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Télérelevé des compteurs de gaz : bâtir un standard garantissant l’interopérabilité des futurs systèmes

Selon vous, en quoi la standardisation est-il un levier essentiel au développement du télérelevé ?

Un standard est défini comme « ce qui est conforme à une norme de fabrication en grande série ».

C’est souvent en rappelant la définition des concepts les plus simples que l’on parvient à expliquer les raisonnements les plus complexes. Le télérelevé n’échappe pas à la règle. C’est en règle générale lorsque l’on tente de définir une voie commune, un standard, que la sémantique se fond dans le feu d’intérêts divergents, précisément au moment où l’effort collectif devrait tendre à la convergence. L’effort de standardisation engagé pour standardiser les systèmes de télérelevé par la radio fréquence en offre une bonne illustration.

Les distributeurs et les acteurs nationaux de la filière gaz, les représentants des consommateurs, ainsi que les principaux opérateurs du service public local de l’eau sont convaincus des bénéfices que peuvent apporter à l’ensemble de la chaîne de valeur ce nouveau procédé de collecte et de transmission des données de consommation.

Ainsi, dans sa délibération du 21 juillet 2011, la CRE a approuvé la proposition de GrDF de lancement d’une phase de construction d’un système de comptage évolué. Le parti technologique que prendra GrDF sur le télérelevé des compteurs, compte tenu du poids industriel de l’entreprise, donnera inévitablement au marché une orientation non contraignante, mais néanmoins directrice. Il faut, également assurer à des acteurs disposant de ressources moindres, comme les entreprises locales de distribution d’électricité et de gaz (ELD), un accès à la technologie de télérelevé par la radio fréquence (RF) dans des conditions économiques optimales.

Cependant, le développement du télérelevé RF fait face à un obstacle majeur : l’absence de standardisation. En effet, les différents équipements de comptage et/ou de communication sont rarement interopérables. Ceci a un impact néfaste à la fois sur les coûts (en limitant la possibilité d’économies d’échelle sur les matériels produits par les différents équipementiers) et sur la fluidité du marché (en rendant le gestionnaire de réseaux« captif » de son choix de matériel pour de nombreuses années).

La standardisation est un levier essentiel pour parvenir à l’interopérabilité des équipements qui, seule, permettra d’accélérer le développement et la généralisation d’une technologie très attendue par de nombreux acteurs des filières eau et gaz en France : le télérelevé RF.

Afin de réussir, il faut, donc, fédérer des acteurs nombreux (aux intérêts souvent divergents) dans une démarche collégiale de standardisation. C’est exactement ce qui a été entrepris en France, à l’occasion de la phase d’étude et de construction du futur système de comptage évolué de GrDF.

A l’heure actuelle, quelles sont les tendances dans le domaine du télérelevé ?

En matière de télérelevé des compteurs (smart metering), c’est-à-dire la relève à distance des compteurs évolués d’énergie (gaz ou électricité) et d’eau, il existe deux grandes options technologiques :

  • le courant porteur en ligne (CPL) qui utilise l’infrastructure du distributeur d’électricité pour transporter localement l’information entre le compteur communicant et un concentrateur. Ce dernier regroupe les informations issues de plusieurs compteurs pour l’acheminer ensuite jusqu’à un système informatique (SI) central de collecte et de traitement de ces informations (en utilisant des moyens télécoms classiques : GSM, GPRS, etc.). C’est le choix technologique retenu pour le grand projet de télérelevé en Italie, ainsi que pour le projet Linky en France ;
  • la radio fréquence (RF) utilise une transmission radio entre les compteurs communicants des usagers et une passerelle installée localement sur un « point haut » (exemples : château d’eau, toit d’immeuble, etc.). Les avantages du télérelevé RF « sans fil » sont de deux ordres. Ils tiennent, d’une part, à l’autonomie en énergie du compteur communicant, qui est muni d’une batterie qui lui donne une longue durée de vie (10 ans et plus, sans intervention de maintenance). Ils sont, d’autre part, relatifs à l’indépendance vis-à-vis de l’infrastructure du distributeur d’énergie pour la transmission locale. Ainsi, il est possible de recourir aux services d’un opérateur télécom pour gérer cet aspect. C’est le choix technologique retenu en France pour le télérelevé dans le domaine de l’eau (au total près d’1 million de compteurs d’eau sont exploités en RF) et du gaz (choix de GrDF pour son projet Gazpar).

Quelles seraient les étapes et principes à suivre pour aller vers une standardisation du télérelevé ?

Dans le cadre du projet d’étude d’un système de comptage évolué lancé par GrDF, le groupe de travail E17z a été créé au sein de l’AFNOR en avril 2012. Ce groupe rassemble des distributeurs de gaz (GrDF, le Syndicat professionnel des entreprises gazières non nationalisées – SPEGNN), des distributeurs d’eau (Veolia Eau, Lyonnaise des Eaux, Eau de Paris, Saur), des fournisseurs d’équipements (Elster, Itron, Sappel, Homerider, Adeunis-RF, Kerlink, Sagemcom, Ondeo, Panasonic) et des opérateurs télécom (m2ocity, Orange).

Son objectif est de faire émerger un standard applicable pour le télérelevé RF. Il est ainsi en charge d’élaborer un guide d’application des normes européennes « Wireless MBUS » permettant l’interopérabilité des systèmes et, ce, en traitant des besoins de relevé à distance des compteurs d’eau et de gaz.

Ce groupe est une instance remarquable à plus d’un titre :

  • collégiale, elle place ses travaux sous l’égide de l’AFNOR, ce qui devrait assurer à ses conclusions une pérennité certaine ;
  • pragmatique, elle vise à définir un standard accepté de tous, clients finaux compris, ce qui leur ôtera ce sentiment de captivité ressenti lorsqu’ils sont soumis à des technologies propriétaires ;
  • technique, elle se place hors des débats passionnés et des intérêts partisans.

L’autorité d’une telle instance suppose toutefois deux principes essentiels : qu’elle considère objectivement les alternatives qui lui sont soumises et, ces alternatives pesées, que ses conclusions soient reconnues par ses parties prenantes comme par les acteurs industriels auxquelles elles se destinent.

Aujourd’hui, grâce à la qualité des échanges et aux travaux fournis dans le groupe de travail AFNOR E17z, ces étapes sont fort bien engagées. L’impulsion forte donnée par le lancement du projet de comptage évolué gaz semble donc en mesure de faire aboutir la standardisation du télérelevé RF en France.

Quel est le programme de ce groupe de travail ? Quelles sont les prochaines étapes ?

L’objet principal du groupe de travail AFNOR E17z est donc de publier un guide d’application précisant les modalités de connexion des compteurs communicants avec les réseaux de télérelevé ainsi que les informations essentielles devant être transmises par tout réseau de télérelevé.

Les premières conclusions des travaux du groupe de travail E17z dressent un tableau précis des besoins auxquels le télérelevé doit répondre. Il définit ainsi l’interopérabilité minimum garantie, socle fondamental sur lequel vont devoir maintenant s’accorder les différents acteurs du télérelevé RF (opérateurs télécoms, équipementiers et gestionnaires de réseaux).

En outre, une première version du guide d’application doit être publiée en avril 2013. Elle sera ensuite affinée par phases successives, jusqu’à aboutir à un standard reconnu au niveau français et cohérent avec le cadre normatif européen.

Point important, le groupe de travail préconise l’utilisation de plusieurs bandes de fréquence radio libres de droits (a minima 868 à 870 MHz ou 169.400 à 169.475 MHz).

Quels sont les arguments développés par le groupe concernant cette préconisation ?

L’utilisation de plusieurs bandes de fréquence radio libres de droits favorisera la généralisation et l’adoption rapide du standard une fois celui-ci publié et présente de nombreux avantages.

Premièrement, elle offre plus de marges de manœuvre aux opérateurs de télérelevé afin d'éviter la saturation des bandes de fréquence, tout en inscrivant les futurs systèmes de télérelevé dans le strict respect du cadre réglementaire des télécoms en France et en Europe.

Ensuite, elle favorise le déploiement à grande échelle télérelevé RF en assurant son fonctionnement optimal dans les différents contextes géographiques en France ainsi que les différentes situations de densité d’objets communicants à raccorder au système de télérelevé (urbain, péri-urbain ou rural).

Enfin, elle ouvre le champ des possibilités non seulement aux différents compteurs (eau, gaz ou électricité) mais aussi aux nombreux autres types d’objets communicants par radio (dans le but de diminuer les coûts du télérelevé via la mutualisation du service télécom).

Quel poids sera donné au travail du groupe ?

Le travail engagé et les recommandations du groupe de travail E17z sur la standardisation permettent d’ores–et-déjà aux distributeurs d’engager des expérimentations avec pour objectif de démontrer, sur le terrain, la pertinence et l’opérationnalité des choix technologiques retenus pour le télérelevé RF des compteurs de gaz.

Il convient à ce stade de rappeler que le standard ainsi défini va laisser la voie libre à différentes transpositions technologiques. En effet, les conclusions du groupe de travail visent à fixer un cap, non le chemin.

Plus tard, bien d’autres questions se poseront, comme celle du statut d’opérateur de télérelevé pour le distributeur de gaz (pour son seul besoin sur le gaz). Celui-ci devra choisir – ou non – de confier à un opérateur télécoms l’exploitation de l’infrastructure et des systèmes télécoms mutualisés pour les compteurs de gaz, d’eau ainsi que nombreux autres objets communicants RF.

Pour l’heure, il est vital de laisser l’édifice du groupe de travail E17z se construire sans y infiltrer des notions de propriété ni d’intérêts commerciaux, lesquelles viendraient immanquablement en fragiliser les fondations.

Au regard des enjeux colossaux pour les services publics de distribution du gaz et de l’eau en France, le dispositif mis en place s’avère particulièrement pertinent. La France s’est donné toutes les chances d’aboutir à une standardisation en 2013-2014.



Christian Gacon , Directeur Technique, m2ocity



m2ocity exploite un réseau de télé-relève interopérable constitué d’infrastructures de télécommunications « Machine to Machine » (M2M) pour raccorder des compteurs d'eau, de gaz ou d’autres types de capteurs autonomes en énergie et communicants par radio. m2ocity fournit un service de télé-relève ouvert à tous les acteurs intéressés sur les territoires couverts pour traiter en toute confidentialité et sécurité toutes les données de consommation et les alertes issues des équipements communicants.

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