aux contacts secs d’un compteur communicant ne peut offrir cette prise en compte des préférences comportementales, évolutives, de chacun.

Simplicité d’usage et de choix de dérogation

Les utilisateurs cherchent la simplicité. L’accès rapide aux fonctions souhaitées et une saisie limitée d’informations sont autant de critères d’adoption.

Lorsque le consommateur est sélectionné pour participer à un programme d’effacement à venir, il est nécessaire de le lui notifier au travers d’une information complète : date et horaires de l’opération d’effacement à laquelle il va participer, les équipements de son foyer concernés par les coupures, etc.) De plus, cette information doit lui parvenir même en situation de mobilité, via son téléphone mobile ou sa montre connectée en l’occurrence. Si la possibilité lui est donnée de pouvoir se retirer du programme, il faut que ce soit de manière simple et immédiate, en lui évitant de faire plusieurs manipulations ou des confirmations répétitives. De la même manière, il doit avoir un moyen simple de remise en marche de ses équipements durant une opération d’effacement.

Cette marge de liberté de participation et de dérogation mise à disposition de l’utilisateur pourrait ressembler à un risque de fiabilité du système. Les études sociologiques réalisées dans le cadre du projet MODELEC estiment qu’au contraire, le sentiment de ne pas perdre le contrôle de son installation et de son confort implique davantage le consommateur et, par conséquent, augmente son niveau de participation et de délégation de pilotage.

Réseau social de l’énergie

La dimension sociale et collective semble être un levier important d’implication des utilisateurs.

Les données climatiques, les performances des foyers similaires, la contribution individuelle et collective à l’équilibrage du système électrique ou à la maîtrise de la pointe, les conseils de bonnes pratiques, toutes ces informations partagées au travers d’un média social (Facebook, etc.) constituent un ressort d’appropriation de l’effacement, de compréhension des avantages qu’il apporte à la collectivité et à l’amélioration du paysage énergétique. Il s’agit de changer l’image que les citoyens ont de l’énergie afin qu’ils appréhendent mieux leur usage individuel et l’usage à l’échelle collective et qu’ils soient informés des avantages apportés par la modernisation du réseau et l’introduction des nouvelles technologies dans le système électrique. Ce travail pédagogique, à mener par les opérateurs et par les acteurs publics, apportera le bénéfice d’une conscience collective autour des enjeux de l’énergie et de l’émergence des Smart grids. En complément des médias sociaux, cela pourrait passer par des campagnes d’information dans une démarche d’implication des citoyens dans le programme de loi de transition énergétique.

Un service énergétique ou de Smart home plus complet

Les modèles d’affaires de l’effacement diffus mettent en valeur le couplage de l’effacement avec d’autres offres de service pour augmenter les revenus des opérateurs d’effacement.

Cette approche a été adoptée dans d’autres pays par des opérateurs énergéticiens qui proposent à leurs clients une offre de gestion de l’énergie du foyer intégrant un volet effacement, en plus du volet efficacité énergétique, de celui de la gestion de la production locale et de celui du chauffage intelligent, etc.

Il ne s’agit pas uniquement d’une approche économique, mais également d’une approche centrée sur l’utilisateur. La proposition de valeur est plus complète et pertinente pour l’utilisateur final, qui voit dans l’effacement un service parmi d’autres lui permettant une meilleure gestion de l’énergie de son foyer. D’une part, l’offre globale de gestion de l’énergie inclut l’effacement ainsi qu’un service d’efficacité énergétique supplémentaire permettant au consommateur de réaliser des économies sur la facture. Il s’agit là d’une opportunité certaine pour impliquer et satisfaire le client consomm’acteur. D’autre part, ces mécanismes de gestion de la demande voient arriver la production locale, et bientôt, le stockage résidentiel, et par conséquent des opportunités supplémentaires pour créer un service et une expérience utilisateur cohérente et rentable pour toutes les parties prenantes. En effet, il n’est pas simple d’offrir un service unique qui soit porteur d’une valeur et pour le client et pour l’opérateur. Il faut concevoir l’offre en un package de services dont une partie bénéficie plus à l’utilisateur (gestion de l’énergie, économie sur la facture, lien entre l’énergie et les autres objets connectés de la maison …) et l’autre bénéficie plus à l’opérateur (gestion de la demande). Ce package de services doit être cohérent d’un point de vue utilisateur : il voit cela comme une offre de gestion de son énergie, il accède aux données via un portail unique et non pas avec multiplication des applications, il accède à l’information de manière simple, etc.


Source : IJENKO – MODELEC - Interface d’information autour de l’effacement et de la gestion de l’énergie dans le foyer

Rémunération et/ou tarification incitative

Il est incontournable d’aborder la question de la rémunération lorsqu’il s’agit des outils d’implication du consommateur.

Une étude réalisée par un cabinet américain indique que les consommateurs accordent de l’attention à leur usage lorsqu’ils sont en mesure de constater une économie d’au moins 30 % sur leur facture. Cela correspond à quelques mégawattheures et à plusieurs centaines d’euros pour les foyers électro-intensifs. Cette part de la facture énergétique est conséquente quand elle est comparée à la prime d’effacement accordée aux opérateurs pour les effacements diffus qui est de 16 euros par mégawattheure. Il faudra trouver des formules plus incitatives, qui combinent apport de valeur de service et baisse de la facture. L’exemple du partenariat entre PG&E et BMW aux États-Unis est représentatif : les clients de BMW reçoivent une compensation financière en acceptant que la charge de leurs véhicules électriques soit effacée par PG&E pendant les périodes de pointe.

Conclusion

Au vu du succès que connait l’effacement résidentiel outre-Atlantique, il est difficile d’imaginer que l’Europe, et plus particulièrement la France, ne suivent pas le mouvement. Les conditions économiques (prix de l’énergie, coût d’amortissement des centrales, augmentation continue de la pointe, technologie plus performante et moins coûteuse, digitalisation de l’énergie) se rejoindront irrémédiablement pour permettre de créer un modèle économique viable et durable. L’engagement du consommateur ne pourra être qu’une conséquence naturelle à la mise en œuvre de services à valeur ajoutée lui permettant d’être récompensé pour ses efforts avec une rémunération directe ou une économie substantielle sur sa facture.

IJENKO développe et commercialise une Plateforme ouverte de services qui relie l’Internet de l’Energie et l’Internet des Objets dans la maison connectée. La Plateforme IoE2 d’IJENKO permet aux Fournisseurs d’énergie, aux Opérateurs Telecom, aux Marques grand public de proposer, sous leurs marques, de nouvelles expériences clients augmentées et de construire de la valeur de service en s’appuyant sur de multiples écosystèmes de l’Internet des objets.
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