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Marc Boillot, Directeur de la Stratégie et des Grands Projets d’ERDF

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Comment ERDF se prépare à l’arrivée des Smart grids ?

Marc Boillot

Les réseaux électriques intelligents représentent un enjeu et des besoins d’investissement qui dépassent le champ habituel des grands acteurs de l’électricité. La conviction d’ERDF est que les projets qui se profilent en matière de Smart grids seront d’abord issues de partenariats, de grands démonstrateurs, d’un ensemble d’actions transverses entre les principaux acteurs du marché et des universités, des grands groupes et des start-ups. Parmi la dizaine de démonstrateurs Smart grids suivis ou pilotés par ERDF, le nouveau projet à vocation européenne, GRID4EU, s’inscrit pleinement dans cette logique.

En considérant l’évolution des réseaux avec du recul, les Smart grids sont une nouvelle étape dans l’évolution des réseaux. Depuis 30 ans, les efforts d’automatisation ont permis aux clients de bénéficier d’une électricité plus fiable chaque année. Rappelons qu’au début des années 80, le temps moyen de coupure en France était de l’ordre de 400 minutes par client et par an. Cette durée est en 2011 de 73 minutes. De tels succès ont été obtenus par un travail constant pour optimiser les réseaux. On peut résumer cette conquête à travers trois chiffres très significatifs dont la progression montre bien qu’à chaque fois, nous avons changé de dimension : à l’origine, nos efforts d’automatisation et de pilotage à distance ont porté sur nos 2.200 postes sources, puis ils se sont concentrés sur les réseaux moyenne tension (HTA) où nous avons disposé 105.000 appareils de télécommande gérés par 31 agences de conduite régionales, véritables « tours de contrôle » du réseau. Demain, avec le système Linky, première brique des Smart grids, 750.000 concentrateurs et 35 millions de compteurs nous permettront de piloter finement la totalité des réseaux publics de distribution d’électricité.

Aujourd’hui, ce système fonctionne ! Nous en apportons la preuve tous les jours en Touraine et à Lyon où 250 000 clients vivent déjà les premiers temps du « monde Linky ». Nous pouvons maintenant étudier les étapes suivantes, celles qui concernent plus particulièrement le réseau. Cette deuxième phase passe par la mise en œuvre de nouveaux projets. ERDF se trouve ainsi au cœur d’une dizaine de démonstrateurs Smart grids en France, soit en tant que pilote, soit comme contributeur essentiel, du fait de sa maîtrise des réseaux et du rôle clé de Linky. Les sujets essentiels pour préparer l’avenir se trouvent ainsi testés sous plusieurs angles : l’automatisation accrue des réseaux à la fois HTA et BT, l’insertion massive d’énergies intermittentes, l’optimisation locale entre production et consommation, le recours au stockage, l’accueil du véhicule électrique, etc.

Ces initiatives conduisent l’entreprise à travailler avec des nouveaux partenaires, à la fois des grands groupes du monde de l’énergie, des télécoms ou de l’équipement électrique, mais également de plus petites entreprises spécialisées, parfois des start-ups, et aussi des laboratoires d’université, des collectivités locales et d’autres distributeurs. Elles conduisent, également, ERDF à travailler hors de France et à valoriser le savoir-faire français à l’international. A tout point de vue, la transition vers les Smart grids est donc plus qu’un changement, c’est une innovation incessante, qui dépasse le seul domaine de la technique. Le projet GRID4EU illustre parfaitement cette nouvelle optique.

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Vous pilotez le projet européen GRID4EU ? Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste-t-il ?

Marc Boillot

Le projet GRID4EU a été officiellement lancé le 22 novembre 2011, à Paris. Avec un budget de 54 millions d’euros, c’est le principal programme opérationnel sur les réseaux électriques intelligents mené en Europe. Il est placé sous le pilotage d’ERDF et rassemble six distributeurs européens de premier plan (le français ERDF, l’italien ENEL, l’espagnol IBERDROLA, l’allemand RWE, le suédois VATTENFALL et le tchèque CEZ). Ensemble, ces entreprises assurent l’alimentation en électricité de la moitié des clients de l’Union européenne.

Le principe de ce partenariat est simple : plutôt que de mener individuellement les expérimentations nécessaires à la préparation des réseaux de demain, ces grands gestionnaires de réseaux de distribution ont choisi de jouer la carte de la complémentarité et du partage de leurs résultats. A raison d’un démonstrateur par pays, les différents aspects des réseaux électriques intelligents sont ainsi traités :

  • accroissement de l’automatisation des réseaux ;
  • intégration des productions à partir d’énergies de source renouvelable (photovoltaïques et éoliennes) ;
  • gestion active de la demande et développement de l’effacement diffus ;
  • accueil des véhicules électriques et hybrides ;
  • incorporation de moyens de stockage.

Ces sujets peuvent se retrouver en tout ou partie dans chacun des projets nationaux. En effet, il semble intéressant d’étudier des concepts semblables dans des environnements climatiques, techniques, réglementaires et sociologiques différents. Le principe de « quartier solaire » a-t-il, en effet, les mêmes caractéristiques à Nice qu’en Westphalie ? Sur le montant total du projet, 46 millions d’euros sont consacrés à la mise en œuvre des démonstrateurs. Les 8 millions restants sont consacrés aux activités transverses (pilotage, spécifications techniques, normalisation, réplication, communication, etc.).

La très forte mobilisation industrielle et universitaire suscitée par cette initiative est le signe de l’intérêt de ces expérimentations. Elle constitue sans doute l’une des actions de coopération européenne les plus importantes. Au total, ce sont en effet plus de trente partenaires de premier plan qui ont rejoint les gestionnaires de réseaux de distribution d’électricité pour participer à ce projet. On y retrouve ainsi des sociétés comme Cisco, Siemens, ABB, Alstom. Ce rassemblement de compétences de pointe venant d’horizons différents est très encourageant et impose à chacun de s’attacher à privilégier le travail en équipe pour rencontrer le succès.

C’est la conjugaison de cette ambition et de cette volonté de partage qui a été reconnue par la Commission européenne en attribuant à cette initiative un financement spécifique de 25 millions d’euros, au titre du septième Programme-Cadre de recherche de l’UE (fond FP7).

Le consortium s’est donné quatre années pour réussir et présenter ses conclusions à l’ensemble de l’Union européenne. Celles-ci relèveront à la fois des domaines techniques, économiques, environnementaux, sociétaux et régulatoires. Les solutions testées, les innovations mises en œuvre ainsi que les normes approuvées permettront à l’Europe de réussir la transition vers les réseaux de demain en même temps qu’elles auront favorisé la maturation d’une Europe dynamique, leader des Smart grids et composée de grandes entreprises, de PME, de start-ups et de laboratoires de recherche.

GRID4EU

6 gestionnaires de réseaux de distribution d’électricité européens
27 partenaires (industriels, fournisseurs d’énergies, instituts de recherche, universités)
Durée du projet : 4 ans (novembre 2011 - novembre 2015)
Coordinateur du projet : ERDF
6 démonstrateurs
  • Nice (France), 19,6 millions d’euros, quartier solaire intelligent
  • Région d’Emilie-Romagne (Italie), 8,2 millions d’euros, insertion photovoltaïque sur le réseau moyenne tension
  • Région de Valence (Espagne), 6,6 millions d’euros, pilotage du réseau, maîtrise des consommations à partir d’un système de compteurs communicants
  • Vrchlabie (République Tchèque), 5,3 millions d’euros, pilotage du réseau, insertion de véhicules électriques à partir d’un système de compteurs communicants
  • Région de Stockholm (Suède), 3,1 millions d’euros, insertion photovoltaïque sur le réseau basse tension à partir d’un système de compteurs communicants
  • Rhénanie du Nord – Westphalie (Allemagne), 2,3 millions d’euros, insertion photovoltaïque et éolienne sur le réseau moyenne tension

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Pouvez-vous préciser le projet français, NiceGrid ?

Marc Boillot

D’un montant de 19,6 millions d’euros, le projet français est situé sur le territoire de la Communauté Urbaine de Nice. A l’instar de tout le département des Alpes-Maritimes, ce territoire se trouve à l’extrémité du réseau de transport, ce qui constitue une fragilité structurelle dans son alimentation électrique, mais il dispose d’importants gisements d’énergies de sources renouvelables, notamment solaires.

Ce démonstrateur entend donc mettre en place un « quartier solaire intelligent ».

Outre sa reconnaissance par l’Union européenne, il est également soutenu par les pouvoirs publics français dans le cadre des Investissements d’Avenir. Du point de vue local, il contribue au développement maîtrisé de l’agglomération de Nice vers la plaine du Var au sein du programme Eco-Vallée.

NiceGrid vise à étudier quatre problématiques majeures :

  • l’optimisation de l’exploitation d’un réseau de distribution complet (moyenne et basse tension) intégrant de nombreuses installations de production d’énergie de source renouvelable ;
  • le fonctionnement d’une zone de consommation autonome et sa capacité à s’isoler du réseau principal grâce à son parc de production et de stockage ;
  • le comportement des clients, à la fois consommateurs, producteurs et « stockeurs » ;
  • le modèle d’affaires décrivant la rémunération des différents acteurs dans ce nouvel environnement.

Ingénieur IEG-INP Grenoble et titulaire du MBA Université Mc Gill Montréal, Marc Boillot débute sa carrière en 1980 à la R&D d’EDF.
Il travaille ensuite dix ans en Amérique du Nord : en 1990, il ouvre le bureau de représentation d’EDF à Washington et devient en 1997, Directeur Général de Gaz de France Québec.
De retour en France en 2000, il dirige successivement le centre de distribution d’EDF GDF Services de Clermont-Ferrand, puis en 2003 la Direction Commerce région Rhône Alpes Auvergne d’EDF où il contribue à l’ouverture du marché de l’électricité et du gaz. Il intègre ensuite la Direction de la stratégie d’EDF, en charge du développement de projets à l’international. Il est aujourd’hui Directeur de la Stratégie et des Grands Projets d’ERDF.

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