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Interview d'Emmanuel Goy (Amorce) :

Pourquoi faut-il favoriser les réseaux de chaleur dans le cadre de la transition énergétique actuelle ?

Les réseaux de chaleur représentent, par la mutualisation des moyens de production de chaleur, un moyen efficace d’utiliser les énergies renouvelables et de récupération notamment en zones urbaines et périurbaines. La valorisation de ces énergies locales se fait au travers d’unités plus performantes et mieux contrôlées, en termes d’émissions de gaz à effet de serre et de polluants locaux qu’avec les solutions individuelles. Elle est, de plus, source d’activité économique non délocalisable et apporte une meilleure stabilité des prix dans le temps. Cette stabilité est un atout dans la lutte contre la précarité énergétique.

Quelles sont les évolutions techniques et technologiques que connaissent et que connaîtront les réseaux de chaleur ?

L’enjeu en France est de réduire la température moyenne de distribution, pour mieux accueillir les énergies renouvelables, comme le solaire thermique ou la géothermie, et les énergies « fatales », comme la récupération de chaleur sur les eaux usées. Les projets de boucles d’eau tempérées (ou très basse température) pour produire du chaud ou du froid font leur apparition. Le stockage a, également, tendance à se développer, avec des capacités de quelques heures à quelques jours pour optimiser les dimensionnements des unités de production en biomasse notamment. Le stockage intersaisonnier existe déjà au Danemark ou en Allemagne, par exemple pour mieux valoriser le solaire thermique.

Pouvez-vous nous présenter des projets de réseaux de chaleur intelligents ?

Sur l’agglomération de Montpellier, diverses sources d’énergie sont utilisées selon les besoins et potentiels de valorisations locales :

  • chaufferies bois, biogaz de décharge, biogaz de méthaniseur ;
  • trigénération au bois ;
  • géothermie par sonde ;
  • récupération de chaleur sur un centre de traitement de déchet par méthanisation.

Sur le réseau de chaleur de la ville de Paris, un nouveau site utilisant la géothermie va être construit pour fournir à la fois de la chaleur et du froid renouvelables aux nouveaux quartiers d’une zone urbaine en restructuration. D’autres projets sont menés, notamment en biomasse, géothermie, récupération de chaleur des égouts et co-combustion bois-charbon. Comme sur un grand réseau électrique, le réseau de chaleur dispose de son « dispatching » qui assure la continuité du service et l’optimisation de l’équilibre production / consommation à partir de prévisions jusqu’à 3 jours permettant de privilégier les sources d’énergies renouvelables.

À Grenoble, les puissances appelées sur les outils de production de chaleur et sur les pompes à chaleur sont optimisées par un pilotage prenant en compte les prévisions de la demande, la capacité de stockage du réseau et des informations provenant de capteurs de débit et de température sur les sous-stations.

À Balma (Grand Toulouse), le nouveau réseau de chaleur sera alimenté par une centrale de production énergétique affichant 85 % de part d’énergies renouvelables grâce à la combinaison du bois et du solaire. La chaufferie sera équipée d’un stockage journalier pour optimiser les performances technico-économiques de l’installation.

Comment envisagez-vous les synergies des réseaux de chaleur avec les autres réseaux d’énergie de la ville (électricité, gaz, froid) ?

La synergie entre les réseaux d’énergie est le gage d’une démarche optimisée et cohérente avec la politique énergie-climat du territoire. Elle est indispensable pour une bonne optimisation des investissements publics.

Par sa capacité à récupérer les chaleurs fatales, le réseau de chaleur est un composant incontournable d’une Smart city. En très basse température, il est couplé à des pompes à chaleur et a donc naturellement besoin du réseau électrique. Il peut également servir à l’équilibre du réseau électrique par la production (unités de cogénération au bois ou gaz, y compris biogaz) ou la consommation (capacité d’absorption rapide de puissance importante en transformant avec un bon rendement, via des pompes à chaleur, l’électricité en chaleur beaucoup plus facilement stockable). Un réseau basse température peut également avoir recours à des chaudières gaz à condensation voire des pompes à chaleur gaz.

AMORCE travaille sur les outils de planification énergétique territoriaux avec pour objectifs de faire converger les politiques locales de développement des énergies renouvelables et de la maîtrise de l’énergie et les stratégies de développement des réseaux d’énergie, en tenant compte des besoins d’extensions et de renforcements, mais aussi des économies d’investissements réalisées, notamment grâce à la maîtrise de l’énergie.

Comment s’articulent les compétences des collectivités territoriales en termes de réseaux de chaleur ? Quelles différences existe-t-il avec les réseaux électriques et de gaz ?

La distribution d’électricité, de gaz et de chaleur sont des compétences communales. Pour le gaz et l’électricité, la collectivité ne choisit pas l’opérateur qui assure la gestion du réseau et n’a que très peu de marge de manœuvre sur le contrat de concession. Pour la chaleur, elle exerce cette compétence en direct, en régie ou via une délégation de service public, pour laquelle elle a la main sur la rédaction du contrat et peut, donc, fixer des objectifs par exemple de prix, d’efficacité énergétique ou de taux d’énergies renouvelables dans le mix énergétique. On voit ainsi émerger des dispositions où les bénéfices de l’exploitation du réseau de chaleur sont en partie utilisés pour financer des actions de maîtrise de l’énergie sur le territoire.


Emmanuel Goy
10 mars 2014




Emmanuel Goy est Responsable du pôle énergie et réseaux de chaleur d’AMORCE. Il travaille depuis 20 ans sur les politiques énergie-climat locales. Il a contribué au sein d’AMORCE aux travaux du Grenelle de l’environnement et du débat national sur la transition énergétique, notamment dans le groupe dédié à la distribution d’énergie. Il est membre de la commission nationale du label Citergie qui distingue les collectivités pour l’exemplarité de leurs politiques locales en matière d’énergie.



AMORCE fédère au niveau national 550 collectivités et 250 entreprises sur la gestion de l’énergie, les réseaux de chaleur et les déchets.



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