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Point de vue de Patrice GEOFFRON :

Cette intervention dresse un panorama introductif des contraintes et des leviers qui auront un impact sur la définition des modèles économiques des réseaux électriques intelligents.

Les réseaux électriques intelligents se développent pour résoudre des problèmes techniques et optimiser la gestion des réseaux. Les évolutions associées à ce développement se feront sous plusieurs contraintes et notamment sous la contrainte du temps pour répondre aux objectifs européens de 2020. Par ailleurs, elles ne pourront pas se faire à « isogrid », c’est-à-dire avec le niveau de développement du réseau actuel, les technologies en vigueur et le peu d’informations disponibles sur l’état du réseau. Or, les gains potentiels en matière d’efficacité et de coût dépendront des technologies mises en œuvre et l’intégration des énergies de sources renouvelables (EnR) dans le système électrique ne se fera que si le réseau évolue.


Source : Agence internationale de l’énergie

L’évolution technique du réseau modifie en profondeur les chaînes de valeur du système électrique, au sein desquelles apparaissent à tous les niveaux des espaces de contraintes et d’opportunités. De nouveaux maillons (nouveaux acteurs, nouveaux usages) apparaissent également dans la chaîne de valeur et ces nouveaux maillons auront un rôle prépondérant dans la définition des modèles économiques des Smart grids.



Le véhicule électrique est un exemple intéressant pour étudier l’élaboration des modèles économiques : certains modèles d’affaires associés au véhicule électrique pourront relever du Vehicle to grid (V2G), c’est-à-dire de la façon d’utiliser l’électricité stockée dans la batterie du véhicule pour répondre à la demande en période de pointe et d’autres pourront reposer sur la deuxième vie de la batterie, c’est-à-dire sur les différentes possibilités d’utilisation de la batterie lorsque sa capacité est trop réduite pour l’utiliser en matière de mobilité.

La réflexion des industriels dans l’élaboration de leurs modèles d’affaires doit faire face à une difficulté majeure, parce qu’elle doit s’adapter au rythme de développement des réseaux intelligents. Tous les industriels ont conscience des bénéfices liés au développement de l’intelligence sur les réseaux, tels que la baisse du temps de coupure grâce au caractère auto-cicatrisant des réseaux, l’amélioration de la qualité de l’alimentation en électricité, l’intégration réussie des EnR et des véhicules électriques, ou encore un gain en matière d’efficacité énergétique. Ces bénéfices sont d’autant plus importants dans le contexte actuel de hausse du coût de l’énergie.

Une autre difficulté réside dans la conciliation des gains potentiels et des facteurs d’incertitude élevés liés à une faible maturité des technologies, à une normalisation en cours d’élaboration et à un prix du CO2 et des énergies fossiles indéterminé (imperfections du marché dans des contextes de forte incertitude).

Ces facteurs d’incertitudes peuvent être classés en trois catégories :

- la première catégorie fait référence au prix des hydrocarbures, variable « dimensionnante » à tous les niveaux de la chaîne de valeur et difficile à anticiper, ce qui complique le calcul d’investissement ;

- la deuxième concerne le niveau de la dette publique qui peut avoir un impact sur les investissements à faire pour le développement des réseaux électriques intelligents. C’est alors un facteur à la fois d’incertitude dans le calcul d’investissement par les acteurs privés et structurant dans le paysage ;

- la troisième concerne la capacité d'adaptation du consommateur à ces nouvelles technologies et sa disposition à les payer. Étant donné que le consommateur s'est déjà approprié avec succès toutes les nouvelles technologies de l'univers des télécommunications, il doit être capable de s'adapter aux évolutions du monde de l'énergie (compteur évolué notamment). Cela demande néanmoins d’associer le consommateur et ses représentants au débat pour prendre en compte leur disposition à payer, leur capacité d’adaptation et l’acceptabilité sociale de ces questions.

Dans ce contexte, diverses réflexions et solutions émergent pour réduire les facteurs d'incertitude. Les besoins d'échanges, de coordination, de partage d'informations et de retours d'expériences apparaissent comme manifestes et nécessaires à l'enrichissement de la réflexion. Cela permet également d’accélérer le rythme d'adoption des technologies.

La publication de feuilles de route par divers organismes permet de donner les différents scénarios plausibles dans le domaine des réseaux électriques intelligents et guident ainsi les stratégies des industriels.

En outre, le partage de visions à un niveau international permet d'animer la réflexion et de comprendre les hypothèses sous-jacentes aux problèmes rencontrés. Par exemple, l'AIE estime qu'il manque de 5 à 10 milliards de dollars d’investissement public au sein des pays de l’OCDE pour soutenir le rythme de transition technologique, le déficit de ressources de soutien public en matière de R&D dans les réseaux intelligents apparaissant comme une spécificité à ce domaine.

La question du business model n’est pas celle qui se pose en premier. En effet, le premier modèle à apparaître est le modèle technique pour lequel se posent les questions de combinaison de choix de technologies, de maturité, de normalisation, d’interopérabilité, etc. Le deuxième est un modèle d’organisation qui permet d'étudier les manières dont les choix techniques vont s’intégrer dans l’organisation de l’entreprise, l’échelle de déploiement, la nécessité d'une délocalisation, les points bloquants en termes de ressources humaines, etc. La question du business model ne se pose alors uniquement que lorsqu’au travers de ces démarches, la demande et les ressources susceptibles d’être associées aux investissements nécessaires ont été anticipées.

Il est également nécessaire d'associer les acteurs locaux pour définir les modèles économiques. Il faudra définir un modèle économique en accord avec les collectivités et soutenable en fonction de leurs besoins ;

Enfin, le régulateur aura une fonction essentielle d’organisation de la coordination entre les différents acteurs, de prise en compte de l’intérêt général et de vérification de la cohérence entre l’allocation des coûts et l’intérêt général Au niveau européen, il n'y a pas encore de convergence concernant les feuilles de route. Le partage d’expérience entre les régulateurs est donc également important.

En conclusion, il est possible de s’inspirer de la révolution qu’a connu le secteur des télécommunications avec l’apparition de nouveaux acteurs pour pressentir ce que seront les évolutions à venir dans le domaine de l’énergie, et plus particulièrement dans le domaine de l’électricité, même si les rythmes de transformation et les capacités de bouleversement dans le domaine de l’électricité ne soit pas du même ordre que dans le secteur des télécommunications.

Pour en savoir plus :

Présentation de Patrice GEOFFRON


Patrice GEOFFRON
1er mars 2011


Patrice GEOFFRON est professeur à l’université Paris-Dauphine et directeur du Centre de Géopolitique de l'Energie et des Matières Premières (CGEMP).





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