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Point de vue d’Angelos SOURIADAKIS :

Le sujet des modèles économiques des réseaux électriques intelligents est relativement complexe en raison du peu de travaux actuels et de l’incertitude entourant l’évolution des réseaux électriques. Plusieurs défis doivent être relevés. Le premier est de dépasser les problématiques centrées sur le consommateur ou la technologie. Le second consiste à imaginer des modèles économiques dans un environnement de grande incertitude, tout en étant certain que la chaîne de valeur de l’électricité sera fortement modifiée par l’émergence des réseaux électriques intelligents.

Pour comprendre les modèles économiques des réseaux électriques intelligents, il existe deux grilles de lecture : la première grille permet de décrire les modèles et de déterminer s’ils ont de la valeur et la seconde recense les leviers existants et la façon de les utiliser pour mettre en place des modèles d’affaires efficaces.

La première grille de lecture détermine les trois grands types de modèles d’affaires, plus ou moins complexes, apparaissant lors de la mise en place des réseaux électriques intelligents :

  • le modèle le plus simple est le modèle des « Smart Operators » qui sont les gestionnaires des réseaux de transport et de distribution. Dans ce modèle les NTIC sont un outil de contrôle, de pilotage et de gestion technique du réseau électrique. Les gestionnaires de réseaux vont chercher à utiliser les opportunités technologiques et économiques qui leur sont offertes pour réduire leurs dépenses d’exploitation (OPEX) ou éviter des dépenses d’investissement dans les réseaux (CAPEX) ;
  • le modèle intermédiaire est celui des « Smart Users » où l’intelligence du réseau doit inciter les consommateurs à développer de nouveaux comportements et à adopter de nouveaux usages. L’incitation réside dans la politique tarifaire, avec pour effet de réduire ou d’éviter des CAPEX et des OPEX sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Ce sont les modèles d’affaires qui se développent autour du pilotage des usages des consommateurs (maison intelligente, gestion de la demande). Les parties prenantes concernées sont les gestionnaires des réseaux de transport et de distribution, les fournisseurs et les utilisateurs ;
  • le modèle le plus complexe est celui des « Smart Integrators » dans lequel l’intelligence du réseau est un vecteur d’intégration et de dépassement de la technique et des usages. Dans ce modèle d’affaires sont présents tous les acteurs de la chaîne de valeur de l’énergie, les aménageurs (constructeurs et pouvoirs publics) et les acteurs du monde des télécommunications. Ce sont ces « intégrateurs » qui vont faire émerger et structurer le marché des réseaux électriques intelligents.


Source : Ylios-Stratorg-Frontier Economics

Afin de mieux comprendre les trois grands types de modèles d’affaires des réseaux électriques intelligents, il est possible de les analyser par le biais des trois couples représentés sur le schéma ci-dessous.


Source : Ylios-Stratorg-Frontier Economics

Le couple « usage x technique » propose une vision très statique de la position des acteurs. Il ne prend pas en compte l’émergence de nouveaux acteurs. Or, les acteurs des télécommunications pénètrent le domaine de l’énergie et vont proposer des modèles d’affaires différents de ceux déjà existants dans le secteur de l’énergie.

Le couple « offre x demande » propose une vision classique de régulation de la demande pour diminuer les investissements dans les réseaux et réduire la production. Il concerne les modèles d’affaires autour de la gestion de la pointe, de l’effacement. Il met en évidence la relation entre les producteurs, les gestionnaires des réseaux de transport et de distribution et les utilisateurs. Néanmoins, ce couple ne prend pas en compte les nouveaux acteurs et les nouveaux usages qui créent de la valeur.

Le couple « transformation des modèles de valeur x nature de la valeur générée » combine les couples « usage x technique » et « offre x demande », ce qui permet d’observer la création de la valeur.

La deuxième grille de lecture permet d’analyser les trois grands types de modèles d’affaires au regard de ces trois couples d’inducteurs.

Cette grille se structure selon deux axes :

  • le premier axe est le potentiel de réduction des coûts d’exploitation et d’investissement dans le réseau et d’évitement des coûts d’investissement dans les moyens de production pour les acteurs traditionnels de la chaîne énergétique ;
  • le second axe est le potentiel de création de revenus ponctuels ou récurrents pour les nouveaux acteurs de la chaîne de valeur.

Cartographie des modèles économiques des réseaux intelligents

Source : Ylios-Stratorg-Frontier Economics

Le modèle d’affaires des « Smart Operators » permet une réduction des coûts d’exploitation ou d’investissement et permet de générer des revenus ponctuels. En revanche, il ne permet pas de générer des revenus récurrents. C’est le modèle des équipements de contrôle à distance, par exemple.

Le modèle d’affaires des « Smart Users » permet de créer de nouveaux revenus activables ou non, et permet également de réduire les coûts d’exploitation et d’investissements dans le réseau. C’est le modèle de la valorisation de l’information et des véhicules électriques de première génération (mis en industrialisation à petite échelle par les grands constructeurs depuis 1995).

Le modèle d’affaires des « Smart Integrators » permet d’éviter systématiquement les coûts de production, de réduire les coûts d’exploitation et permet également des revenus ponctuels ou récurrents. C’est le modèle d’affaires du véhicule électrique de deuxième génération, des Micro grids, etc.

Cependant, pour que ces modèles émergent, un certain nombre de risques inhérents au développement des réseaux intelligents devront être maîtrisés. Ces risques peuvent être classés en cinq catégories (financement, design, opération, marché et société). Cette diversité des risques implique de développer des architectures techniques robustes, de définir une proposition de valeur lisible et attractive et de créer des modèles d’affaires pérennes. Il faut alors un cadre « régulatoire » qui soit a minima incitatif dans la durée.


Source : Ylios-Stratorg-Frontier Economics

Afin de mieux identifier et maîtriser ces risques, les acteurs auront besoin de mettre en place des démonstrateurs. Ces démonstrateurs n’auront de sens que s’ils sont mis en place par des consortiums d’intégrateurs. Les consortiums permettront de maîtriser en même temps plusieurs risques. Ainsi, les industriels et les acteurs de marché porteront les risques de design et d’opération, certains financiers ou institutionnels porteront les risques de financement, une partie du risque d’opération (volume ou prix) et le risque société.

Les modèles d’affaires les plus attractifs seront donc ceux qui permettront de combiner la réduction des coûts d’exploitation et d’investissements et la génération de revenus récurrents. Il est indispensable que les acteurs osent investir et se lancer sur ces nouveaux marchés, qui seront probablement structurés par deux grands types d’acteurs : ceux qui s’orienteront vers les secteurs de l’innovation et de la rupture technologique et ceux qui choisiront le secteur des services.

Pour en savoir plus :

Présentation de Angelos SOURIADAKIS


Angelos SOURIADAKIS
1er mars 2011


Angelos SOURIADAKIS est Président du cabinet de conseil Ylios.






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