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Interview de David Saint-André (Enertrag) :

ENERTRAG travaille en lien avec les énergies de sources renouvelables. Pouvez-vous nous préciser quelles sont vos différentes activités ?

ENERTRAG est un producteur d’électricité indépendant utilisant exclusivement des sources renouvelables. Nous sommes spécialisés dans la conception, le financement, la construction et l’exploitation d’installations éoliennes, photovoltaïques et biogaz.

La première de nos activités est le développement de projets. Cette seule étape d’environ deux années débute par une phase de prospection, durant laquelle nous identifions le potentiel et les spécificités des sites : gisement éolien, solaire, distance aux habitations, harmonie paysagère, possibilités de raccordement électrique, servitudes aériennes et radioélectriques. Nous sensibilisons alors les élus locaux au projet et interrogeons les services de l’État : DREAL, DDT, Aviation Civile, etc.

En accord avec les élus, nous engageons une étude d’impact. Il s’agit d’une étude environnementale exhaustive dressant, sur une année, l’état initial du site et analysant les impacts du projet durant toute sa durée de vie : construction, exploitation, démantèlement. Elle comporte des études faune-flore, paysagère et acoustique, dans le cas de l’éolien. Durant cette année d’études, les propriétaires et exploitants des terrains sont démarchés afin de conclure des promesses de bail pour une durée de 30 ans. L’étude d’impact est un élément essentiel de la demande de permis de construire, dont l’instruction administrative dure six à dix-huit mois et s’achève par une enquête publique à l’issue de laquelle le Préfet décide d’accorder ou non le permis de construire.

Les trois pièces majeures nécessaires au financement d’un projet sont : le permis de construire, l’offre d’un gestionnaire de réseau pour le raccordement électrique et un contrat pour l’achat de l’énergie. Une phase d’audit vient alors confirmer la pérennité du dossier. Dans le cadre du financement de ses projets, ENERTRAG crée et gère des fonds dédiés à ses installations, avec ou sans appel à l’épargne privée. Vient alors le temps de la construction, généralement de trois à six mois depuis les premiers travaux de terrassement jusqu’à la mise en service. Une fois en exploitation, le site est piloté à distance depuis notre centre de conduite qui centralise toutes les installations du groupe, ainsi que nombre d’installations tierces. Ce centre qui opère 24h/24 permet une disponibilité maximum des installations grâce à la coordination des maintenances préventives et curatives réalisées par les techniciens d’ENERTRAG ou des sous-traitants.

À ce jour, ENERTRAG France a mis en service 11 sites éoliens pour un total de 120 MW. Nous disposons de permis de construire pour environ 100 MW d’éolien terrestre, et environ 250 MW de projets éoliens et photovoltaïques sont en cours d’instruction par les services de l’État.

ENERTRAG est par ailleurs titulaire depuis 2008 du premier permis de construire français pour un parc éolien en mer : le projet de la Côte d’Albâtre situé au large de Veulettes-sur-Mer (76). Ce projet de 105 MW est issu du premier appel d’offre du Gouvernement pour des centrales éoliennes en mer dont ENERTRAG fut le seul lauréat en 2005.


Parc éolien Chemin de Tuleras (Eure-et-Loir)

Pouvez-vous nous expliquer quelles sont les problématiques liées à l’insertion des énergies renouvelables sur les réseaux électriques ?

L’insertion des énergies renouvelables sur le réseau électrique n’engendre pas de problème à proprement parler. Il est plus pertinent d’évoquer nombre d’habitudes bien ancrées, liées au modèle de production français historique : centralisé et sous monopole. Certaines évolutions (raccordement électrique, conduite réseau, etc.) sont aujourd’hui engagées en application de la directive européenne 2009/28/CE relative à la promotion des énergies renouvelables, mais d’autres habitudes très nationales nécessiteront l’affichage d’une volonté politique plus forte d’entrer dans l’ère des énergies renouvelables.

Il faut d’abord rappeler la distinction entre les énergies renouvelables dites « fatales » du fait de leur importante variabilité en fonction des conditions climatiques, et les énergies renouvelables comme l’hydraulique et le biogaz de méthanisation, qui leur sont complémentaires du fait de leur capacité de régulation en fonction des besoins du réseau électrique.

Il faut d’ailleurs rappeler la situation privilégiée de la France avec ses trois régimes de vents bien différenciés (Nord, Atlantique, Méditerranée) qui permettent de toujours bénéficier d’une disponibilité éolienne considérable. Dans son Bilan Prévisionnel de l’Équilibre Offre-Demande de 2007, RTE affirmait que l’éolien contribue au passage des pointes de consommation, malgré l’intermittence du vent, et à la réduction des besoins en moyens de production de pointe (fortement émetteurs de CO2). RTE expliquait alors que l’on pouvait parler de puissance substituée par les éoliennes ; cette analyse du gestionnaire du réseau pour le cas français est trop souvent oubliée.

Pour mémoire, nos voisins espagnols, qui disposent d’une capacité éolienne installée de 20 GW, ont atteint un pic de production éolienne correspondant à 54 % de la consommation d’électricité, le 9 novembre 2010. Ce record montre l’excellente insertion de l’énergie éolienne dans le système électrique, dont les exploitants ont su faire évoluer leurs méthodes de conduite pour s’adapter non-pas aux problématiques, mais aux spécificités des énergies renouvelables.

Dès 2009, le déploiement du système IPES (Intégration de la Production Éolienne et Solaire) de RTE, a permis une meilleure anticipation des volumes de production éolienne injectés sur le réseau. ENERTRAG a activement participé à la mise en place du système avec RTE, avec la première expérimentation de transfert de données de production chaque minute depuis des éoliennes vers un dispatching RTE.

Au demeurant, l’accès au réseau des énergies renouvelables demande encore à être amélioré. Un problème bien connu des porteurs de projets est la saturation des capacités d’accueil du réseau et la nécessité de son développement. Il existe aujourd’hui une attente forte quant au préfinancement des développements du réseau par ses gestionnaires, et à la mutualisation des coûts de raccordement entre les producteurs au travers de schémas régionaux. Les dispositions d’application de la loi Grenelle 2, quant à ce principe de mutualisation notamment, auront une importance fondamentale pour la bonne coordination entre le développement des énergies renouvelables et celui du réseau électrique. C’est bien de la qualité et de l’applicabilité de ces outils réglementaires que dépendra la bonne insertion des énergies d’origines renouvelables sur les réseaux électriques.

Vous êtes promoteur de « solutions de raccordement optimisées ». En quoi consistent-elles ?

ENERTRAG est convaincu de la place majeure des énergies renouvelables dans le mix énergétique de demain. Au-delà de solutions de raccordement optimisées, nous nous attachons à la bonne insertion de nos installations dans le système électrique et développons à cet effet des solutions pour répondre aux besoins du réseau.

A cet effet, nous avons mis en place dès 2004 un centre de conduite dédié à l’exploitation de nos installations, à savoir 400 MW éoliens à l’époque. Ce centre de conduite qui opère 24h/24 répond à deux objectifs principaux : la coordination des équipes de maintenance et la coordination entre ENERTRAG et les gestionnaires de réseaux.


Opérateurs du Centre de Conduite ENERTRAG

Outre les outils indispensables à une bonne planification des maintenances, comme la pose de capteurs dédiés à la détection de vibrations au cœur des machines par exemple, ENERTRAG a mis en place des programmes de production de ses centrales. ENERTRAG dispose ainsi de prévisions de production fondées sur des modèles météorologiques pour ses parcs les plus puissants, et centralise la télésurveillance de l’ensemble de ses parcs. Nous agrégeons les données issues de l’ordinateur de contrôle de chacune de nos machines au sein du Power System. Cet outil de gestion unique, développé par les ingénieurs d’ENERTRAG, est déjà en mesure d’intégrer une cinquantaine de modèles d’éoliennes de plus de 20 constructeurs différents. Les données sont relevées toutes les 10 minutes, mais ENERTRAG a aussi développé un pas de temps d’une minute pour les gestionnaires de réseaux.


Exemple d’outil à disposition des opérateurs : rose des vents

C’est grâce à ces outils maîtrisés qu’ENERTRAG a pu initier l’envoi à ERDF de prévisions de production pour son parc de Merdelou dans l’Aveyron dès juillet 2007, mais aussi initier avec RTE la première expérience d’envoi de données de production vers la plateforme IPES dès mai 2009. Outre-Rhin, ENERTRAG adresse des données de production aux gestionnaires de réseaux pour déjà 250 MW à travers l’initiative GENI (geni.ag). En 2011, ENERTRAG enverra aux gestionnaires de réseaux les données de centrales de production d’électricité renouvelable pour une puissance totale de 400 MW (dont une centrale solaire de 40MW) et ira, en 2014, jusqu’à une puissance totale de 1000 MW, Parmi ces centrales, plusieurs centaines de MW seront déjà sortis du système d’obligation d’achat et intègreront les règles du marché de l’énergie.

Depuis son centre de conduite, ENERTRAG exploite plusieurs postes de transformation 110/20 kV interconnectés depuis son poste 220/110 kV de Bertikow au nord de Berlin. Ce poste d’une capacité de 400 MVA centralise l’injection sur le réseau de 310 MW éoliens et 20 MW de centrales biogaz. L’ensemble dispose d’un système unique de régulation des puissances active et réactive injectées sur le réseau.

C’est dans cette région qu’ENERTRAG finalise l’installation de sa centrale hybride associant des éoliennes, une unité de stockage d’hydrogène sous forme gazeuse et une installation biogaz. Cette centrale innovante, dont le chantier a été inauguré par Angela Merkel en 2009, offrira différents modes opératoires pour faire face aux besoins du réseau.


Inauguration du chantier de la Centrale Hybride

Les principales fonctionnalités seront la mise à disposition d’une énergie stockée sous forme d’hydrogène en cas de pointe de consommation, mais aussi son emploi comme soupape afin de réguler l’énergie injectée au plus près d’un programme de production fondé sur des prévisions, permettant ainsi au gestionnaire du réseau de s’affranchir de l’aléa météorologique. Enfin, en cas de surproduction éolienne, l’hydrogène stocké sera mis à la disposition d’une station service alimentant des véhicules utilisant cet hydrogène 100 % vert comme carburant.


Synoptique de la Centrale Hybride

Pouvez-vous nous présenter une ou deux de vos réalisations de raccordement de parcs éoliens ou photovoltaïques au réseau électrique. Quelles ont été les difficultés rencontrées ?

De nombreuses situations atypiques ont jalonné le raccordement de nos installations, de l’Aveyron au Pas-de-Calais, en passant par la Beauce et la Picardie. Cependant, nous avons toujours su résoudre les difficultés réglementaires, foncières ou environnementales, en collaboration avec ERDF. L’expérience la plus passionnante restera vraisemblablement le raccordement du projet éolien en mer de la Côte d’Albâtre. Ce projet, labellisé par l’État, a bénéficié du soutien sans faille des services de l’État de Haute-Normandie et de l’impulsion du Sous-préfet de Dieppe, pour permettre à ENERTRAG et RTE de porter de concert le dossier de Déclaration d’Utilité Publique du raccordement de ce premier projet éolien offshore français. Malgré le succès fin 2008 de ce travail de fond mené conjointement avec les experts de RTE et l’administration, nous sommes aujourd’hui freinés par quelques opposants locaux qui emploient tous les recours administratifs possibles pour retarder la construction de ce projet phare.


Projet éolien offshore de la Côte d’Albâtre (photomontage)


David Saint-André
5 juillet 2011


David Saint-André est responsable du raccordement électrique des installations d’ENERTRAG France depuis 2005. Il a notamment participé à la mise en service de 8 parcs éoliens (90 MW) en collaboration avec ERDF, à la planification du raccordement électrique du projet éolien offshore de la Côte d’Albâtre (105 MW) en collaboration avec RTE, ainsi qu’à la première expérimentation de transfert de données de production éolienne par minute depuis le centre de conduite d’ENERTRAG vers un centre de dispatching RTE dans le cadre du projet IPES.



Filiale française d'un groupe familial allemand qui a déjà érigé plus de 460 éoliennes outre-Rhin totalisant une puissance de 760 MW, ENERTRAG en France profite de l'expérience de sa maison mère pour développer des parcs éoliens et photovoltaïques de qualité, totalisant à ce jour 310 MW de permis de construire accordés dont 120 MW en exploitation. Elle est aussi titulaire depuis 2008 du premier permis de construire éolien en mer en France pour le projet de la Côte d’Albâtre, et portons le projet de centrale hybride de Prenzlau (à proximité de Berlin) qui associe des éoliennes, une unité de stockage d’hydrogène et une installation biogaz.

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