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Interview de Yasmine Assef (EMBIX) :

En quoi consiste le projet Nice Meridia ? Quels sont les objectifs d’un Smart grids à l’échelle d’un éco-quartier comme celui de Nice Meridia ?

Le projet Méridia est la première pierre de l’Opération d’intérêt national de la Plaine du Var. Cette technopole urbaine de 24 hectares prévoit un développement immobilier mixte d’environ 360 000 m2 (logements, bureaux, commerces, locaux d’enseignement et de recherche, équipements publics, etc.). La conception urbaine de l’opération est assurée par l’architecte et urbaniste Christian Devillers, entouré du bureau d’étude Artelia et du sociologue Christian Bourdin.

Nice Méridia a des objectifs environnementaux ambitieux, avec une performance énergétique des bâtiments 20 % plus élevée que la réglementation thermique 2012 (RT 2012), et une exploitation optimale des énergies renouvelables disponibles localement, à savoir la géothermie et le solaire photovoltaïque.

Ainsi, la totalité des besoins thermiques sera assurée par la géothermie sur nappe et plus de 20 % des besoins électriques seront assurés par une production photovoltaïque.

Pour compléter cette démarche environnementale et assurer au mieux les objectifs de la politique de sécurisation de l’alimentation électrique de la région PACA, l’Établissement public d’aménagement (EPA) de la Plaine du Var a mandaté un groupement piloté par EMBIX et comprenant le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) et le cabinet juridique SEBAN & Associés pour la conception du programme Smart grids de l’éco-quartier Nice Méridia.

Le programme Smart grids de Nice Méridia répond à sept objectifs :

  1. réduire la consommation énergétique de l’éco-quartier ;
  2. réduire l’appel de puissance maximal de l’éco-quartier ou la pointe ;
  3. réduire la facture énergétique de l’éco-quartier ;
  4. renforcer l’autonomie énergétique de l’éco-quartier et favoriser le développement de l’économie locale ;
  5. minimiser les émissions de gaz à effet de serre liées à la consommation d’énergie et à la mobilité ;
  6. proposer un accompagnement énergétique aux utilisateurs ;
  7. développer des services d’hyperproximité tels que le maintien à domicile de la personne, le parking intelligent et mutualisé, les services de vidéo protection, etc.

Pourquoi ce projet est-il un Smart microgrid ?

Les principaux objectifs du programme Smart grids de Nice Méridia peuvent se résumer en une mutualisation d’un ensemble de composants (infrastructure informatique et telecom, systèmes d’information) visant à atteindre un optimum énergétique, optimum qui se définit par une énergie peu chère, une faible empreinte environnementale, une large autonomie énergétique et une flexibilité contribuant à diminuer les investissements dans le réseau électrique.

Dans cette optique, le projet Méridia est un Smart microgrid, car il met en œuvre l’ensemble des technologies Smart grids de gestion intelligente de l’énergie au niveau de l’éco-quartier Méridia, pour atteindre les objectifs propres de l’éco-quartier.

L’atteinte de ces objectifs est conditionnée par l’émergence d’un nouveau rôle de « pilote énergétique ».

Ce pilotage énergétique est rendu possible grâce à la mise en place d’équipements technologiques Smart grids sur l’ensemble des usages de l’éco-quartier, à savoir sur les points de consommation (bâtiments résidentiels, tertiaires et mobiliers urbains), sur les points de production (systèmes de production d’énergie thermiques et d’énergie électrique photovoltaïque) et sur les points de stockage (thermique ou électrique). Les systèmes de recharge des véhicules électriques sont, également, pris en compte, ils sont à tour de rôle consommateurs, stockeurs ou producteurs.

EMBIX et ses partenaires ont défini les spécifications de ces équipements. Elles seront incluses dans les cahiers des charges de cession de terrain et les cahiers des charges « Réseaux » et « Voirie ». Ainsi les promoteurs et les entreprises de travaux devront respecter ces prescriptions lors de la construction de l’éco-quartier.

Ces documents décrivent, d’un côté, les caractéristiques des équipements tels que capteurs, actionneurs, onduleurs, pompes à chaleur, etc. qui rendent les composants de la ville Smart grids Ready, et, de l’autre, les systèmes d’information de gestion intelligente de l’énergie, et leur briques fonctionnelles telles que les applications de prévision ou celles de gestion de flexibilité. La nature des échanges de données, leur fréquence et le mode de communication entre les diverses briques sont également précisément décrits.

EMBIX a, également, décrit le Cahier des charges de pilotage Smart grids, brique essentielle de ce projet de Smart microgrid.

Quelles sont les questions qui se posent au plan juridique et économique ? Quels sont les freins réglementaires identifiés ?

Une des prérogatives donnée par l’EPA Plaine du Var au groupement mené par EMBIX a été de définir le programme Smart grids dans le cadre juridique et réglementaire existant. Avec le cabinet SEBAN & Associés, nous avons toutefois relevé deux points juridiques bloquants dans le déroulement optimal d’un programme Smart microgrids à l’échelle d’un quartier.

Le premier élément porte sur le périmètre d’intervention. Il est primordial que la délimitation géographique d’un projet Smart grids trouve une traduction juridique. En d’autres termes, il est essentiel de pouvoir mener des réflexions à la maille de l’îlot ou du quartier concerné par le projet.

Le second élément est lié aux activités d’autoconsommation et d’autoproduction à la maille de l’îlot. L’idée est de prévoir un mécanisme juridique permettant à un producteur installé dans le périmètre du projet Smart grids de valoriser l’électricité qu’il ne consomme pas en la cédant aux sites de consommation situés eux aussi dans le périmètre du projet.

Pouvez-vous nous présenter le modèle de gouvernance proposé dans le cadre du projet Nice Meridia ?

Du programme Smart grids de Nice Méridia émerge un nouveau rôle qui est celui de pilote énergétique de l’éco-quartier. Ce pilote est celui qui sera garant de l’atteinte des objectifs Smart grids de Nice Méridia dans la durée.

Plusieurs modèles de gouvernance pour le pilotage énergétique du quartier peuvent être envisagés et sont actuellement en cours d’analyse par le groupement et l’EPA :

  • mise en place d’une Association syndicale libre (ASL) qui contractualisera pour une période donnée avec le pilote énergétique. Les différents propriétaires de l’éco-quartier seront membres de droit de l’ASL. Ce modèle a l’avantage de placer le pilote énergétique sous le contrôle direct des acteurs de l’éco-quartier ;
  • intégration du pilote énergétique dans une Société d’économie mixte (SEM) à objet unique, SEM qui comprendra typiquement un ou plusieurs acteurs privés et Nice Métropole. La SEM aura en charge le pilotage énergétique de l’ensemble. Ce modèle permet une plus forte implication du territoire ;
  • mise en œuvre d’une délégation de service public dans laquelle Nice Métropole délèguera au pilote énergétique la responsabilité du pilotage énergétique pour une période donnée. Ce modèle sera le plus conventionnel et reproduira, pour l’exemple, ce qui est réalisé au niveau de l’éclairage public.

Pourriez-vous nous faire une présentation des modèles économiques à la maille du quartier ?

Les investissements nécessaires à la maille du quartier ont été évalués à 5 euros/m2 de surface plancher, soit un volume d’investissement de l’ordre de 2 millions d’euros pour Nice Méridia.

Les investissements sont, donc, minimes et représentent une augmentation limitée à moins de 2 % de la charge foncière.

Les investissements seront payés à 40 % par le promoteur qui se chargera de fournir un ensemble de bâtiments « Smart grids ready », à 20 % par la collectivité qui adaptera les différents équipements de l’espace public (comme l’éclairage public ou les bornes de recharge des véhicules électriques) et enfin à 40 % par le pilote énergétique.

Le modèle économique du promoteur est relativement simple, il sera en mesure de valoriser au mieux son programme foncier en garantissant un niveau de charge plus faible.

La collectivité augmentera l’attractivité de son territoire et parviendra, de fait, à réaliser ses objectifs en termes d’aménagement.

Le pilote énergétique, acteur clé du dispositif, fournira l’ensemble des services décrit préalablement. Il se rémunèrera pour l’essentiel sur un mode de partage de revenus : partage de revenus liés à la réduction de la facture énergétique, partage de revenus sur les services de flexibilité offerts et, enfin, rémunération additionnelle pour les services offerts à la collectivité et aux gestionnaires de réseaux de transport et de distribution, tels que par exemple un service de prévision de consommation et de production énergétique de l’éco-quartier.

Il est à noter que le modèle économique serait nettement plus favorable si une véritable logique d’autoconsommation et autoproduction à la maille du quartier était mise en place.


Yasmine Assef
8 juillet 2014



Docteur Yasmine Assef est diplômée de l’École spéciale des travaux publics de Paris (en 1993) et a obtenu son doctorat en électrotechnique en 1997. Elle a rejoint Alstom Grid en 1998 en tant qu’ingénieur réseaux électriques, en charge du développement et de l’intégration d’applications de gestion des réseaux de transport et de distribution. De 1997 à 2000, Yasmine Assef a, également, occupé le poste de professeur en électrotechnique et électronique de puissance à l’ESTP. Entre 2000 et 2007, elle a occupé divers postes au sein d’Alstom : Directeur de projets d’Energy Management, responsable des opérations de Support et de Services pour la zone Europe, Afrique et Asie avant de prendre en charge l’activité de support à l’avant vente au niveau monde. En 2011, Yasmine Assef a rejoint EMBIX en tant que Directeur général adjoint. Elle est en charge du pôle Projets Innovants.


Pour répondre aux nouveaux enjeux des villes et territoires, EMBIX accompagne ses clients, dans la mise en œuvre d’une gestion intelligente de l’énergie à la maille locale.
EMBIX s’adresse aux collectivités locales, aux aménageurs et aux promoteurs, soucieux d’un développement urbain intelligent, intégrant les spécificités locales : ressources disponibles, contraintes et opportunités du territoire.
Pour remplir sa mission, EMBIX s’appuie sur deux activités, une activité de consulting Smart Grids et une activité de développement de solutions logicielles.

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