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Point de vue de Jean-Philippe Cagne (ENGIE) :

Engie intègre, depuis quelques mois, l’Internet des objets dans différentes composantes de ses activités. Isabelle Kocher, directrice générale d’Engie, résume ainsi la période actuelle de mutation du secteur énergétique : « Les utilities sont face à une révolution, comme il y en a peu, qui a deux composantes majeures pour Engie : la décentralisation et la digitalisation ». Engie prévoit ainsi une croissance exponentielle du marché de l’Internet des objets, au point de se demander si l’on n’est pas face à une nouvelle loi de Moore.

Cet essor s’explique, notamment, par l’importante baisse de prix de ces objets qui a pour effet d’accélérer leur déploiement. Ces derniers mois, Engie a ainsi pu observer l’arrivée des objets connectés dans un très grand nombre de ses activités. Cela est dû à la diminution des prix associée à un effet de masse, d’autant plus que les utilisateurs savent de mieux en mieux intégrer ces objets. Ces derniers font par ailleurs remonter des données, qui sont stockées et traitées par des plateformes adaptées qui contribuent par leur facilité d’utilisation à l’accélération du déploiement.


Source : Engie

Comment ENGIE se transforme-t-elle pour intégrer l’Internet des objets ?

Le premier constat est qu’Engie est un grand groupe qui, comme tous ses pairs, rencontre des difficultés pour coller au rythme des des avancées technologiques actuelles qui inondent le marché. De petites entités de type startups, qui réagissent plus vite, développent des services grâce à l’Internet des objets et sont susceptibles de ronger ses parts de marché. Néanmoins, sur certains sujets comme l’efficacité énergétique, Engie a pris les devants et accélère el déploiement en quelques semaines, alors que pour les activités traditionnelles du groupe, telles que la construction et l’exploitation de centrales, il faut parler en termes d’années. Promouvoir le déploiement des objets connectés chez Engie soulève deux questions : pourquoi et comment ?

Pourquoi ? Identifier les sources de valeur

Comment envisager la rentabilité en intégrant des objets connectés et les données associées ? L’approche d’Engie est se veut empirique, car il n’existe aucune théorie dans le domaine.

  • L’innovation incrémentale : l’innovation se fait progressivement par de petites avancées successives, à force de recherche et de tests. Par exemple, le développement d’objets connectés permettant le contrôle à distance de la température des chaudières s’est fait selon cette approche.
  • L’innovation disruptive : l’innovation repose sur la promesse faite à l’utilisateur d’une expérience radicalement nouvelle qui suppose l’élaboration de nouveaux modèles économiques. C’est par exemple le cas du pilotage de la charge des batteries dans les stations de recharge pour scooters électriques. Il s’agit d’un modèle disruptif qu’il ne sera possible de déployer rapidement que si nous disposons d’objets connectés, d’un réseau en bonne condition, de l’analyse des données en temps réel et des informations clients de l’utilisateur.

Comment ? Sélectionner les outils de déploiement

  • Pour aller vite dans le développement de l’Internet des objets il existe plusieurs solutions comme par exemple rachat de sociétés ou la conclusion de partenariats. Engie a ainsi fait le choix, d’une part, de devenir en 2015 actionnaire de Sigfox à l’occasion d’une augmentation de capital et, d’autre part, de travailler avec un certain nombre d’acteurs de l’écosystème et, notamment, des startups avec lesquelles Engie co-développe aujourd’hui des solutions.
  • Pour se développer, il est nécessaire de disposer d’une très large représentation géographique, ce dont la société Engie dispose grâce à ses 24 business units géographiques qui couvrent 70 pays. Lorsqu’elle travaille au déploiement d’une solution, elle le fait donc à une échelle beaucoup plus large que l’échelle locale.
  • Le développement des objets connectés suppose de réfléchir à une stratégie transversale. Comme toute grande entreprise, Engie est tentée d’aligner les démarches dans toutes ses branches, ce qui n’est pas forcément la meilleure solution pour l’Internet des objets, même s’il faut y réfléchir. Ainsi, plusieurs questions se posent : faut-il une plateforme commune applicable à toutes les entités du groupe ? Quels sont les supports de connexion de ces objets connectés ? Ce sont des questions stratégiques que toute entreprise appelée à déployer des objets connectés doit un jour traiter.

Quels sont les différents cas d’utilisation des objets connectés en rapport avec le métier d’ENGIE ?

ENGIE a relevé trois grands marchés sur lesquels elle envisage de déployer des objets connectés et les services qui les accompagnent et tous ne relèvent pas de l’énergie.

  • Le B2C (Business to consumer) : la maison intelligente (maîtrise de consommation d’énergie, contrôle de la qualité de l’air, etc.) et le service client (maintenance préventive, etc.).
  • Le B2B (Business to business) :
    • Bâtiment : le bâtiment intelligent (automatisation du bâtiment, efficacité énergétique, etc.) et le service client.
    • Industrie : performance opérationnelle (gestion d’actifs, compteurs intelligents, gestion de la chaîne logistique, maintenance préventive) et sécurité des travailleurs (localisation des salariés, contrôle de la qualité de l’air, etc.). À titre d’exemple, Endel, la filière de maintenance industrielle d’Engie, travaille aujourd’hui sur l’usine du futur, qui pourrait être équipée de capteurs de vibrations sur les moteurs, permettant ainsi de détecter des pannes.
  • Le B2T (Business to Territories). L’essor de ce marché est révélateur du développement rapide d’une évolution technologique particulière, appelée l’intelligence embarquée. Les objets sont de moins en moins passifs et intègrent de plus en plus des algorithmes. À titre d’exemple, on peut citer les caméras vidéos qui analysent des places de parking et informent les conducteurs approchant la zone de leur disponibilité.
    • Villes : surveillance urbaine, éclairage intelligent dit « Smart lighting » (gestion du changement des lampes, objets à connecter sur ces lampes pour permettre la détection de présence, d’humidité, etc.), qualité de l’air, optimisation du ramassage des ordures ménagères.
    • Mobilité : stationnement intelligent, contrôle du trafic routier, transports en communs connectés.
    • Réseaux énergétiques : sécurité, dimensionnement, surveillance.


Source : Engie

Quelle est la chaîne de valeur du M2M (Machine to machine) ?

Le point de départ de la chaîne de valeur est l’équipement (capteurs, téléphones mobiles et toute autre source de données), puis on s’interroge sur sa connexion à un réseau, avant de déterminer sur quelle plate-forme de réseau les données provenant des capteurs et transitant par les réseaux vont être stockées, ensuite, on décide de la manière dont ces données seront utilisées, avant, pour finir, de définir les services proposés.


Source : Engie

Concernant les services proposés, un certain nombre de sujets ne trouvent aujourd’hui pas de modèle de revenus avec les objets connectés. Trouver un business model pour ces objets connectés est donc une vraie question.

Pour prendre un exemple proche du secteur de l’énergie, on peut s’intéresser au cas de la qualité de l’air et, plus particulièrement, du thermostat Nest. On observe un glissement des acteurs : Nest, qui était au départ clairement positionné sur le thermostat à la maison, est aujourd’hui devenu une plateforme. Des fabricants et des développeurs d’objets connectés remontent ainsi vers la donnée, car, même si l’objet en lui-même a une certaine valeur, la donnée en a encore plus si l’on est capable de proposer un service à un client. Il s’agit d’une tendance très forte que l’on observe actuellement : tous les acteurs qui fabriquent des capteurs sont en train de glisser vers la création et gestion de plateforme de données.


Source : Engie

L’Internet des objets fonctionne en France, comme ailleurs, avec un écosystème de startups et de grands groupes, qui sont de plus en plus présents essentiellement au niveau des plateformes de données (Microsoft avec Azure, GE avec Predix, etc.) .

Conclusions et perspectives

Les premiers grands constats du marché de l’IoT

Le paysage de l’Internet des objets a beau être éclaté, cela ne l’empêche pas d’avoir d’ores et déjà un impact fort sur les activités d’Engie. On l’observe dans le domaine de l’efficacité énergétique des bâtiments et progressivement dans le domaine du confort domestique, avec tout de même un sujet de préoccupation : le consommateur est-il prêt à payer un service supplémentaire de plusieurs dizaines d’euros par mois pour piloter à distance sa chaudière, son éclairage et d’autres équipements électriques ?

Même si l’Internet des objets est complexe à déployer, surtout à grande échelle, on détecte déjà de fortes modifications dans l’organisation du travail. Chez Cofely, par exemple, les informations qui remontent de toutes les chaufferies en France permettent de les piloter à distance et, parfois, de prévoir leur maintenance. Par conséquent, les techniciens qui passaient régulièrement les contrôler ne se déplacent que si c’est nécessaire. Il faut développer de nouveaux métiers consistant à analyser des tableaux de bord à distance et à donner des consignes aux techniciens d’intervenir sur les installations, pour peu que ce ne soient pas les algorithmes embarqués dans les chaudières qui les donnent. Cela modifie l’organisation du travail et les niveaux de compétences nécessaires à la réalisation de ces différents travaux.

La question de la (cyber) sécurité est un sujet sur lequel de nombreuses interrogations subsistent.

État des lieux de la situation chez ENGIE

Engie a récemment engagé l’appropriation de l’Internet des objets. Il y a un peu moins de deux ans, la société avait identifié deux sujets d’avenir : l’Internet des objets et les solutions de stockage décentralisées. Ce sont justement ces deux points qui sont en train de bouleverser tous les schémas à travers un double mouvement de numérisation et de décentralisation. Sans les objets connectés, la transmission et l’analyse des données est impossible et, par conséquent, la décentralisation et le stockage de l’énergie ne peut pas se faire, ou alors à des coûts si prohibitifs que cela en restera à l’étape de recherche et développement.

Le débat qu’Engie a en interne aujourd’hui porte sur les plateformes et la connectivité des objets. Engie a lancé récemment la création d’une digital factory interne, avec plusieurs axes majeurs de travail : les API (interfaces de programmation interactive), l’analyse de données (analytics), la cybersécurité et l’Internet des objets.

Jean-Philippe Cagne
7 juin 2016






Jean-Philippe Cagne est Directeur délégué Processus Innovation d’Engie.




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