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Point de vue de Nicolas Charton (E-CUBE) :

Cinq facteurs accélèrent aujourd’hui la dynamique de digitalisation et d’utilisation des données dans l’énergie :

  • le déploiement généralisé des compteurs communicants : le volume de données va passer de 10 giga-octets (Go) à plusieurs dizaines de téra-octets (To) par an lorsque le déploiement sera complet ;
  • le développement des objets connectés, qui ne sont pas tous liés à l’énergie mais qui pourront, de manière indirecte, donner une information utile sur les optimisations énergétiques et influencer les modèles d’affaires (cf. les efforts de standardisation en cours par les deux géants californiens avec l’Apple Home Kit et l’Android@home) ;
  • la réduction du coût des capteurs et du traitement des données : une partie de l’acquisition de la donnée va désormais se réaliser à coût marginal nul sur des systèmes qui sont déjà communicants (energy box, équipements domotiques, système de contrôle et d’acquisition de données (SCADA) dans l’industrie, gestion technique du bâtiment dans le tertiaire) ;
  • le développement de la concurrence et l’évolution des attentes des consommateurs : en Grande-Bretagne où la concurrence est plus développée qu’en France, les ventes sur Internet représentaient 21 % en 2011 et 32 % en 2013 : on constate une croissance très forte de la part du digital dans l’acquisition client ;
  • l’évolution des fondamentaux du secteur de l’énergie et du « market design » : aujourd’hui, la flexibilité possède une valeur : l’effacement peut contribuer aux réserves tertiaires depuis quelques années et primaires et secondaires depuis peu, sur des temps de réponse très rapide avec des enjeux de fiabilité extrêmement importants en temps réel.

Cette dynamique aura un impact sur l’ensemble de la chaîne de valeur énergie. Cependant, elle n’est pas toujours synonyme de création de valeur. La digitalisation est synonyme de création de valeur pour les réseaux de distribution et de transport, notamment avec les optimisations qui peuvent être réalisés sur les investissements ou sur l’exploitation et pour la fourniture et les offres de service, pour lesquels l’optimisation concerne les coûts de service ou la réduction du « churn » (EDF Energy détecte et anticipe les clients qui pourraient changer de fournisseur).

Dans d’autres cas, la digitalisation ne sera pas synonyme de création de valeur. Par exemple, l’affichage de proposition de prix dans le domaine de la fourniture d’électricité peut conduire à la disparition de niches tarifaires. Il existe potentiellement une perte de valeur pour le fournisseur ou une meilleure redistribution de la valeur pour les clients.

Actuellement, il est difficile de déterminer quel sera l’impact. Il existe deux grands scénarios :

  • un scénario d’optimisation : les acteurs vont se concentrer sur une amélioration de la « business intelligence » dans l’énergie et de la performance opérationnelle sans pour autant introduire une rupture complète, car dans le monde de l’énergie, les fondamentaux de coûts sont relativement fixes (investissements dans les réseaux, dans les moyens de production). L’optimisation des coûts de service peut être de second ordre ;
  • un scénario de rupture, où les fondamentaux de coûts pourraient être touchés, par exemple par une généralisation du marketing one to one.

Dans le scénario d’optimisation, l’impact annuel pour la France toutes énergies confondues a été chiffré à près d’un milliard et il se répartit sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Comparé au poids de ces secteurs, cela confirme qu’il s’agit bien d’un scénario d’optimisation et non d’une rupture fondamentale.


Source : E-CUBE

Fourniture, effacement et services

L’arrivée des compteurs communicants a bouleversé les services proposés par les fournisseurs d’énergie et les acteurs de services énergétiques avec des outils gratuits d’analyse de la consommation ou de comparaison des tarifs en utilisant la courbe de charge :

  • My Energy est un service mis en place par le fournisseur américain PG&E à la suite du déploiement de ses compteurs qui relèvent la consommation au pas de 15 minutes (très proche de ce qui sera fait en France avec les compteurs Linky), l’affiche et permet d’avoir un conseil de performance énergétique en ligne établi directement à partir des données du client. Sur 4,5 millions de clients particuliers, 1,8 million de clients ont déjà utilisé ce service de conseil et d’audit en ligne ;
  • Green Button Connect My Data : ce concept fonctionne comme celui de « Connect with Facebook » : il est possible de se connecter sur n’importe quel site avec ses identifiants Green Button, ce qui lui permet d’accéder à votrecourbe de charge. Les comparateurs de prix représentent plus de 80 % de l’acquisition client digitale au Royaume-Uni. Demain, grâce à cette application, on aura des comparateurs de prix qui pourront travailler directement sur la courbe de charge du client et ainsi lui proposer l’offre qui lui est la plus adaptée à son profil. Les offres mises en avant par le comparateur seront les offres les mieux adaptées à la courbe de charge du client. Cela pourrait accélérer le développement d’offres reflétant les coûts de marché et les coûts de réseaux sur la courbe de charge du client. Il s’agit d’un scénario de rupture parce qu’aujourd’hui, tous les éléments ne sont pas réunis pour que ça se concrétise aussi massivement.


Source : E-CUBE

Transport et distribution

Une donnée fine et multi-énergies sera essentielle dans la concrétisation, même partielle, du concept de boucle locale de l’énergie (ex : optimisation des flux énergétiques à l’échelle locale). Dans ce modèle, il existe un enjeu important d’utilisation de la donnée pour réaliser des arbitrages sur la flexibilité à l’échelle locale.

Par exemple, Electricity North West, distributeur en Grande-Bretagne, rémunère les effacements pour reporter les investissements dans le réseau. Les niveaux de rémunération atteignent les ordres de grandeur des effacements réalisés en France à l’échelle nationale pour des appels d’offres industriels organisés par RTE.


Source : E-CUBE

Production et approvisionnement

En Allemagne, l’explosion du marché de l’agrégation de production génère une nouvelle utilisation des données. Les volumes d’agrégation de production vendue directement sur les marchés est passée de 15 GW en 2012 à 37 GW en 2014. Les petits producteurs d’électricité renouvelable utilisent les agrégateurs comme intermédiaires pour vendre leur production sur les marchés. Les agrégateurs pèsent chacun de l’ordre de 1 à 5 GW. Cela est lié à la mise en place d’une rémunération des producteurs par une prime en complément du prix de marché de l’électricité (à la place de tarif d’achat).

Le fondement du modèle d’affaires de ces acteurs de l’agrégation repose sur la gestion et le paiement des écarts, qui représentent largement plus de 50 % du coût de l’agrégation sur ce type de marchés. Les données et la capacité à moduler en temps réel la production, voire à moduler la consommation d’un parc de clients joints que l’on pourrait agréger dans le même périmètre d’équilibre, deviennent essentielles pour optimiser les coûts de ce métier.

En Allemagne, le marché est de plus en plus compétitif et une forte concentration des acteurs est attendue. Les acteurs jouent sur les marges et sur les coûts de structure. La capacité à avoir beaucoup de données sur les parcs de production pour pouvoir sélectionner les parcs qui sont les plus pertinents en termes d’écart et jouer sur le foisonnement sera décisive demain pour ce modèle d’affaires.


Source : E-CUBE

Quelques questions restent en suspens sur le sujet de la digitalisation du secteur de l’énergie :

  • quelles incertitudes restent à lever pour un impact massif avant 2020 ? Dynamisme de la concurrence ? Enjeux de confidentialités des données ? Rythme de déploiement compteurs ? Évolutions de market design ?
  • quel scénario d’impact, optimisation ou rupture ? Des acteurs font le pari de la rupture et investissent ;
  • quel modèle s’imposera : « service public de la donnée », « privatisation de l’agrégation » ou un autre modèle ? Si les enjeux sont forts, notamment pour les acteurs régulés, aucun modèle ne se démarque à date.

Nicolas Charton
4 novembre 2014





Nicolas Charton est manager chez E-CUBE Strategy Consultants.





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