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Interview de Brigitte Peyron (RTE) :

Quel est l’impact des énergies de sources renouvelables sur le réseau de transport d’électricité ?

La variabilité de la production éolienne ou photovoltaïque est une caractéristique que RTE doit intégrer dans les pratiques d’exploitation du réseau de transport, pour garantir, au niveau national, l’équilibre entre l’offre et la demande et assurer la sureté du système électrique. Cette intégration nécessite, notamment, une adaptation des réserves de puissance, qui seront revues à la hausse pour faire face aux variations imprévues de la production au fur et à mesure du développement du parc de production d’énergies intermittentes. À ce jour, avec un peu plus de 6 GW de puissance éolienne installée en France, cet impact reste limité, mais il deviendra de plus en plus important avec l’accroissement de la capacité installée.

L’autre grand défi, c’est le développement du réseau de transport lui-même, qu’il faut adapter à la modification structurelle actuellement en cours du mix énergétique européen. L’heure est donc aux investissements : en Europe, l’association des gestionnaires de réseau ENTSO-E a publié en juillet 2010 son premier plan décennal de développement de réseau de transport sur l’ensemble de l'Union européenne. Pour les seuls projets d’intérêt européen, 23 à 28 milliards d’euros d’investissements sont nécessaires dans les 5 ans, dont plus du tiers pour intégrer les EnR. RTE a doublé ses investissements en 5 ans, et investira cette année plus de 1,2 milliard d’euros.

Ce défi des infrastructures prendra encore de l’ampleur avec le développement massif de l’éolien offshore, notamment en mer du Nord (les objectifs affichés par les États riverains sont actuellement de plus de 50 000 MW…). Les « Super grids » qu’il faudra construire en mer et leurs prolongations terrestres posent aujourd’hui des questions de faisabilité technique et financière qui font l’objet d’études, auxquelles RTE participe de manière active.

Pour autant, les délais de création de ces nouveaux ouvrages de transport, notamment ceux liés à l'instruction des procédures d'autorisation administrative, constituent aujourd’hui le véritable facteur de risque pour l’intégration des EnR. En Allemagne et en Espagne, pays leaders du déploiement des EnR en Europe, le développement du réseau de transport est perçu comme une condition absolument nécessaire au développement des énergies vertes, et bénéficie à ce titre de procédures administratives adaptées. À titre d'exemple, la loi allemande ENLAG (Energieleitungsausbaugesetz), entrée en vigueur le 26 août 2009, accélère la mise en place de 24 projets prioritaires de lignes à très haute tension pour accueillir cette nouvelle production. Un tel cadre qui facilite le développement des EnR n’existe pas en France aujourd’hui.

Enfin, l’intégration des énergies intermittentes nécessite une refonte large des doctrines et méthodes d’exploitation, participant aussi à la mise en place de nouveaux processus infra-journaliers au plus près du temps réel : adaptation des outils d’exploitation du réseau (IPES et autres outils de conduite et d’étude), mais également des modes de coordination à l’échelle européenne. Il s’agit d’analyser la compatibilité avec les règles de sûreté du système, d’anticiper les risques de déséquilibres entre pays ou au sein d’une même zone pour coordonner les actions des différents gestionnaires de réseau de transport européens pour garantir la sécurité d’approvisionnement électrique. En 2008, Coreso a été créé pour assurer cette coordination entre les gestionnaires de réseaux de transport (GRT) français, belge, britannique, italien et de l’est de l’Allemagne.

En quoi consiste le dispositif innovant de RTE d’insertion des productions éolienne et photovoltaïque dans le système électrique (IPES) ?

Le dispositif « IPES » de RTE autrement dit « Insertion de la Production Eolienne dans le Système » est un outil d’observation et de surveillance en temps réel des flux de production éolienne et photovoltaïque sur le système électrique français (métropole continentale). Cette innovation héberge un modèle de prévision de la production éolienne opérationnel depuis novembre 2009 développé par RTE. En 2012, il intégrera, dans les mêmes conditions, un modèle de prévision de la production photovoltaïque, actuellement en cours d’élaboration par RTE.

Accueillir les énergies renouvelables sur le réseau tout en assurant la sûreté du système électrique constitue un enjeu clef pour les gestionnaires de réseau de transport d’électricité comme RTE. En effet, ces sources de production décentralisées et intermittentes entraînent des flux d’électricité de plus en plus variables et leur répartition est profondément différente de celle qui existait lors de la conception du réseau de transport. Observer et prévoir les productions électriques intermittentes injectées sur le réseau est alors devenu primordial. La maîtrise par le gestionnaire de réseau des flux électriques est indispensable. Il lui faut connaître précisément l’état du réseau en temps réel, anticiper son évolution, éviter les situations à risque et les incidents de grande ampleur qui peuvent en découler, et limiter les conséquences en cas d’incident.

Le travail est engagé avec les gestionnaires de réseaux de distribution et certains centres de supervision des producteurs pour améliorer progressivement le taux d’observabilité de la production éolienne et photovoltaïque, déjà significatif (76 %), et préparer l’industrialisation des mécanismes de remontée de ces informations de puissance en temps réel vers RTE.

Un des objectifs de RTE est de permettre une meilleure insertion des énergies de sources renouvelables que sont le solaire et l’éolien sur le réseau électrique ? Pouvez-vous nous expliquer comment ?

Complètement intégré aux outils existants de gestion du système électrique français, IPES apporte une fonctionnalité nouvelle indispensable pour la conduite du système électrique français. Dans les 8 dispatchings (centres de contrôle du réseau en temps réel - le dispatching national de Saint-Denis, et les 7 dispatchings régionaux à Lille, Nancy, Lyon, Marseille, Toulouse, Nantes, Saint-Quentin en Yvelines), il permet désormais aux opérateurs de RTE :

  • de suivre en temps réel, l’évolution des productions des parcs éoliens et photovoltaïques intégrés dans le système IPES (par exemple par zone d’influence sur le réseau, par poste électrique, région, ensemble France,…) ;
  • de visualiser les prévisions de production éolienne et de vitesses de vent réactualisées chaque heure sur un horizon de 3 jours glissants pour préparer l’exploitation du réseau ;
  • d’accéder aux données descriptives des parcs et machines éoliennes intégrées au système IPES, notamment celles qui permettent d’expliquer ou de prévoir leur comportement en cas de situations perturbées ;
  • de configurer des alarmes fonctionnant en cas de franchissement de certains niveaux de production (en temps réel ou en prévisionnel) pour alerter les opérateurs sur les variations significatives ;
  • d’utiliser ces données dans les modèles de calculs de marges et de simulation de flux sur les réseaux.

Ce dispositif ne prend pas en compte les autres énergies de sources renouvelables (EnR). Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ? Serait-il possible de développer un tel outil pour les autres EnR ?

Le système IPES traite exclusivement la production des énergies intermittentes diffuses à forte variabilité. Dans un premier temps, il s’agissait de la production éolienne. La production photovoltaïque y est progressivement introduite.

La question pourrait être évoquée pour d’autres EnR comme l’hydraulique de faible puissance ou la biomasse, etc., mais les enjeux les concernant ne sont pas les mêmes. En effet, ces « filières » présentent une variabilité journalière plus faible et une prévisibilité plus facile. À titre d’exemple, les variations de l’hydraulique de faible puissance sont relativement prévisibles à l’échelle saisonnière, et restent très marginales par rapport aux incertitudes induites par les filières éolienne ou encore photovoltaïque.

Quel est le lien de ce dispositif avec les Smart grids ? Quelle est la chaîne de supervision et de contrôle entre les installations de production décentralisées et RTE ?

Le dispositif d’observation et de prévision de la production éolienne et photovoltaïque de RTE (IPES) s’inscrit de manière générale dans le développement des réseaux électriques intelligents, qui doivent permettre à terme de gérer de manière sûre un système électrique dans lequel se développeront des productions intermittentes et des moyens de pilotage de la consommation. L’approche « Smart grid » est, en effet, par essence globale et intégrée, et regroupe l’ensemble des projets de recherche permettant de répondre aux objectifs politiques fixés par l’Union européenne et les Etats membres. Ces objectifs consistent en l’accroissement de la part d’EnR dans la consommation énergétique totale (23 % pour la France en 2020), tout en garantissant la sûreté de fonctionnement des systèmes électriques au moindre coût dans le cadre du développement du marché intérieur. L’évolution du réseau de transport d’électricité et de ses méthodes de gestion constitue ainsi l’une des briques fondamentales de l’approche « Smart grids », embarquant l’émergence de nouvelles technologies et d’outils innovants qui permettent le développement et la conduite des réseaux, facilitent le pilotage de la consommation et favorisent l’insertion de nouveaux types de production, en particulier renouvelable, décentralisée et intermittente dans le système électrique.

RTE consacre actuellement des ressources importantes aux projets de R&D, particulièrement dans le cadre des initiatives menées aux niveaux national et européen.


Brigitte Peyron
8 juillet 2011


Depuis 2001, Brigitte Peyron est directeur accès au réseau de RTE. Elle est en charge de la gestion du système électrique, des mécanismes et contrats relatifs au raccordement et à l’accès au réseau public de transport d’électricité. Elle préside également les commissions « accès au réseau » et « accès au marché du CURTE » (Comité des clients Utilisateurs du Réseau de Transport d’Electricité). Elle a exercé auparavant chez EDF diverses responsabilités dans les domaines clientèle, technique et ressources humaines au sein d’un centre régional, avant d’en devenir l’adjointe de direction. Brigitte Peyron est diplômée de l’Ecole Polytechnique.
Crédit photo : Médiathèque RTE / Pierre TROYANOWSKY


Gestionnaire du réseau de transport d'électricité français, RTE a pour mission l'exploitation, la maintenance et le développement du réseau haute et très haute tension. Il est garant du bon fonctionnement et de la sûreté du système électrique.
RTE achemine l'électricité entre les fournisseurs d'électricité (français et européens) et les consommateurs, qu'ils soient distributeurs d'électricité ou industriels directement raccordés au réseau de transport.

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