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Grégoire Poux-Guillaume, Président d’Alstom Grid

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Quelles sont les raisons qui ont amené à la création d’Alstom Grid ?

Grégoire Poux-Guillaume

En juin 2010, Alstom et Schneider Electric ont conclu avec Areva l’acquisition de la filiale d’équipements de transmission et distribution d’électricité, Areva T&D. Dans le cadre de cet accord, les activités « Transmission » et centres de contrôle ont été allouées à Alstom et la partie « Distribution » à Schneider Electric.

Avec cette acquisition, Alstom s’est doté, aux côtés de ses secteurs Power (Thermal et Renewable) et Transport, d’un troisième secteur qui couvre les activités de fourniture d’équipements pour les réseaux de transport d’énergie et de solutions de conversion de puissance, de protection, d’automatisation et de pilotage pour les réseaux électriques intelligents. Ce secteur bénéficie de l’ensemble des complémentarités et des moyens dont dispose le Groupe, notamment de son réseau international présent dans 100 pays, de ses capacités technologiques et industrielles et des liens existant entre le transport de l’électricité à haute tension et la production d’électricité. Par ailleurs, l’expertise d’Alstom dans la production d’électricité combinée à celle acquise dans les centres de conduite de réseaux de transport et de distribution procure au Groupe un leadership technologique international sur les marchés clés des Smart grids.

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Quelles activités développez-vous en lien avec les Smart grids ?

Grégoire Poux-Guillaume

Alstom Grid est l’un des principaux acteurs mondiaux dans les segments de la conversion de puissance, de l’automatisation et du pilotage intelligent des réseaux d’énergie. Le cœur de notre expertise Smart grids se situe au niveau des technologies de l’information et de la communication employées dans les salles de contrôle des opérateurs énergéticiens que ce soit pour les réseaux de transport ou de distribution d’électricité ou pour les agrégateurs d’énergie.

Ces systèmes d’information couvrent en particulier les fonctionnalités logicielles critiques de ces opérateurs, telles que la gestion de la stabilité dynamique des infrastructures de réseau (online stability), l’optimisation de portefeuille de ressources ou la maîtrise de la demande en énergie (demand response), tout comme l’équilibrage des flux intermittents provenant des fermes éoliennes et solaires (renewable desk). Ces nouvelles solutions sont actuellement déployées en Europe et aux Etats-Unis.

Par ailleurs, nos systèmes intègrent de nouvelles générations d’équipements numériques intégrés aux réseaux, tels que les solutions de correction de qualité électrique - FACTS -, ou de nouvelles solutions de postes numériques intelligents.

Enfin, Alstom a construit son propre écosystème de partenaires stratégiques couvrant les domaines adjacents des compteurs intelligents, des équipements de télécommunication, de l’automatisation du bâtiment, de la domotique et du véhicule électrique. Cela lui permet d’offrir aujourd’hui des réseaux intelligents du producteur jusqu’au client final.

Alstom est ainsi l’un des rares acteurs du marché énergétique mondial à offrir une solution d’ensemble intégrant la totalité de la « chaîne de valeur de l’énergie » (production, transport, distribution, consommateur final), qui connecte et optimise effectivement « tous les objets communicants des Smart grids » depuis la centrale de production d’électricité jusqu’au bâtiment intelligent et aux usages résidentiels.

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Vous multipliez les acquisitions et les partenariats en France et à l’étranger (Australie, Inde). Comment percevez-vous l’évolution du marché ? Quelles sont les perspectives d’évolution d’Alstom Grid ?

Grégoire Poux-Guillaume

Le marché de la gestion des réseaux électriques est en pleine évolution. Les raisons de ces mutations diffèrent d’un pays à l’autre. Dans le cadre des pays émergents (BRICs), le marché est particulièrement porté par le déploiement de nouvelles infrastructures de réseaux, notamment en raison d’importants développements industriels qui s’opèrent dans ces pays.

Des plans nationaux de renforcement des infrastructures de transport électrique sont, par ailleurs, mis en place dans de nombreux pays en voie de développement, afin de soutenir les besoins croissants d’électricité. De leur côté, les pays développés sont amenés à perfectionner l’usage de leurs réseaux électriques, notamment du fait de la forte intégration des énergies renouvelables en Europe – avec un objectif de porter à 20 % la part des énergies de sources renouvelables dans la production d’électricité d’ici 2020 – et de la congestion des infrastructures de réseaux aux Etats-Unis.

Ces évolutions nécessitent le déploiement du Groupe sur de nouvelles technologies et l’extension de son portefeuille industriel pour lui permettre de couvrir de nouveaux marchés adjacents. A cet effet, Alstom Grid a réalisé des acquisitions (Psymetrix en février 2011, en Grande-Bretagne, et Uisol en mars 2011, aux Etats-Unis par exemple), a ouvert des centres de recherche (China Technology Center - CTC en Chine en mai 2011) et a mis en place des nouvelles structures de vente dédiées dans certains pays.

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Alstom Grid a récemment passé avec succès le test d’interopérabilité de la CEI pour la standardisation des solutions Smart grids. Quelle est votre stratégie pour rester un acteur-clé dans l’élaboration des normes en matière de Smart grids ?

Grégoire Poux-Guillaume

Le développement de standards communs d’interopérabilité entre les différents équipements électriques est absolument essentiel au déploiement de ce « réseau de réseaux » qu’est le Smart grid. Alstom Grid est un des acteurs des Smart grids très impliqué dans le développement des standards au niveau mondial, en raison de sa présence active dans différents groupes de travail stratégiques. Au niveau de l’initiative européenne ETSI-CEN-CENELEC, Alstom Grid coordonne le Groupe de Travail traitant de la sécurisation des infrastructures IT. Aux Etats-Unis, Alstom Grid est impliqué sur la définition des architectures de référence dans le cadre des initiatives NIST (National Institute of Standards and Technology) et SGIP (Smart Grid Interoperability Panel).

De nombreux progrès ont été réalisés ces derniers mois sur ce sujet, à l’initiative de la Commission européenne. Nous sommes particulièrement attachés aux travaux réalisés dans le cadre du Comité Technique TC 57 de la Commission électrotechnique internationale (CEI), en charge des normes de télécommunication des systèmes électriques, afin de capitaliser sur des standards existant comme l’IEC 61850 (une norme d’automatisation des postes électriques, très fréquemment prise pour référence dans l’élaboration de l’interoperabilité au sein des Smart grids) et CIM (Common Information Model), que nous souhaitons étendre aux nouveaux domaines adjacents des réseaux intelligents. A terme, ces standards permettront d’établir un « langage unifié commun » (UML, Unified Modelling Language), qui apportera une interopérabilité complète entre les différents équipements du réseau intelligent en leur permettant de devenir « plug and play » comme dans d’autres domaines.

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Quelle est la place de l’innovation dans votre stratégie ?

Grégoire Poux-Guillaume

L’innovation est au cœur de la stratégie d’Alstom. Après la dérégulation il y a 20 ans, le marché des infrastructures électriques est en train de vivre une nouvelle révolution notamment dans les domaines des réseaux intelligents, de la Très Haute Tension et des réseaux à Courant Continu (les « Super grids »).

Les postes électriques et salles de conduite doivent évoluer pour devenir plus intelligents pour permettre aux réseaux électriques de s’autoréguler et de s’auto-surveiller, tout en assurant une meilleure optimisation de la chaîne énergétique. Plus largement, les réseaux dits « Super grids », réseaux à très forte capacité permettant une plus grande interconnexion des réseaux nationaux, prennent également une place croissante dans notre stratégie d’innovation. Les Super grids vont de plus en plus associer courant continu et courant alternatif, et notre innovation est très orientée dans ce sens.

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Pourquoi avez-vous choisi de vous investir tout particulièrement dans les grands démonstrateurs de Smart grids comme NiceGrid et IssyGrid ?

Grégoire Poux-Guillaume

En parallèle de l’évolution des infrastructures de réseau de transport d’électricité, nous assistons également à un déploiement sur les réseaux de distribution des technologies de contrôle et de pilotage, historiquement employées sur les réseaux de transport. Les réseaux de distribution intègrent de plus en plus de « ressources énergétiques distribuées » - éoliennes, panneaux photovoltaïques, bâtiments intelligents, véhicules électriques, points de consommation flexibles - devant être coordonnées à l’échelle des éco-quartiers.

Au même moment, nous observons une plus grande inclination des consommateurs finaux à modifier leurs attitudes de consommation et à maîtriser plus précisément leurs dépenses énergétiques au travers de compteurs intelligents et boîtiers énergies divers, voire commencer à produire leur propre énergie grâce à des panneaux solaires photovoltaïques.

Pour ces raisons, la ville représente un terreau idéal pour commencer à déployer concrètement les Smart grids, avec des bénéfices immédiats : économies d’énergies, diminution de l’empreinte carbone, meilleure intégration de la production renouvelable intermittente à la maille de la distribution locale. Le développement des microgrids au niveau local (à l’échelle d’un quartier, d’une ville) passe, actuellement, par des projets de démonstrateurs d’éco-cités, tels que NiceGrid et IssyGrid. La société joint-venture EMBIX, que nous avons créée en février 2011 avec Bouygues, est ainsi spécialisée dans les plateformes de pilotage et services pour les éco-quartiers et éco-cités tels qu’IssyGrid.

Grégoire Poux-Guillaume a rejoint Alstom en janvier 2003 en tant que Vice-Président Stratégie. Il devient Directeur des activités Centrales Hydrauliques en 2004, puis Directeur des activités de Contrôle Environnemental l’année suivante. Il a été nommé Président du Secteur Grid et Vice-Président Exécutif d’Alstom en juillet 2011.

Grégoire Poux-Guillaume a débuté sa carrière en 1993 en entrant chez Total comme ingénieur d’exploration, avant de devenir successivement Superviseur de l’activité exploration offshore puis Directeur de la R&D de l’exploration. En 1999, il a rejoint McKinsey & Company et a travaillé ensuite comme investisseur privé. Il est devenu Senior Managing Director de CVC Capital Partners en 2009 avant de rejoindre Alstom en 2011.

Grégoire Poux-Guillaume est diplômé de l’Ecole Centrale de Paris et de la Harvard Business School.

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