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Point de vue de Christophe Debouit (Nedo) :

Par son statut et ses missions, NEDO (New Energy and Industrial Technology Development Organization) est un organisme assez proche de l’ADEME, à ceci près que NEDO, sous tutelle du ministère de l’industrie japonais, est beaucoup plus axé sur le financement de la recherche et du développement (R&D) dans une dimension industrielle. Il a été créé dans les années 1980, à la suite des chocs pétroliers, pour permettre au Japon de financer avec des fonds publics des projets de R&D.

Jusqu’à récemment, NEDO était une des seules agences publiques au monde à pouvoir financer les projets de R&D à 100 %. Au Japon, les financements publics sont très importants et peuvent couvrir tous les coûts des projets considérés comme stratégiques.

NEDO s’occupe :

  • des énergies renouvelables : dès sa création, le NEDO a eu pour ambition de permettre au Japon de gérer autant que possible ses contraintes à la fois géographiques, topographiques, de ressources, etc. (de grands champs éoliens ou solaires sont très compliqués à développer dans la mesure où les plaines sont déjà occupés et les côtes s’enfoncent très rapidement dans la mer) ; NEDO soutient également le développement de l’innovation dans l’efficacité énergétique.
  • des technologies environnementales, principalement celles liées au recyclage et aux transports propres
  • des technologies industrielles (robotique, nouveaux matériaux pour l’aérospatiale, nouvelles technologies, biotechnologies jusqu’en avril 2015, etc.).


Source : NEDO

NEDO s’occupe aussi de projets de démonstrations à l’international comme le démonstrateur Lyon Smart community. Situé dans le quartier de la Confluence à Lyon, il a été le premier démonstrateur développé par NEDO en Europe et il est le plus important porté par l’agence hors du Japon (environ 50 millions d’euros de budget, qui couvre la fourniture des technologies, principalement japonaises). Ce projet est également le plus large en termes de thématiques, parce qu’il couvre quatre volets simultanés :

  • Hikari : groupe de bâtiments à énergie positive qui a été inauguré cette année ;
  • SunMoov’ : système d’autopartage de véhicules électriques rechargés par énergie renouvelable ;
  • ConsoTab : système de visualisation de la consommation dans le groupe de logements sociaux de la Cité Perrache : des capteurs d’eau, de gaz et d’électricité ont été installés dans tous les logements permettant aux habitants de suivre précisément leurs consommations tout en recevant des conseils et des suggestions pour agir à la baisse sur celles-ci ;
  • le Community Management System (CMS), qui a vocation à collecter l’ensemble des données du projet. Il s’enrichira par la suite d’autres données du quartier, afin que le Grand Lyon dispose d’un outil permettant de suivre, au plus près de la réalité, la vie énergétique du quartier.

Le projet a été lancé en 2012 après deux ans d’élaboration.


Source : NEDO

À la différence de la notion de Smart grid qui désigne le réseau proprement dit et sa gestion intelligente, le concept de Smart community agrège l’ensemble des utilisations faites « au-dessus » du réseau : les transports, les consommations de l’habitat, les productions d’énergies de source renouvelable et le comportement des consomm’acteurs dans leur implication active.

Il y a quatre démonstrateurs de Smart community au Japon : Keihanna, Kita-Kyushu, Toyota et Yokohama. Les démonstrateurs situés sur le sol japonais ne sont pas gérés par NEDO mais par le ministère de l’économie, du commerce et de l’industrie (METI), NEDO ne s’occupant que des démonstrateurs japonais à l’étranger. Sur ceux situés sur le territoire japonais, NEDO a un rôle de coordination auprès de l’alliance japonaise des Smart communities (JSCA), qui regroupe industriels et laboratoires de recherche universitaires (environ 350 membres)


Source : NEDO / JSCA

Ces quatre projets ont tous été lancés en même temps en 2010. Après Fukushima, d’autres projets d’ampleur plus réduite (bâtiment, centre commercial, etc.), mais également regroupés sous le vocable « Smart communities », ont été lancés. Leur vocation est plus immédiate dans la mesure où leur objectif est de participer à la reconstruction des zones frappées par le tsunami de mars 2011.


Source : NEDO / JSCA

Le schéma de fonctionnement des quatre démonstrateurs de Smart community est sensiblement le même. On y retrouve un système global et central, le CEMS (Community Energy Management System), qui agrège le plus de données possibles et qui les traite afin de pouvoir agir là où c’est nécessaire. À l’échelle des habitations, on retrouve le HEMS (Home Energy Management System) et à l’échelle des immeubles le BEMS (Building Energy Management System) qui sont des systèmes de collecte de données et de pilotage.

Le démonstrateur de Yokohama est le plus important des quatre projets.


Source : NEDO / JSCA

Chaque projet comprend un programme incitatif destiné à mieux impliquer les populations dans l’expérimentation. Si cette base est identique, chaque démonstrateur a des particularités. Dans le démonstrateur de Toyota ont été mis en place des « awards for ecologically-beneficial activities ». Il s’agit d’un système d’écopoints obtenus par les consommateurs qui ont adopté le comportement le plus approprié, du point de vue écologique. Ces points peuvent être échangés contre des cadeaux (très important culturellement au Japon).


Source : NEDO / JSCA

Dans le projet de Keihanna (parc technologique avec des entreprises et des chercheurs – environnement avec des compétences technologiques très avancées), des signaux tarifaires sont envoyés aux habitants, à qui on alloue un budget de consommation d’énergie pour une période de six mois (trois mois en hiver et trois mois en été). Si le consommateur le dépasse, il doit payer la différence.

Afin d’inciter le consommateur à rester dans ce budget, des signaux tarifaires lui sont envoyés pour qu’il déplace sa consommation dans le temps, hors des moments de pic de consommation. En fonction de leur réceptivité à ces signaux, les consommateurs peuvent recevoir des gratifications du type « période de consommation d’électricité gratuite ».


Source : NEDO / JSCA

Le projet de Kita-Kyushu est plus axé sur le bâtiment. C’est un micro-réseau déconnecté du réseau national géré par un grand groupe sidérurgique qui gère son propre réseau, sa propre production et sa propre consommation.


Source : NEDO / METI

Les effets de la gestion active de la demande (demand response) sur la réduction des pointes de consommation sont manifestes. Il a été démontré que, grâce aux signaux tarifaires émis pendant des périodes de pics de consommation, il est possible de réduire la pointe d’environ 20 %.


Source : NEDO / METI

Cependant, ce n’est pas parce que le Japon est un pays avancé technologiquement que tout se passe très simplement, que les gens sont plus motivés et que les technologies sont plus efficaces. Ainsi, quelques barrières peuvent d’ores et déjà être identifiées :

  • limites de la compréhension sociale et de l’intérêt de la collectivité : il y a nécessité de campagnes publiques de promotion et d’explication des actions mises en place afin d’en souligner les mérites quantitatifs (économies) et qualitatifs (développement durable), et de prendre en compte les intérêts des consommateurs afin de faciliter leur acceptation et leur implication active ;
  • manque d’acteurs-clé pour la conduite des projets au niveau local : il faut garantir l’implication des acteurs indispensables (notamment les industries énergétiques) et la coordination de leurs actions ;
  • limitation des possibilités de fluctuations tarifaires : risque de créer une lassitude des consommateurs au-delà d’un certain niveau d’incertitude sur les prix futurs ;
  • difficultés à établir les modèles d’affaires attractifs et rentables : coûts trop élevés des équipements et des systèmes lorsque les soutiens publics s’arrêtent, revenus insuffisants et difficulté de sécuriser les sources d’incitation pour le demand response, nécessité de créer de la valeur ajoutée hors des questions énergétiques (services, bien-être, etc.), mise en place de cadres juridiques adéquats : promouvoir et encadrer précisément les actions de demand response, établir des règles et standards pour les actions de demand response et la vérification de leurs impacts ;
  • limites techniques et en termes d’acceptabilité de l’automatisation et du contrôle extérieur des consommations énergétiques privées.

Pour en savoir plus

Présentation de l’intervenant durant le forum
Site du NEDO
Brochure « Smart Communities » en anglais
Présentation du projet Lyon Smart Community
Portail des 4 démonstrateurs japonais
Site de la Japan Smart Community Alliance
Brochure « Smart community Japan’s Experience » de la JSCA en anglais
Site du Ministère japonais de l’Industrie, du Commerce et de l’Industrie (METI)
Pages dédiées aux Smart Communities en anglais
Initiatives de Smart Communities pour la reconstruction du TOHOKU

Christophe Debouit
1 décembre 2015






Christophe Debouit est coordinateur de projets pour NEDO Europe.




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