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Interview d'Adamo Screnci (McPhy Energy) :

Quels sont les avantages et les inconvénients de l’hydrogène comme vecteur énergétique ?

L’hydrogène : un atome maitrisé

Contrairement aux idées reçues, la connaissance de l’hydrogène n’est pas récente, elle date de plus d’un siècle. C’est un vecteur énergétique largement utilisé, dont la production annuelle atteint aujourd’hui les 60 millions de tonnes, essentiellement destinées aux applications industrielles.

Il s’agit donc d’une molécule parfaitement maîtrisée, que l’on sait produire, stocker, distribuer. Pour ne parler que de McPhy Energy ; après sept années d’existence, l’entreprise déploie de nombreuses solutions hydrogène dans le monde : solution de mobilité hydrogène à l’aéroport de Berlin ou à Woodside (Californie), de power-to-gas pour Audi AG en Allemagne, dédiée au stockage des surplus d’énergies renouvelables dans le sud de l’Italie, etc.

Des performances durables

Par sa densité énergétique et ses performances (trois fois plus énergétique que le gazole, deux fois et demi plus que le gaz naturel), l’hydrogène est un vecteur énergétique aux atouts indéniables.

Quant à l’hydrogène « vert », produit à partir des énergies de sources renouvelables, il a un rôle majeur à jouer dans la transition énergétique et la réduction des émissions de particules et de gaz à effet de serre.

Rompre avec l’organisation traditionnelle des réseaux

Intrinsèquement lié au développement des énergies de sources renouvelables, l’hydrogène a la particularité d’être produit sur des sites décentralisés, répartis sur tous les territoires. Il a également la capacité, et c’est le seul vecteur énergétique dans ce cas, à pouvoir créer des « ponts » avec les autres énergies.

Or, depuis toujours, les réseaux d’énergie sont organisés de manière centralisée, et indépendamment les uns des autres. L’hydrogène implique un vrai changement de paradigme.

Prenons l’exemple de l’Allemagne qui a très tôt adopté une politique volontariste en matière d’énergies renouvelables : l’infrastructure de la filière hydrogène s’y développe rapidement et efficacement.

Quels sont vos projets actuels ?

McPhy Energy, acteur engagé dans l’« économie hydrogène »

Convaincus du rôle prépondérant que l’hydrogène a à jouer face au défi climatique, McPhy Energy a développé des technologies de production, stockage et distribution d’hydrogène pour les secteurs de l’hydrogène industriel, de l’hydrogène énergie, du power-to-gas et de la mobilité hydrogène.

Principales sources d’effacement et rationnel économique lié

Zoom sur deux marchés d’avenir

Power-to-gas : interconnecter les réseaux

La technologie du power-to-gas consiste à injecter dans les réseaux de gaz naturel de l’hydrogène « vert », issu du surplus d’électricité d’origine renouvelable pour répondre aux besoins de l’habitat ou l’industrie.

L’intérêt de cette technologie est double : maximiser la part des énergies renouvelables dans la consommation d’énergie, donc réduire les émissions carbone, tout en optimisant les investissements, l’hydrogène étant accueilli dans les infrastructures gaz naturel existantes.

C’est ce que McPhy Energy a proposé à l’usine e-gaz d’Audi à Werlte en Allemagne. McPhy Energy a installé et mis en service un équipement de production d’hydrogène qui utilise les surplus d’électricité d’origine renouvelable pour extraire l’hydrogène de l’eau. Celui-ci est ensuite combiné à du dioxyde de carbone (CO2) pour produire du méthane synthétique (CH4). Ce dernier est ensuite acheminé par les réseaux de gaz naturel jusqu’aux stations-service délivrant du gaz naturel compressé (CNG) pour l’Audi A3 g-tron. Audi peut produire jusqu’à 1 000 tonnes d’e-gaz par an en transformant quelque 2 800 tonnes de CO2, ce qui correspond au volume de CO2 absorbé par une forêt de 220 000 hêtres en un an.

Mobilité hydrogène : tendre vers une mobilité « verte »

Grâce à ses solutions d’électrolyse, McPhy Energy produit, à partir d’énergies de sources renouvelables, de l’hydrogène vert qui est ensuite distribué grâce à la gamme de stations de rechargement hydrogène McFilling®.

La volonté de McPhy Energy est de contribuer au déploiement d’une infrastructure permettant d’alimenter les véhicules en hydrogène vert, de viser la mobilité décarbonée et, de facto, de réduire les émissions de particules et de gaz à effet de serre dans les villes. Rappelons que les véhicules électriques à hydrogène ont pour particularité de ne rejeter que de l’eau.

Parmi les projets emblématiques de cette gamme mobilité hydrogène, soulignons :

  • la station de rechargement hydrogène à l’aéroport de Berlin (électrolyseur 0,5 MW – 100 Nm3 par heure – stockage de 100 kilogrammes) ou encore le projet Woodside en Californie (2 × 10 Nm3 par heure – 25 véhicules par jour – remplissage en 3 à 5 minutes) ;
  • plus proche de nous, l’équipement prochain d’une station H2 pour la Ville de Paris, et d’une station à Lyon pour GNVert (groupe Engie) ;
  • le projet INGRID : démonstrateur industriel dans la région des Pouilles (sud de l’Italie), qui consiste à produire, à partir d’électricité renouvelable, de l’hydrogène par électrolyse, à le stocker sous forme solide puis à le réutiliser pour créer de l’électricité grâce à une pile à combustible, et à alimenter le marché de l’hydrogène.

Quels sont les impacts du développement de l’hydrogène sur les réseaux d’électricité et de gaz naturel ?

Des bénéfices à court et long termes

La filière hydrogène étant en phase de développement, il est encore trop tôt pour faire un bilan d’impact. En revanche, les réseaux existants ont la capacité d’accueillir, grâce au vecteur de l’énergie hydrogène, un surplus d’énergie renouvelable.
L’utilisation de l’hydrogène, qui crée des passerelles entre énergies de sources renouvelables, réseaux d’électricité et réseaux de gaz naturel, permet d’accroître de façon significative la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique, et de viser, à terme, une économie « Zéro CO2 ».

Il apporte, également, une réelle souplesse dans la consommation d’énergie, sans pour autant avoir à investir dans de nouvelles infrastructures. Les réseaux « traditionnels » s’en trouvent rentabilisés et sont rendus plus « verts ».

Quels freins voyez-vous aujourd’hui au développement de l’hydrogène comme énergie capable de prendre part à la flexibilité de la demande ?

2015 : franchissons le cap

S’il fallait faire une analogie, ce serait celle du développement d’internet. Nous en sommes au stade où la molécule hydrogène est maîtrisée, où sa flexibilité et ses atouts sont (é)prouvés et où un potentiel prometteur d’applications se dessine.

Les acteurs français de la filière sont regroupés et proposent des solutions concrètes pour relever le challenge d’une nouvelle France industrielle et d’une économie « bas carbone ».

Il nous faut maintenant engager une phase plus pédagogique, de sensibilisation des publics, et surtout obtenir une impulsion forte et une vision à long terme des pouvoirs politiques pour lever les freins au développement de l’hydrogène comme vecteur énergétique.

Nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère. L’hydrogène y a toute sa place, en tant que vecteur énergétique à la fois performant et respectueux de l’environnement, au sens large du terme. Sociétalement parlant, l’hydrogène est un formidable levier de développement territorial. Son fonctionnement en circuit court en fait une énergie locale, créatrice d’emplois et de valeurs.
Les prises de position politiques, règles de simplification et d’harmonisation européennes sont les clés pour accélérer le déploiement de la filière.

À quel horizon pensez-vous que l’hydrogène sera un vecteur énergétique économiquement viable et techniquement fiable ? Pourquoi ?

Allemagne, Japon, Canada : des success stories inspirantes

Techniquement fiable, c’est déjà le cas. Y compris pour les applications grand public, comme Toyota l’a encore prouvé au Mondial de l’automobile en présentant sa Mirai. Un nom empli de sens et porteur de promesse, puisque sa traduction du japonais signifie « futur ».

Quant au critère économique, il est purement subjectif puisqu’on le sait, dans ce secteur, la question de l’économie résulte d’un choix politique.

Aujourd’hui, force est de constater que des modèles d’affaires s’appuyant sur l’hydrogène fonctionnent. C’est le cas, entre autres, pour le Japon, la Californie ou encore en Allemagne. Dans ces pays, dont certains ne sont pas si éloignés, des motivations diverses (crise économique, environnementale, choix politiques) ont conduit à une adoption précoce de l’hydrogène comme vecteur d’énergie. Avec succès.



Pour en savoir plus :

Technologie de l’électrolyse
Stockage d’hydrogène solide


Adamo SCRENCI
22 septembre 2015



Adamo SCRENCI, Directeur Général Adjoint Ventes et Marketing, a commencé sa carrière en tant qu'ingénieur pour Elf Atochem et Siegwerk, sociétés dans lesquelles il a travaillé respectivement 4 et 5 ans. En 2000, il rejoint Air Liquide, où il passe rapidement d'un poste de gestion de projet à la gestion d'une unité avant de devenir Vice-Président des Ventes et du Marketing. Il possède des compétences d'ingénierie et de gestion et dispose également de connaissances étendues sur l'industrie du gaz et autres industries de haute technologie. Adamo est titulaire d'un diplôme d'ingénierie de l'Institut National Polytechnique de Grenoble et est également diplômé de l'INSEAD (International Development Program).

McPhy Energy est le spécialiste des solutions hydrogène dédiées au stockage d’énergie et aux applications industrielles. Fort de sa technologie exclusive de stockage d’hydrogène sous forme solide et de sa longue expertise dans la production d’hydrogène par électrolyse de l’eau, McPhy Energy conçoit et fabrique des équipements flexibles de production, de stockage et de distribution. Ces solutions respectueuses de l’environnement offrent des avantages uniques de sécurité, d’indépendance et de simplicité d’utilisation. Elles s’adressent aux secteurs des énergies renouvelables, de la mobilité et de l’industrie. Le groupe dispose de 3 sites de conception et de production en France, Allemagne et Italie, d’un laboratoire de R&D en France et de 3 filiales de commercialisation en Amérique du Nord, Asie-Pacifique et Russie-Europe de l’Est-Asie Centrale.
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