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Interview de Jean-Louis Bal (SER) :

Pouvez-vous nous décrire les différentes énergies de sources renouvelables sur lesquelles vous travaillez ? Quels sont les avantages de ces énergies ?

La lutte contre le changement climatique et la sécurité d’approvisionnement constituent plus que jamais deux objectifs fondamentaux. En effet, les prix de l’énergie s’orientent structurellement à la hausse. En effet, ils sont déterminés par l’équilibre entre une offre qui se raréfie - le pic du pétrole conventionnel s’est, selon l’Agence internationale de l’énergie, produit en 2006 - , une forte demande des pays émergents et le nécessaire renforcement de la sûreté nucléaire.

Par ailleurs, toutes les études du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) confirment l’impact des gaz à effet de serre (GES) sur le climat. Le mix énergétique mondial doit donc s’orienter de plus en plus vers la maîtrise de la demande en énergie (MDE) et les énergies renouvelables (EnR), soutenues par des politiques ambitieuses.

Dans un tel contexte, les pays industrialisés et les pays émergents devront adopter des objectifs de court terme et des moyens adaptés. La vision court-terme de notre devenir énergétique se dessine bien en Europe avec le « Paquet Energie 3x20 », les 20 % d’économies d’énergie et les 23 % d’EnR pour la France (Grenelle de l’Environnement).

Tous les scénarios de prospective énergétique reposent sur deux principes fondamentaux, totalement imbriqués : une consommation d’énergie maîtrisée, au moins dans les pays développés, indissociable d’une politique d’utilisation rationnelle de l’énergie et de sobriété énergétique, et une place prépondérante des énergies renouvelables.

Le développement des énergies renouvelables doit se concevoir comme une politique industrielle. À cet égard, le SER mène un travail d’identification de l’ensemble des acteurs économiques présents sur la chaine de valeur des filières renouvelables, travail synthétisé dans les annuaires « filières » publiés par le SER (et téléchargeables sur www.enr.fr/annuaires).

Les professionnels regroupés dans le Syndicat des énergies renouvelables conjuguent leurs forces pour que la France tienne, dans ce domaine, la place que son savoir-faire et ses réalisations dans le secteur de l’énergie lui permettront d’occuper et atteigne les objectifs fixés lors du Grenelle de l’Environnement.

Comment atteindre l’objectif de 23 % d’énergie de sources renouvelables dans la consommation française ? Quels sont les efforts à mettre en œuvre et quel sera l’impact pour le système électrique français ?

Afin d’atteindre 23 % d’énergie de sources renouvelables (ce qui conduirait à 27 voire 28 % de la consommation d’électricité renouvelable), la Programmation pluriannuelle des investissements (PPI) prévoit, notamment, l’installation de nouvelles capacités de production électrique : 25 000 MW de capacités éoliennes (dont 6 000 MW offshore), 5 400 MW de photovoltaïque, 2 300 MW de biomasse, et 2 500 MW d’hydroélectricité à l’horizon 2020.

Le développement de ces capacités de production à cet horizon constitue une modification sensible de l’offre de production du système électrique, qui est donc amené à s’adapter à ces nouvelles formes de production.

Le premier enjeu concerne la capacité d’accueil du réseau électrique : si nos territoires bénéficient d’importantes ressources naturelles renouvelables, il est fondamental de pouvoir injecter l’électricité produite sur le réseau. À titre d’illustration et concernant l’éolien, filière pour laquelle les besoins sont les plus importants, les projets de parcs dans les zones les plus ventées sont aujourd’hui fortement contrariés par le manque de capacité d’accueil du réseau électrique. Lors de la concertation du Grenelle de l’environnement, RTE avait aussi souligné que le raccordement des 19 000 MW éoliens terrestres nécessiterait un milliard d’euros d’investissement sur le réseau de transport. Malheureusement, l’anticipation de l’arrivée de ces nouvelles capacités de production a été difficile et les gestionnaires de réseaux et les porteurs de projets sont aujourd’hui dans l’attente d’une vision des zones de développement des nouveaux moyens de production et des créations de capacités d’accueil qui y répondent. À ce titre, les professionnels ont des attentes très fortes concernant la mise en œuvre des Schémas Régionaux de Raccordement au Réseau des Energies Renouvelables, prévus par la loi « Grenelle 2 » et prévoyant la création anticipée et la réservation de capacités d’accueil en faveur de ces nouvelles formes de production.

Concernant les réseaux basse tension, le développement du photovoltaïque résidentiel incarne le changement fondamental ayant lieu aujourd’hui : l’apparition de sites de production diffus à l’aval de réseaux électriques prévus initialement pour distribuer de l’électricité produite en amont. Cela constitue un enjeu majeur pour les réseaux de distribution, qui pourront désormais tirer pleinement profit des performances électriques des installations photovoltaïques présentes sur leurs réseaux (diminution des transits, fourniture ou absorption d’énergie réactive, fonctionnement en régulation de tension… cf. le rapport : « Enjeux relatifs au raccordement des installations photovoltaïques aux réseaux publics de distribution » (Fractal 1.0 – SER-SOLER, septembre 2010)).

Le deuxième enjeu concerne la gestion du système électrique et son adaptation au développement de nouvelles installations de production dites « fatales ». Sur ce point, il convient tout d’abord de rappeler que le système électrique est aujourd’hui conduit pour gérer une consommation subissant des variations d’une vingtaine de GW dans une même journée, et dimensionné pour faire face instantanément à des événements imprévus, tels que des pannes subites de groupes de production (jusqu’à 1 500 MW) ou à des erreurs de prévisions météorologiques (un degré d’écart en hiver se traduit par la consommation de 2 300 MW supplémentaires). En France, grâce au dispositif IPES de RTE (auquel le SER a été associé dès la phase expérimentale), la production éolienne est suivie en temps réel. De plus, cette production est prévue la veille pour le lendemain avec une précision satisfaisante, limitant très fortement les incertitudes sur les volumes produits. L’aléa résiduel, lié aux erreurs de prévisions, reste très inférieur aux autres aléas auxquels fait face le système.

Dans sa contribution au débat public relatif à l’éolien en mer, RTE souligne que « l’intermittence de la production éolienne ne représente donc qu’un aléa parmi beaucoup d’autres et que […] l’insertion de 20 000 MW d’éolien dans le système électrique français apparaît réalisable ». Ainsi, l’observabilité et la prévisibilité des productions « fatales » est actuellement l’enjeu principal de leur insertion à grande échelle sur le système électrique métropolitain. Le photovoltaïque, dont les capacités installées se développent, est également concerné, et sa prise en compte par RTE dans le dispositif IPES est en cours.

Concernant les territoires de Corse et d’Outre-mer, dans lesquels les réseaux électriques sont beaucoup plus sensibles (taille réduite, non interconnectés…), la situation est également intéressante et les années à venir seront riches en enseignements : la « limite des 30 % » de puissance instantanée, officialisée dans l’arrêté du 23 avril 2008 et au delà desquels le gestionnaire de réseau peut déconnecter les installations de production « à caractère fatale et aléatoire » afin de conserver l’équilibre du système, sera prochainement atteinte. Des travaux sont actuellement en cours avec EDF-SEI, afin de définir un dispositif de stockage de l’électricité qui permettra de dépasser cette limite.

Certains parlent d’un mix de production 100 % à partir d’énergies renouvelables dans le futur, cela vous paraît-il réaliste ?

100 % d’énergies renouvelables dans la consommation finale d’énergie conduit à produire et consommer de l’ordre de 160 Mtep d’énergie renouvelable (contre environ 20 Mtep aujourd’hui), ce qui constitue un défi technologique et financier dont l’horizon ne peut se concevoir à court et moyen termes (horizon 2050).

Si on se cantonne au mix électrique, il est envisageable d’imaginer un mix électrique 100 % renouvelable à long terme, dès lors qu’un certain nombre de conditions sont simultanément remplies :

  • arrivée en fin de vie des groupes de production actuellement utilisés ;
  • investissement soutenable pour la collectivité dans d’importants nouveaux moyens de production à partir d’énergie renouvelable ; comme par exemple l’éolien terrestre et l’hydraulique aujourd’hui, une forte puissance solaire, des éoliennes offshore et des énergies marines demain, et investissements dans des moyens de production et des capacités stockables et disponibles (biomasse, biogaz, géothermie) ;
  • prise en compte des leçons de l’intégration incrémentale des énergies renouvelables sur les réseaux électriques métropolitains et insulaires (« apprendre en marchant »), sur des sujets tels que l’observabilité, la prévisibilité, la commandabilité des installations et le stockage de l’électricité.

En conclusion, notre syndicat prône avant tout l’atteinte des objectifs de court terme (2020) et organisera le 7 février 2012 à la Maison de l’Unesco un colloque « Energies renouvelables, énergies de notre siècle », consacré aux enjeux économiques et environnementaux que représentent ces filières.


Jean-Louis Bal
12 juillet 2011



Jean-Louis Bal est Président du Syndicat des énergies renouvelables.







Créé en 1993, le Syndicat des énergies renouvelables (SER) regroupe, directement ou indirectement, plusieurs milliers d’entreprises, concepteurs, industriels et installateurs, associations professionnelles spécialisées, représentant les différentes filières des énergies renouvelables : biomasse, bois et biocarburants (France Biomasse Energie, FBE), énergies marines, éolien (France Energie Eolienne, FEE), géothermie, pompes à chaleur, hydroélectricité, solaire thermique, thermodynamique et photovoltaïque (groupement français des professionnels du solaire photovoltaïque, SOLER).

Il a pour vocation de développer la part des énergies renouvelables dans la production énergétique de la France et de promouvoir les intérêts des industriels et professionnels du secteur.
Le SER poursuit deux objectifs majeurs : favoriser le développement de filières industrielles compétitives et répondre à l’augmentation de la demande énergétique par des moyens de production respectueux de l’environnement, économiquement compétitifs, facteurs de croissance et d’emplois et qui renforcent l’indépendance énergétique de notre pays.


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