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Interview d'Emmanuel Jeanjean (Rhônalpénergie-Environnement) :

En quoi consiste le programme Alpenergy ? Quels sont les participants à ce programme ?

Alpenergy est un programme de coopération internationale autour du thème des énergies renouvelables (EnR) et de la maîtrise de l’énergie sur les réseaux. Il aborde des problématiques et envisage des solutions communes à l’espace alpin, en regroupant six pays différents : l’Autriche, la France, l’Allemagne, l’Italie, la Slovénie et la Suisse. Le programme est subdivisé en plusieurs projets nationaux, ce qui permet un partage des expériences et des résultats.

Ce programme rassemble une dizaine de partenaires européens de l’espace alpin, parmi lesquels des régies assurant la distribution et la commercialisation, des fournisseurs (Allgäuer Überlandwerke en Allemagne et Elektro Gorenjska en Slovénie), un distributeur, des collectivités territoriales (Province de Mantoue en Italie et Allgäu Initiative en Allemagne), des universitaires (Fondazione Politecnico di Milano en Italie, l’Alari Institute de l’Université de Lugano en Suisse, Institut National Polytechnique de Grenoble) et des agences du développement (Kranj en Slovénie, Rhônalpénergie-Environnement en France et B.A.U.M. Consult en Allemagne). En Rhône-Alpes, Rhônalpénergie-Environnement travaille en collaboration avec Grenoble INP sur le projet Alpenergy.

Les partenaires du projet concentrent un large éventail de compétences et d’expériences. Cette approche commune permet de jeter les bases d’une standardisation des technologies et des procédures, en réponse à la libéralisation du marché européen de l’électricité.

Les énergies hydraulique, solaire et éolienne sont largement représentées dans l’espace alpin. L’accès à ces ressources reste néanmoins tributaire d’inégalités territoriales. Pour créer un équilibre entre une production croissante et l’utilisation des EnR et afin de pouvoir gérer une proportion élevée de production électrique distante des lieux de consommation, il faut mettre en œuvre des renforcements majeurs de réseau.

Les centrales virtuelles de petite taille (Virtual Power System – VPS) sont une alternative à ces renforcements, car elles permettent, grâce aux NTIC, une gestion intelligente du réseau (combinaison intelligente de la gestion de la charge, de la production et du stockage). La définition de VPS retenue dans le cadre du projet est assez large, ce qui permet d’inclure dans les applications de centrale virtuelle des fonctions de gestion dynamique de la charge, ou demand-side management.

Le projet Alpenergy prend en compte les aspects techniques et économiques nécessaires à l’introduction d’un modèle opérationnel efficace, dont l’objectif est la standardisation des technologies et des procédures. Les connaissances acquises permettront de générer des revenus et des opportunités commerciales supplémentaires pour les petits producteurs (agriculteurs, entreprises, particuliers…) ainsi que pour les entreprises traditionnelles et innovantes. Alpenergy vise donc à soutenir la compétitivité des entreprises de l’espace alpin, et à faire de celui-ci une vitrine pour les autres territoires de montagne à travers le monde.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste le concept de centrale virtuelle ? Ce concept met-il en œuvre des technologies de Smart grid ?

Le concept de centrale virtuelle développé dans le cadre du projet Alpenergy est différent du concept de centrale virtuelle classique. En effet, le projet Alpenergy développe le Virtual Power System (VPS) et non une Virtual Power Plant (VPP).

La VPP est un outil qui permet de gérer la production en temps réel en l’ajustant à la consommation. Elle représente une forme de coopérative associant des producteurs (en principe des petits producteurs indépendants) et mettant en commun les différentes sources d'énergie disponibles afin de jouer sur le foisonnement de ces sources multiples et de compenser la variabilité inhérente à certaines EnR.

La centrale virtuelle est un ordinateur doté du logiciel de contrôle de réseau. Elle reçoit en temps réel par téléphone ou internet des informations sur le taux d'utilisation des sources d'énergies disponibles, la demande instantanée en énergie, l'état du système de distribution, le calcul du coût de production de chaque source d'énergie, des données météorologiques.

En fonction de ces informations, le logiciel détermine le coût optimal de la production électrique et les priorités d'utilisation de cette production. Il peut également fournir des prévisions à court terme et aider le fournisseur d’électricité et le gestionnaire de réseau à se préparer aux pointes de consommation.

Cette centrale ne prend en compte que la production tandis que le système développé dans le cadre du programme Alpenergy permet également de gérer la consommation en temps réel et de l’ajuster en fonction de la production (par l'effacement diffus, etc.). Nous avons cherché à développer une approche systémique et c’est en ce sens que notre projet représente une véritable technologie de Smart grids.

Le modèle de la centrale virtuelle va-t-il s’imposer ?

Ce système est très intéressant car il permet de concilier économie, en permettant l’équilibre offre/demande au meilleur coût, et écologie, en utilisant en priorité les énergies renouvelables. Il devrait fournir au client final une production électrique répondant à ses besoins.

Cependant, à l’heure actuelle, le tarif d’achat ne donne pas ou peu de signal au producteur par rapport à la demande. Il est difficile dans ce contexte de concilier les deux approches et le projet Alpenergy cherche encore des solutions.

Votre programme a pour but de préserver l’équilibre offre/demande tout en intégrant les EnR au réseau. Pouvez-vous nous expliquer les techniques et méthodes employées pour que cela fonctionne ?

Les objectifs recherchés par les pays sont assez divers, reflétant l’hétérogénéité des situations (en termes de taux de pénétration des énergies réparties, de priorités environnementales et/ou politiques, de niveau d’équipement en compteurs communicants). Les principaux objectifs sont :

  • la sécurité de fourniture du réseau de distribution (AÜW en Allemagne et RAEE en France). Par exemple, permettre d’éviter ou de repousser un renforcement de réseau 63 kV, dans une zone alimentée par poche, par des actions de gestion dynamique de la charge, afin d’effacer la pointe pénalisante de consommation en hiver. En raison d’un rejet d’un projet de ligne HTB lors d’une consultation locale, il y a une demande, par les élus locaux, de proposition de solutions alternatives pour assurer la garantie de fourniture de cette zone. Le cas allemand est inverse : il s’agit d’anticiper les congestions à venir, dues à une très forte pénétration des énergies renouvelables et à une forte variabilité de production du photovoltaïque ;
  • l’égalisation comptable des puissances de charge et de production locale (province de Mantoue en Italie). La demande issue d’élus locaux vise à équilibrer, sur la zone d’application, la puissance totale de consommation des bâtiments administratifs avec la puissance totale générée par les sources locales. Cet objectif a ainsi plus un but de démonstrateur qu’une finalité financière, puisqu’il est décorrélé des conditions économiques effectives d’achat ;
  • l’accompagnement de campagne d’installation de compteurs intelligents (AÜW en Allemagne et Elektro Gorenska en Slovénie). Des équipements, tels que les compteurs communicants, peuvent servir de supports matériels pour la réalisation de mesures pour les centrales virtuelles. Actuellement, on assiste à une campagne progressive d’équipement de ces compteurs dans les différents pays européens (France, Slovénie). Ces compteurs permettent essentiellement de télérelever à distance des mesures d’énergie du compteur. Le but des fournisseurs partenaires est ici d’utiliser les premiers retours d’expérience et le concept de VPS pour anticiper un développement de nouvelles fonctions pouvant être assurées par ce type de compteur. Celui-ci pourrait par exemple relayer les ordres de délestage en direction de certains usages (convecteurs électriques, ballon d’ECS, etc.), permettant ainsi un échange bidirectionnel d’informations avec le fournisseur et/ou l’agrégateur.

Emmanuel Jeanjean
5 juillet 2011




Emmanuel Jeanjean était chargé de mission énergie à Rhônalpénergie-Environnement depuis 9 ans. Il a travaillé sur des problématiques variées dans le cadre de projets locaux, régionaux ou européens (maîtrise de l’énergie dans les bâtiments, petit et grand éolien, éducation à l’énergie, plans climat, …).





Rhônalpénergie-Environnement est l'agence de l'énergie et de l'environnement en Rhône-Alpes. Créée en 1978 sous forme associative, Rhônalpénergie-Environnement conseille les collectivités territoriales et les entreprises du tertiaire public en matière d'économie d'énergie, de promotion des énergies renouvelables, de protection de l'environnement et mise en pratique du développement durable.
Ses trois missions principales sont l’animation d'un centre de ressources et d'échanges, le conseil et l’accompagnement des collectivités territoriales et les bailleurs sociaux dans le montage et le suivi d'opérations et l’accompagnement et la mise en œuvre de programmes ou d'actions collectives sur un territoire. Rhônalpénergie-Environnement développe également des projets européens permettant d’apporter des méthodes et des outils innovants au service des collectivités sur le territoire Rhônalpin.

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