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Point de vue de Maria Guidicelli (Collectivité Territoriale de Corse) :

La Collectivité Territoriale de Corse (CTC) dispose en matière de stratégie énergétique de compétences élargies. Celles-ci sont notamment étendue par la loi du 22 janvier 2002 qui dispose que la « CTC élabore et met en œuvre le programme de prospection, d’exploitation et de valorisation des ressources énergétiques locales de Corse, qui porte sur la géothermie, l’énergie solaire, l’énergie éolienne et de la mer, l’énergie tirée de la biomasse, l’énergie tirée de la valorisation des déchets, des réseaux de chaleur, l’énergie hydraulique des ouvrages dont la puissance est inférieure à 8.000 kW et qui comporte également des mesures destinées à favoriser les économies d’énergie, participe à l’élaboration et à la mise en œuvre d’un plan tendant à couvrir les besoins et à diversifier les ressources énergétiques de l’île en concertation avec les établissements publics nationaux. La CTC est préalablement consultée sur tous les projets d’implantation d’un ouvrage de production utilisant les ressources locales énergétiques ».

La crise énergétique de 2005 est, en effet, dans toutes les mémoires, les Corses ayant été plongés dans le noir et le froid pendant plusieurs semaines. Très récemment encore, durant l’hiver 2011, plusieurs villages de Haute Corse ont, également, été privés d’électricité pendant plusieurs jours.

Dès notre accession aux responsabilités en avril 2010, le Président de l’Exécutif de Corse, Monsieur Paul Giacobbi, a souhaité, compte tenu de l’urgence et de l’importance du sujet, qu’un Conseiller Exécutif soit directement en charge de la question énergétique et qu’une Direction déléguée à l’énergie, spécialement constituée soit placée sous son autorité directe.

La Corse est, à l’instar des autres territoires insulaires, une collectivité fragile sur le plan de sa situation énergétique. Un inventaire récent des émissions de gaz à effets de serre a mis en évidence la forte dépendance de notre île vis-à-vis de ses approvisionnements pétroliers extérieurs. Ceux-ci représentent plus de 83 % de la consommation totale d’énergie, un taux très nettement supérieur à la moyenne française.

Cela se traduit par un ratio d’émission de gaz à effets de serre de 8,5 tonnes d’équivalent CO2 par habitant pour la Corse contre 6,5 pour la moyenne française. Ces émissions de gaz à effets de serre étant à 82 % d’origine énergétique (contre 65 % au niveau national), le sujet mérite une attention toute particulière, car il met en évidence la forte dépendance de la Corse vis-à-vis du pétrole et, donc, son extrême fragilité en cas de fluctuation des prix ou des approvisionnements. La Corse a, stratégiquement, plus intérêt que d’autres régions à diminuer sa dépendance au pétrole. C’est pour cela qu’une mutation vers une société de « l’après pétrole » est inéluctable. Nos orientations politiques doivent nous permettre de diminuer progressivement mais de façon résolue cette dépendance aux approvisionnements pétroliers et, à terme, aux combustibles fossiles en général.

Cet objectif ne garantit pas pour autant la sécurité énergétique de la Corse, qui est menacée à court ou moyen terme, compte tenu du retard pris dans la réalisation des outils de production de base.

L’Assemblée de Corse, en parfaite harmonie avec l’État, a fait le choix résolu du gaz naturel, énergie fossile certes, mais dont les réserves sont plus importantes que celles du pétrole, pour assurer la sécurité de notre approvisionnement énergétique dans l’intervalle qui nous amènera progressivement à l’autonomie énergétique.

Que ce soit à partir du projet de gazoduc GALSI (Gazoduc ALgérie – Sardaigne – Italie) ou par la mise en place de barges en mer permettant d’alimenter les centrales thermiques en gaz naturel liquéfié, hypothèse annoncée par le Président d’EDF, lors de sa venue en Corse il y a quelques mois, le gaz alimentera la Corse.

Notre stratégie porte donc, d’une part, sur la sécurisation de notre approvisionnement énergétique, en diminuant notre dépendance aux énergies fossiles et en développant les moyens de production locaux d’énergie, notamment renouvelables, créateurs d’emplois et d’activité économique. D’autre part, elle porte sur l’absolue nécessité de préservation, non seulement du capital environnemental et humain de la Corse mais plus largement de la planète, en luttant contre le réchauffement climatique et les émissions de polluants atmosphériques.

Le Plan énergétique adopté par l’Assemblée de Corse au lendemain de la crise de 2005 et qui vise à assurer la sécurité et la qualité de l’approvisionnement de l’île pour la période 2005/2025 acte la nécessité de disposer d’une production électrique diversifiée, tant géographiquement qu’en termes de sources d’approvisionnement, et de préserver l’environnement exceptionnel de l’île.

Il préconise un « trépied énergétique » qui repose sur :

  1. le renouvellement et le renforcement des moyens de production locaux : renouvellement de la centrale thermique de Lucciana en 2011-2012 et de celle du Vazzio en 2013-2014, ainsi que l’implantation d’une turbine à combustion (TAC) supplémentaire de 40 MW en 2007 ;
  2. une interconnexion renforcée : mise en place d’une liaison sous-marine à courant alternatif (câble « SARCO ») entre la Corse et la Sardaigne, et augmentation progressive de la puissance jusqu’à 100 MW en 2010 ;
  3. le développement des énergies renouvelables : atteindre les 30 % de l’électricité produite en Corse.

Sur ce dernier sujet, la CTC s’est dotée d’un Plan de développement des EnR et de MDE adopté en 2007 qui vise à atteindre en 2015 l’objectif de 30 % d’électricité produite d’origine renouvelable. Sur la période 2007-2013, la mise en œuvre de ce plan repose essentiellement sur des partenariats scellés avec les acteurs clés du secteur de l’énergie (ADEME, Union européenne, EDF). Si l’on tient compte des contributions prévues par la CTC, les partenariats représentent au total, sur la période 2007/2013, plus de 55 millions d’euros susceptibles d’être affectés à la problématique énergétique, contre 12 millions d’euros sur la période 2000/2006.

Dans la perspective d’une ambition plus forte en matière de développement des énergies renouvelables et de la MDE, nous entendons mobiliser les 3 leviers d’actions disponibles :

  1. développer un programme de MDE ambitieux pour l’efficacité énergétique des bâtiments et les énergies renouvelables dites de substitution et lutter contre la précarité énergétique ;
  2. augmenter significativement la part des énergies renouvelables non fatales comme le bois ou l’hydroélectricité ;
  3. poursuivre le développement des énergies renouvelables dites fatales en particulier pour dynamiser la recherche.

Le programme de MDE

Il s’agit d’abord de renforcer l’efficacité des modes de consommation en améliorant la qualité énergétique des bâtiments existants et neufs. À cet effet, nous avons mis en place un véritable « Plan Bâtiment » en procédant notamment par appels à projets. Nous avons accompagné en 2010 et en 2011 plus d’une quarantaine d’opérations de construction ou de rénovation de bâtiments basses consommation et envisageons pour l’an prochain de soutenir la réalisation d’opérations respectant d’ores et déjà la Réglementation Thermique 2020. Dans ce volet « bâtiment », un programme de lutte contre la précarité énergétique est, également, prévu.

Parallèlement, nous intensifions notre soutien aux énergies renouvelables « thermiques » telles que le bois énergie ou le solaire thermique qui constituent des moyens privilégiés de substitution.

  • Pour ce qui concerne le bois énergie, la CTC étudie l’implantation d’une unité de cogénération pour, d’une part, alimenter le réseau de chaleur de la ville de Corté ainsi que ses extensions futures et, d’autre part, injecter de l’électricité sur le réseau. Ce projet constitue indiscutablement un changement d’échelle majeur dans la mesure où la filière d’approvisionnement amont devra être en capacité de passer d’une production de 15 000 tonnes de bois par an à 35 000 tonnes. Par ailleurs, nous lancerons dans quelques jours un appel à projets pour soutenir la création de petites chaufferies bois (environ 25 sur 3 ans) en milieu rural pour la production de chaleur et d’électricité.
  • Le solaire thermique est une filière bien développée en Corse, grâce à l’action conjointe de la CTC et de ses partenaires (ADEME, EDF). À ce jour, on compte plus de 100 m2 de capteur pour 1.000 habitants, ce qui est le chiffre le plus important en France métropolitaine. Nonobstant ces bons résultats, ce secteur bénéficie d’un potentiel de développement important qui se trouve aujourd’hui entravé par les coûts des installations induisant des durées d’amortissement trop élevées. C’est pourquoi, il convient de mettre en place un nouveau dispositif de financement des chauffe-eau solaires qui pourrait combiner, d’une part, un engagement des professionnels vers une réduction des prix et, d’autre part, une augmentation des soutiens financiers de la CTC, d’EDF via un chèque énergie et un système de préfinancement.

Si ces actions permettent d’économiser des kilowattheures et des tonnes de CO2, elles permettent en outre des économies en euros, pour ne pas dire en centaines de milliers d’euros. Il nous faut donc, sans plus tarder ouvrir ensemble une vraie réflexion sur ce sujet. Cet effort conjoint devrait nous permettre d’augmenter très sensiblement et à court terme le nombre d’installations mises en œuvre chaque année avec un véritable effet sur la maîtrise de la croissance de la demande d’électricité.

L’ambition de développer encore les énergies renouvelables de production d’électricité non fatales notamment l’hydroélectricité

La Corse dispose déjà de 7 centrales hydroélectriques (Castirla d’une puissance de 28,5 MW, Corscia de 13 MW, Sovenzia de 15,3 MW, Sampolo de 43 MW, Tolla de 15,6 MW, Ocana de 15,1 MW et Pont de la Vanna de 8,6 MW) pour une puissance totale de 139 MW et un productible de 450 GWh soit 22 % de la production d’électricité de l’île. La mise en service, programmée fin 2012, du barrage du Rizzanese d’une puissance de 55 MW portera à 8 le nombre des grands barrages.

Concernant les Petites Centrales Hydroélectriques (PCH) : 17 sont en fonctionnement pour une puissance totale de 28 MW et un productible de 76,2 GWh.

Dans l’hypothèse d’une croissance de la consommation proportionnelle aux dernières années et une pluviométrie constante, la part de l’hydroélectricité dans le mix énergétique pourrait, donc, être prochainement portée à 25 % à horizon 2013.

Les énergies renouvelables de production d’électricité comme l’éolien et le solaire

Ces énergies sont aujourd’hui considérées comme fatales. Leur développement se trouve aujourd’hui limité par le seuil des 30 %.

Loin d’être un handicap, la perspective d’atteindre prochainement cette limite représente une véritable opportunité pour catalyser de nombreux sujets de recherche et d’innovation sur le stockage de l’électricité, le lissage de la production, ou les réseaux intelligents. À ce titre, on peut souligner les travaux menés par l’Université de Corse sous l’égide du pôle de compétitivité CAPENERGIES dans le domaine du stockage de l’énergie.

Les programmes de recherche MYRTE sur la pile à hydrogène et PAGLIA ORBA pour les autres formes de stockage sont, en ce moment même, en plein développement.

Des opérateurs privés investissent, également, dans des démonstrateurs industriels dans des domaines que la CTC souhaite encourager. À cet effet, lors du troisième débat sur les champs photovoltaïques de novembre 2010, l’Assemblée de Corse avait acté, par délibération, la « rédaction d’un rapport proposant un cadre de référence applicable aux projets solaires thermodynamiques ». Ce cadre de référence a permis de délivrer un avis favorable à un premier projet en Corse. Nous avions alors, fort logiquement, exigé un engagement de l’opérateur vis-à-vis du caractère non fatal de la production. Cette centrale sera donc dotée, si elle voit le jour, d’un système de stockage performant permettant de « lisser » la production injectée sur le réseau.

Dans le même esprit, l’Assemblée de Corse avait, également, accordé un avis favorable à un projet de centrale photovoltaïque avec stockage situé sur une commune de Haute Corse. Le système de stockage prévu s’appuie sur des batteries lithium-ion, fournies par SAFT.

Loin d’être éparpillées, toutes ces initiatives convergent vers un seul et même objectif : augmenter résolument, mais de manière pragmatique, la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique.

Dans le domaine des réseaux dits intelligents, la CTC est engagée aux côtés d’EDF dans le projet MILLENER, –qui a pour objectif de répondre aux spécificités des réseaux électriques insulaires de Corse et des Départements d’Outre-Mer (DOM) dans la continuité et en relais des actions de développement des EnR, et de MDE menées avec succès depuis plusieurs années. En Corse, le développement des Smart grids est fondamental si l’on veut, d’une part, augmenter la part des énergies renouvelables intermittentes tout en maintenant la sécurité du système et, d’autre part, mieux gérer les pointes de demande électrique.

S’agissant d’un projet d’une importance capitale pour la Corse, notre participation ne se limitera pas à une aide financière. La Direction déléguée à l’énergie et le volet Corse du Pôle de Compétitivité CAPENERGIES, présidé par Monsieur Jean Zucarelli, seront étroitement associés au pilotage du projet.

En Corse, 7 partenaires – BPLG, DELTA-DORE, EDELIA, EDF, TENESOL, SCHNEIDER, SAFT – constitués en consortium ont conçu un projet pour développer les méthodes et outils :

  • de lissage des pics de puissance et de gestion de la demande en énergie (dispositifs de type « Energie box » installés dans l’habitat) ;
  • de les gérer de façon agrégée ;
  • d’une meilleure intégration des EnR intermittentes grâce à des systèmes photovoltaïques associés à du stockage intelligent par batteries.

L’énergie sera le facteur clé du maintien de la stabilité économique et de la cohésion sociale dans les années à venir, en particulier et à fortiori pour une région insulaire. Nous disposons pour cela de nombreux atouts pour y parvenir mais nous allons avoir besoin du concours de tous.

J’aurai, le 28 octobre prochain, l’occasion d’exposer, à l’Assemblée de Corse, ma feuille de route pour l’énergie, l’air et le climat qui reprendra ces engagements pour la MDE et les EnR. La CTC est pleinement engagée en matière de lutte contre le réchauffement climatique et pour la qualité de l’air.

Étant, également, en charge de la rédaction du futur Plan de Développement DUrable de la Corse, notre stratégie énergétique pour la MDE et les EnR y trouvera une place centrale et structurante en complément du gaz naturel. Ce PADDUC qui constituera le référentiel cadre pour plusieurs années, pour ce qui concerne le développement de la Corse, sera opposable aux tiers et aura force de loi. À cet égard, il ne s’agit pas seulement d’un instrument à l’usage unique et exclusif de la CTC dans sa dimension institutionnelle, mais bien d’un outil à l’usage de tous.


Maria Guidicelli
11 octobre 2011





Maria Guidicelli est Conseillère exécutive en charge de l’énergie à la Collectivité territoriale de Corse.



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