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Point de vue de Bruno Charles, Vice-président du Grand Lyon

Aujourd’hui, le Grand Lyon, comme d’autres collectivités, s’interroge sur son devenir énergétique. Dans ce cadre, les problématiques de réseaux intelligents lui permettront de projeter dans l’avenir son système urbain.

S’il ne semble pas naturel aujourd’hui qu’une collectivité se pose la question de son système énergétique, pour le Grand Lyon, c’est une continuité logique. En effet, le Grand Lyon est une collectivité qui est à l’origine une communauté de moyens. Par la suite, elle est devenue une communauté de projets qui gère les déchets, les transports, l’eau, le développement économique, etc. Aujourd’hui, elle est en train de devenir une communauté de destin puisqu’en absorbant le département, elle devient une métropole.

Petit à petit, comme les autres collectivités, le Grand Lyon s’est doté d’outils de planification et d’organisation de son territoire :

  • le Plan local d’urbanisme et d’habitat (PLUH) qui détermine les droits à construire,
  • le PLUH doit être compatible avec le Schéma de cohérence territoriale (SCoT),
  • le Plan de déplacements urbains (PDU),
  • et le Plan climat énergie territorial (PCET). C’est le PCET qui a servi de cadre à l’émergence de la réflexion sur l’énergie.

Le PCET a été voté à l’unanimité en 2007. Les changements humains, organisationnels, économiques et sociaux que les objectifs contenus dans le PCET impliquent sont considérables et nécessitent de définir une organisation future. Cette réflexion sur l’organisation future n’avait pas pensée en 2007 et reste aujourd’hui difficile à mener.

Alors que les services responsables du PCET étaient convaincus des enjeux considérables de ce document, les autres responsables politiques ne partageaient pas ces enjeux. Un état des lieux initial a dû être réalisé. Un diagnostic climat a été réalisé en collaboration avec air Atmo Rhône-Alpes, l'agence locale de surveillance de la qualité de l'air . Cela a permis de modéliser les émissions de gaz à effet de serre des consommations énergétiques du Grand Lyon. Ce diagnostic a été partagé avec l’ensemble des acteurs du territoire.

Une conférence énergie-climat a ensuite été mise en place pendant un an et demi. Elle a permis de bâtir une vision partagée par tous les acteurs du territoire (plusieurs centaines de propositions ont été évaluées par les bureaux d’études puis confrontées par l’ensemble des partenaires – 104 organisations au total – énergéticiens, laboratoires sur les transports, collectivités, associations). Cette vision, une première en France à l’échelle d’un territoire, est chiffrée en euros et en tonnes de carbone sur une trajectoire de transition énergétique à l’horizon 2020 et 2050, respectant les objectifs des « 3 x 20 » en comptabilité avec le Facteur 4.

Cette vision croise différents enjeux :

  • la précarité énergétique : la définition de la précarité énergétique (quiconque consacre plus de 10 % de ses revenus à ses dépenses d’énergie est en précarité énergétique) comporte beaucoup de défauts. En effet, elle dépend du revenu. Par exemple, il est possible de dépenser plus de 10 % de ses revenus à chauffer son château et de bien vivre avec les revenus restants. Inversement beaucoup de ceux qui ne paient plus leur facture ne sont statistiquement pas considérés comme en précarité énergétique. L’alternative a été de réaliser une étude propre au Grand Lyon en prenant trois critères :
    • la vulnérabilité économique : sont entrés dans le cadre de l’étude les chômeurs, retraités, contrats aidés, étudiants. Les personnes avec de faibles revenus n’ont pas été prises en compte ;
    • la vulnérabilité sociale : ménage de plus de 65 ans et ménage avec trois enfants et plus ;
    • la vulnérabilité énergétique : personne habitant dans un logement construit avant 1975 (logement construit avec les premières réglementations thermiques).
    Selon ces critères très restrictifs, 20 % de la population du Grand Lyon est concernée, ce qui signifie que 20 % de la population du Grand Lyon est en état d’extrême vulnérabilité face à l’augmentation du prix de l’énergie.
  • l’enjeu économique : la conscience de l’impact de l’énergie sur le développement du territoire est beaucoup plus importante dans les milieux économiques que dans les milieux politiques. Les industriels affirment que la transition énergétique est un outil de compétitivité. Pour faire baisser les coûts de production, il faut jouer sur la sobriété énergétique et non sur les coûts salariaux. Ainsi, en fixant un plan énergie climat territorial avec des objectifs ambitieux, le Grand Lyon ouvre la voie à un large champ d’innovations, qui pourrait permettre le maintien de l’industrie du territoire. Le premier exemple de cette dynamique d’innovations est le projet Gaya, premier projet de laboratoire de gazéification à taille industrielle. Il appartient au projet de l’Institut national de développement des écotechnologies et des énergies décarbonées (INDEED) qui doit à terme rassembler 200 chercheurs publics et privés sur la décarbonisation de l’énergie.
  • l’enjeu d’aménagement du territoire : les réseaux sont structurants pour l’avenir du territoire. Désormais, la rédaction d’un document d’urbanisme DOIT tenir compte des réseaux énergétiques. Dans un objectif de sobriété et d’efficacité énergétique, la concurrence entre les différentes énergies qui prévalait jusqu’à lors n’est désormais plus possible : on passe d’une vision de concurrence des réseaux à une vision de complémentarité. Il faut que les énergéticiens travaillent de conserve et avec les collectivités à l’optimisation énergétique du territoire pour atteindre les objectifs des « 3 x 20 ». Le Grand Lyon relance, actuellement, son PLUH. Dans ce cadre, la question de la cartographie des réseaux énergétiques est posée. Le Grand Lyon travaille avec GrDF sur des projets européens, comme Transform, qui vont permettre la modélisation du quartier de la Part-Dieu. Il s’agit d’un quartier « compliqué » qui permettra de mieux connaître la ville du point de vue énergétique.

Les territoires urbains ont besoin d’une vision qui permette de se projeter à l’horizon 2050 en donnant à tous l’accès à l’énergie. Toutes les villes du monde (villes sud-américaines, villes chinoises) se posent les mêmes questions, elles ont les mêmes problèmes : organisation de la ville, accès au logement digne, organisation des transports, accès à l’éducation, accès à la santé, etc. Et pour toutes ces villes, la gestion de ces questions est passée des mains de l’État aux mains des territoires au moment où plus de la moitié de l’humanité vit en ville. Tous les échelons sont importants mais la coordination des échelles est encore plus importante.

Il faut repenser le fait urbain et surtout l’énergie dans le fait urbain. Sur ce sujet, il y a deux visions :

  • celle de Jérémie Rifkin : chacun transforme son véhicule électrique en un lieu de stockage et de production d’énergie. Cette vision est adaptée à l’urbanisme américain du XIXe siècle où la ville était étendue et où les automobiles étaient très nombreuses. Mais en Europe, l’objectif est de reconquérir l’espace urbain sur les automobiles. Alors qu’on a tourné le dos à la Charte d’Athènes (texte sur la planification et la construction des villes qui constitue l’aboutissement du IVe Congrès international d'architecture moderne) avec la spécialisation des quartiers (un quartier où l’on travaille, un autre où l’on habite et le troisième pour les loisirs) et le développement des flux entre quartier , les villes cherchent aujourd’hui à mixer les fonctions urbaines pour éviter de se déplacer et pour limiter le recours à l’automobile. S’il n’y a plus d’automobile en ville, le système qui repose sur le véhicule électrique comme lieu de stockage et de production d’énergie ne peut pas s’appliquer ;
  • celle de l’utilisation du réseau de gaz comme lieu d’équilibrage des réseaux énergétiques. C’est la seule vision dont les pouvoirs urbains disposent aujourd’hui pour projeter leurs territoires à échéance de cinquante ans, voire rêver de villes à énergie positive.

Mais avant de rêver, il ne faut pas oublier que la facture énergétique du Grand Lyon est de cinq milliards d’euros. La seule tenue de nos objectifs de réduction des consommations d’énergie présents dans le plan climat-énergie territorial permettrait de faire des économies d’un milliard d’euros (par comparaison, le produit intérieur brut du Grand Lyon est de 60 milliards d’euros).

En complément des projets précédemment cités avec le tissu industriel lyonnais, le Grand Lyon souhaite, pour atteindre ses objectifs énergétiques, reprendre la compétence d’autorité organisatrice de la distribution d’électricité partagée aujourd'hui entre 3 institutions, 2 syndicats et la ville de Lyon qui avait gardé la compétence sur son territoire.


Bruno Charles
19 février 2013





Bruno Charles est Vice-président du Grand Lyon, en charge de la démarche prospective en matière énergétique et du pilotage et de l’animation des outils du développement durable.



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