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Interview de Laurent Chatelin (Fonds Marguerite) :



L’Union européenne doit trouver des sources de financement alternatives si elle veut remplir les objectifs de 2020 fixés dans les domaines de la sécurité d’approvisionnement et du transport de l’énergie. Le financement corporate étant limité aux contraintes d’endettement des États et des GRT, de nouveaux acteurs apparaissent et interviennent sur le marché. En effet, d’une part, les infrastructures sont maintenant une classe d’actifs bien établie et identifiée, pour laquelle de nombreux acteurs allouent des capacités d’investissement. D’autre part, il y a un fort alignement d’intérêt entre les fonds long terme et les acteurs publics. En outre, les financements de projet et hybride permettent de démultiplier les moyens d’action des corporate. Enfin, le financement des infrastructures passe aujourd’hui par la mise en œuvre de partenariats public/privé.

Les enjeux du financement des réseaux électriques transcontinentaux reposent sur un contexte complexe d’approvisionnement en énergie de l’ensemble des États européens. En effet, en Europe, les centres de production d’électricité et de gaz sont situés loin des centres de consommation. Cette dispersion géographique crée de nouveaux besoins en matière d’infrastructures de transport.


Source : Fonds Marguerite

L’investissement dans les réseaux de transport est nécessaire afin de créer un système d’approvisionnement énergétique européen efficient, fiable et pérenne. La Commission européenne estime ainsi que, d’ici 2020, 1000 milliards d’euros d’investissements seront nécessaires, dont 600 milliards répartis entre le transport (300 milliards), la distribution (240 milliards) et le stockage (60 milliards, notamment pour de grands projets en gaz).

Dans l’hypothèse où les acteurs continueraient à investir à partir de leur bilan comme ils le font traditionnellement, la trajectoire des investissements montre un déficit important à l’horizon 2020. Un montant d’investissement très significatif sera nécessaire pour faire face aux besoins à horizon 2020 et nécessite, dès aujourd’hui, le recours à des formes de financement alternatives.


Source : Fonds Marguerite

Parmi ces sources de financement, on trouve :

  • la source traditionnelle : les gestionnaires de réseaux de transport (GRT) et les États lèvent des financements sur leur bilan. Ils s’endettent pour investir dans les réseaux, et éventuellement, si la dette est trop grande, essaient de vendre une partie de leurs actifs pour récupérer de la capacité d’investissement (fonds propres : augmentation de capital et/ou privatisation, dette : émission obligataire, tarif de rachat d’énergie et cession d’actifs existants) ;
  • de nouvelles sources d’investissement grâce à l’émergence de nouveaux acteurs sur le marché des infrastructures :
    • fonds d’investissement et fonds de pension spécialisés sur le long terme (notamment en Angleterre où un fond de pension a récemment pris des participations dans des fermes offshores et dans les câbles qui relient ces fermes au continent). Les infrastructures étant des actifs qui s’apprécient a minima avec l’inflation, elles sont intéressantes pour un fonds de pension car elles permettent de compenser leur passif constitué par le financement des retraites, qui évoluent en fonction de l’inflation.
    • dans la partie dette senior, de nouveaux moyens d’intervention émergent tels que les « project bonds ». Ce sont des initiatives de la Commission européenne et de la Banque européenne d’investissement (BEI) qui consistent à financer les actifs de long terme que sont les infrastructures avec de la dette relativement longue ;
  • la version hybride : elle mélange les investissements engagés par le GRT à partir de sa dette et ceux des investisseurs privés qui prennent le risque projet. Le GRT peut alors déconsolider ses actifs et réaliser le projet, tout en gardant le contrôle opérationnel et en faisant face à ses obligations auprès du régulateur.

Le financement de la construction de nouvelles infrastructures de transport énergétique a un impact négatif sur les ratios des notes de crédit, sur les distributions par action et sur la perception du profil de risque des opérateurs (contrainte forte sur le rythme des nouveaux investissements et nécessité d’obtenir immédiatement des revenus/dividendes sans attendre la mise en service).

Un certain nombre de nouveaux acteurs s’intéressant aux infrastructures ont émergé ces dernières années :

  • des fonds souverains, notamment au Moyen-Orient (Abu Dhabi Investment Authority) mais pas seulement : la Caisse des Dépôts a également une filiale spécialisée dans les investissements dans les infrastructures ;
  • des fonds spécialisés dans les infrastructures à l’échelle mondiale, créés par de grandes banques d’investissement, et qui ont une vision « private equity » à court terme ;
  • des fonds d’investissement à l’échelle régionale (FSI, Cube) mais aussi des assureurs comme Axa, qui commencent à investir dans les infrastructures « brownfield » (déjà existantes).


Source : Fonds Marguerite

Avant tout investissement dans des infrastructures, les fonds d’investissement prennent en compte trois critères :

  • le risque souverain : en Europe, les États ne présentent pas tous le même risque économique et politique et ont des notations assez différenciées. Les investisseurs dans les infrastructures, en particulier « greenfield » (nouvelles infrastructures) et de long terme, sont sensibles à la notation des États, qui conditionne la qualité des revenus des actifs (régulation et/ou subvention) ;
  • le retour sur actif régulé : l’environnement est assez différencié en Europe, car les régulateurs proposent pour les actifs régulés des retours sur investissement assez différents ;
  • la transparence et la pérennité de l’environnement réglementaire.

Laurent Chatelin
17 mai 2011


Laurent Chatelin est Directeur d’investissement au Fonds Marguerite. Le Fonds Marguerite est un fonds d’investissement spécialisé dans le Greenfield en Europe. Il est la première réalisation d’envergure d’un partenariat public/privé réunissant dans une même structure des investisseurs de long terme publics (CDC, BEI) et privés (fonds de pension, assurance) afin de démultiplier l’argent public. Marguerite dispose aujourd’hui de 710 millions d’euros à investir dans trois secteurs (transport, énergie et énergies renouvelables) et cherche à augmenter la taille du fonds à 1,5 milliard d’euros.


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