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Point de vue de Louis Duperry (Direct Energie) :

L’objectif du projet MODELEC était de définir précisément la notion d’effacement diffus (effacement de différents usages de l’électricité dans le résidentiel), dans la mesure où le résidentiel représente une ressource de flexibilité importante pour le système électrique. En effet, sur les 27 millions de résidences principales, 8 millions d’entre elles (soit plus d’un tiers) sont chauffées à l’électricité et 12 millions de foyers (35 à 40 %) disposent de ballons d’eau chaude sanitaire (ECS). À cela, il faut ajouter les chauffages électriques d’appoint.

La consommation d’électricité résidentielle française est très sensible à la température : 1 °C de moins en hiver représente 10 à 15 % de consommation d’électricité en plus. Les vagues de froid intervenant brusquement, cela crée de fortes contraintes sur le système électrique.

Pour y répondre, Direct Energie a mis en œuvre le projet MODELEC, projet accompagné par l’ADEME dans le cadre des Investissements d’avenir. Dans le cadre du projet, 500 clients résidentiels ont été équipés d’un dispositif technique et bénéficient d’un accompagnement client poussé multi-supports.

Dans le cadre du projet, 65 000 ordres d’effacement ont envoyés durant les hivers 2013 et 2014. 95 % des clients ont accepté les effacements. Le taux de dérogation s’élève seulement à 5 % et dépend de la durée, de l’heure ou du programme testé.

En complément de l’effacement, le dispositif déployé dans les foyers permet au consommateur d’être associé à la maîtrise de la demande et donc de programmer ses usages (dont le chauffage électrique et l’eau chaude sanitaire) à partir d’une interface. 60 % des clients ont exploité cette possibilité.

Ce dispositif technique a été déployé dans l’ensemble de la France. Il fonctionne sans le système de comptage évolué Linky et évoluera donc un peu avec l’arrivée du compteur communicant d’ERDF. Les ordres d’effacement sont actuellement envoyés à partir d’une plate-forme centrale connectée à l’ADSL, ou Box Modelec. Aujourd’hui, un système de mesure avec un pas de temps fin est associé au compteur, système de mesure très important dans le cadre du dispositif NEBEF pour déterminer le volume d’énergie effacé et le valoriser. Quand le compteur Linky sera déployé, les ordres seront disponibles grâce au contact sec virtuel du compteur et l’instrument de mesure ne sera plus utile.

Certaines voies du tableau électrique sont asservies en ajoutant un module, piloté par les ordres venant de la box Modelec. Le dispositif comprend également différents objets satellites (capteur de température et d’hygrométrie, prises qui peuvent piloter un usage spécifique, typiquement un chauffage d’appoint).

Le consommateur a acces sur Internet à ses informations de consommation et à son dispositif de pilotage. Le consommateur a d’abord et avant tout la possibilité de connaître sa consommation en temps réel. En sus, il a également la possibilité de piloter ses différents usages en fonction de ses habitudes de vie. Les ordres sont transmis, d’une part, à l’opérateur d’effacement et, d’autre part, au consommateur. Quand un ordre est envoyé par l’opérateur d’effacement, le client est prévenu et il a la possibilité de déroger. C’est-à-dire que la réponse à l’ordre envoyée par le consommateur est prioritaire sur celle envoyée par l’opérateur d’effacement.


Source : Direct Energie

Pour l’analyse du potentiel d’effacement, la compréhension du fonctionnement et la valorisation de ces flexibilités, plusieurs acteurs se sont associés dans le projet. Il s’agit d’une approche pluridisciplinaire :

  • Direct Energie : plan de tests pour analyser la puissance effaçable en fonction de différents scénarios, pour mesurer le taux de dérogation et définir les éléments de business plan ;
  • Centre d’étude sur l’actuel et le quotidien (CEAQ – laboratoire de sociologie de la Sorbonne) : analyse des leviers d’acceptation de l’effacement et réalisation d’un suivi quantitatif et d’entretiens qualitatifs post effacement ;
  • École des Mines ParisTech : approche théorique de l’effacement et du report en comparant avec les cas concrets réels.

Plan de tests

Direct Energie a fait un plan de tests massifs sur deux hivers :

  • l’hiver 2013-2014 avait pour objectif de tester l’acceptation des clients, la chaîne technique, la chaîne SI, etc., parce que ce sont des métiers nouveaux ;
  • durant l’hiver 2014-2015, l’objectif était d’avoir assez de points de mesure et d’analyse pour définir des profils d’effacement, parce que si, aujourd’hui, il existe des profils énergétiques en fonction d’usages standards, il n’existe pas de profil d’effacement. Les acteurs du marché ne sont pas capables d’estimer le potentiel d’effacement de chaque client et de déterminer les modèles d’affaires qui peuvent en découler. Différentes heures de début d’effacement et différentes durées ont été testées.

Sur le deuxième graphique, la courbe verte illustre la courbe théorique de consommation (c’est-à-dire sans effacement), en violet la courbe mesurée et en histogramme rouge, le pourcentage de report. L’objectif est d’estimer, de manière fine, les potentiels d’effacement en fonction de certaines caractéristiques pour alimenter les réflexions sur les évolutions réglementaires en matière de potentiel de flexibilité et de valorisation de la flexibilité (prime ou appels d’offres).


Source : Direct Energie

Approche sociologique

Quelques verbatims issus de l’étude sociologique illustrent bien les différents points essentiels du point de vue des clients :

  • sur ce qui motive l’acceptation du dispositif : « Meilleure gestion de l’énergie au niveau global. On entend toujours dire qu’il y a des pics de conso durant le soir et il faut arriver à canaliser l’énergie et la repartitionner de manière plus juste » ;
  • sur le besoin de confort : « Diminuer mon confort ça ne m’intéresse pas, je veux au contraire augmenter ce confort là. Si je peux diminuer à un moment pour augmenter à d’autres, ça m’intéresse » ;
  • sur les usages de maîtrise de la demande en énergie associés au dispositif : « Ce qui me plait c’est d’enfin pouvoir gérer le superflu de conso inutile et réduire mes factures intelligemment »

Approche théorique

L’objectif est de formaliser des définitions et notamment le fait que l’effacement (le creux de consommation) a deux impacts dans le résidentiel :

  • le report : l’effacement est un déplacement de consommation. Si on cherche à valoriser l’effacement comme une économie d’énergie, d’une part, ce n’est pas totalement vrai s’il y a 100 % de report et, d’autre part, il faut racheter de l’énergie après l’effacement. La valorisation « énergie » de l’effacement correspond seulement une différence de prix de l’électricité en fonction des périodes de la journée. La valeur de l’effacement réside dans la capacité ;
  • le rebond : l’effacement a pour premier effet de couper tous les usages d’un coup et comme effet colatéral de remettre tous les usages en fonctionnement au même moment. Cette resynchronisation de tous les équipements du foyer a un impact en termes de puissance.


Source : Direct Energie

Louis Duperry
2 juin 2015






Louis Duperry est Directeur Développements stratégiques de Direct Energie.




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