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Point de vue de Mathieu Sacrispeyre (Intesens) :

Créée en 2009, Intesens est une startup d’une vingtaine de salariés qui propose des solutions facilitant le diagnostic des équipements. Elle a réalisé deux levées de fonds en 2010 et 2015 et travaille en collaboration avec de grands groupes industriels tels que SNCF, ENEDIS, RTE ou ENGIE. Intesens développe des solutions de maintenance connectée, dans le but :

  • d’optimiser les coûts de maintenance et les interventions ;
  • d’augmenter la disponibilité et la sécurité des infrastructures et des équipements ;
  • de prolonger la durée d’utilisation des équipements.

Intesens illustre la révolution que représente le déploiement des objets connectés par l’exemple d’un agent de maintenance dont le métier consiste principalement à inspecter les infrastructures de réseaux et, le cas échéant, à les réparer. Dans le secteur des réseaux électriques, les pannes non planifiées, les aléas climatiques, etc., compliquent le bon exercice de sa mission. Intesens entend l’aider en proposant des solutions qui permettent de surveiller les équipements à distance afin de l’informer de leur état de fonctionnement. Pour ce faire, Intesens installe des capteurs communicants sur les infrastructures, ou dans les équipements et machines, qui communiquent avec de nouvelles solutions de connectivité (tels que Sigfox ou LoRa) jusqu’à une plate-forme cloud. Cette dernière permet de stocker les données, les consulter, les analyser, et les partager avec des systèmes d’information et de prévenir l’agent de maintenance si nécessaire par sms ou par mail.

L’activité d’Intesens se concentre sur trois marchés principaux :

  • Le ferroviaire

Intesens développe des solutions de surveillance à distance des infrastructures au moyen d’objets connectés, ce qui lui a permis d’être lauréat du concours Digital Challenge de la SNCF. Elle travaille en partenariat avec la direction Digital de la SNCF sur la maintenance des infrastructures (les rails, les caténaires, la signalisation et les ouvrages), du matériel roulant et des bâtiments.

  • L’énergie

Fort de sa connaissance des technologies et du métier de surveillance de grandes instrastructures linéaires, Intesens s’est tournée vers le marché de l’énergie. Son offre d’objets connectés consacrés à la surveillance des câbles de lignes haute ou basse tension, en passant par les différentes étapes de transformation et de tension intermédiaire, a été lauréate des concours innovation des gestionnaires de réseaux Enedis et RTE.

  • L’industrie du « smart » : Smart building, Smart industry, Smart city

Il s’agit du marché de la surveillance de l’équipement industriel de la ville intelligente et de l’industrie du futur : production de chaud ou de froid, consommations électriques, éclairage public, accessibilité (ascenseurs, escaliers mécaniques). En plus d’un simple objectif de surveillance des équipements, les objets connectés concourrent à l’optimisation énergétique de ces équipements. L’industrie du « smart » possède l’avantage de concerner d’importants volumes et ainsi des déploiements à grande échelle.

La chaîne de valeur

Intesens a développé une plateforme web de visualisation de données provenant de capteurs connectés, IDIAG®, qui repose sur quatre piliers :

  • les capteurs : pour les réseaux électriques, ils effectuent des mesures d’intensité, de tension, éventuellement de puissance active ou réactive, d’éléments mécaniques (chocs, déformations, etc.) et des aspects climatiques (température, humidité) ;
  • la connectivité : pour connecter les capteurs, Intesens utilise principalement Sigfox, ainsi que LoRa ou des réseaux GSM en complément ;
  • le cloud : qui permet d’accéder aux données et dans un second temps de construire de nouveaux modèles de maintenance prédictive. Pour cela, Intesens travaille avec des solutions IBM ;
  • les services : les solutions de services des objets connectés sont de plus en plus matures. Le déploiement des objets connectés entraîne l’intégration du digital dans toute l’entreprise, l’adaptation des métiers existants et fait naître de nouveaux besoins en formation. Intesens intègre à son offre un accompagnement à la mise en place de projets IoT au sein des organisations industrielles.


Source : Intesens

Les domaines d’application de l’IoT

En ce qui concerne les réseaux électriques, Intesens a identifié deux principaux domaines d’application pour les objets connectés :

  • la maintenance du réseau. La surveillance des infrastuctures et des équipements concourrent à la prévention des pannes et à une meilleure connaissance d’ensemble du réseau. Jusque-là, le réseau électrique, tout comme le réseau ferroviaire, était très peu connecté et relevait d’un fonctionnement empirique ;
  • l’optimisation du réseau. Alors que notre connaissance de la répartition du flux électrique était jusqu’à maintenant incomplète, le déploiement d’objets connectés devraient permettre de multiplier les points de mesures sur les réseaux, en commençant par les plus critiques.


Source : Intesens

Intesens a expérimenté deux principaux cas d’usage des objets connectés dans le secteur de l’énergie :

  1. La surveillance de manchons chez RTE. En chauffant, les manchons qui relient les câbles se dilatent et leur connectivité se détériore. Jusque-là, les manchons étaient surveillés par des caméras thermiques infra-rouges à partir d’hélicoptères. Le développement des objets connectés a permis d’imaginer des capteurs communicants intelligents positionnés sur les manchons et capables de contrôler la conductivité électrique et la température, afin d’alerter RTE en cas de dysfonctionnement.
  2. L’assurance de groupes électrogènes chez Enedis. L’objectif était d’optimiser les interventions et la gestion des crises, en cas d’intempéries notamment, en travaillant sur la détection de rupture des câbles via les mouvements enregistrés par les capteurs. Intesens a ainsi conçu, en coopération avec Enedis, le premier équipement de point de mesure opérateur pouvu d’un capteur capable de détecter de manière autonome l’intensité sur la ligne HTA, à laquelle il est connecté.

Quels sont les enjeux liés à la maintenance des réseaux électriques intelligents ?

Les infrastructures sont immenses et si, à terme, tous les réseaux sont appelés à être connectés, il convient de prioriser dans un premier temps le déploiement des objets connectés sur certains points de mesures opérateurs. Au-delà de la question de la démonstration de faisabilité, il faut s’interroger sur les modalités et la rentabilité du déploiement de ces objets connectés. Le retour sur investissement (ROI) varie en fonction de la typologie de l’équipement ou de l’infrastructure et de l’optimisation recherchée, selon que l’on cherche à diminuer le nombre de coupures électriques, d’interventions ou de minutes de retard. Au-delà de la faisabilité technique et de l’acceptation métier, de nombreux paramètres sont donc à prendre en compte dans le calcul des ROI.

Le graphique ci-dessous présente l’évolution de la courbe de coût de la maintenance en fonction du taux de panne, avant et après le déploiement des objets connectés. L’ancien optimum de la courbe de coût de la maintenance correspondait au juste milieu entre la maintenance préventive et la maintenance curative, c’est-à-dire au cas où le nombre de pannes est relativement faible et où la maintenance est abordable. Avec le déploiement des objets connectés qui font remonter beaucoup d’informations, on observe un glissement de la courbe de coût de la maintenance : pour le même prix, le taux de panne diminue, car on anticipe beaucoup mieux les dysfonctionnements.


Source : Intesens

Sur la valorisation des objets connectés, la tendance actuelle est à la recherche de rentabilité immédiate (inférieure à un an pour la SNCF, par exemple). Le développement du big data permettra à l’avenir d’accéder à un nombre croissant d’informations sur les réseaux empiriques, tels que les réseaux électriques et ferroviaires. Il sera alors possible de viser un second type de retour sur investissement, plus difficilement qualifiable, en lien avec une meilleure connaissance de ces réseaux, en anticipant les pannes qui peuvent les affecter.

Mathieu Sacrispeyre
7 juin 2016






Mathieu Sacrispeyre est Directeur général d’Intesens.




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