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Introduction

Si le déploiement des nouvelles technologies de l’information et de la communication au sein des réseaux électriques permet de moderniser ces réseaux pour gagner en efficacité, il est également un moyen privilégié d’atteindre les objectifs de réductions des émissions de CO2.


Pour atteindre ces objectifs, le système électrique dans son ensemble doit gagner en flexibilité :

  • au niveau de la production, les réseaux intelligents permettront d’accueillir plus largement la production d’origine renouvelable en compensant son intermittence grâce au développement des moyens de stockage et de la maîtrise de la demande ;
  • au niveau de la consommation d’électricité, les réseaux intelligents devront permettre une meilleure maîtrise de la demande afin de ne pas aggraver la pointe de consommation et participer à la compensation de l’intermittence des moyens de production renouvelable. Cela sera possible grâce au développement de la maîtrise de la demande, comme par exemple le pilotage à distance d’équipements ménagers, et de nouveaux usages associés au progrès de la domotique et au développement des véhicules électriques ;
  • les réseaux électriques devront assurer l’interface entre une production et une consommation d’électricité de plus en plus flexibles. L’introduction des nouvelles technologies de l’information et de la communication permettra de passer d’une gestion centralisée et unidirectionnelle de l’énergie allant de la production à la consommation à une gestion répartie et bidirectionnelle de l’énergie, de la production à la consommation et inversement. Les conditions d’exploitation des réseaux en seront améliorées, de par le caractère auto-cicatrisant et résilient de ceux-ci, avec une réduction des coûts d’exploitation liés à une diminution des pertes non techniques et des bénéfices induits par une plus grande stabilité dans la qualité d’alimentation et de service ;
  • les réseaux intelligents faciliteront également le développement de nouveaux usages, tels que le véhicule électrique ou la maison intelligente ;
  • enfin, au niveau de la fourniture d’électricité, le comptage évolué, première pierre des réseaux intelligents, renforcera la concurrence du fait d’une meilleure connaissance de l’énergie consommée et le développement d’offres tarifaires variées.

A terme, tous ces éléments combinés réduiront soit les émissions de CO2 directement (par des gains d’efficacité), soit indirectement (par l’intégration d’énergies renouvelables et le développement de nouveaux usages).

En dépit des bénéfices potentiels qu’ils offrent, les réseaux intelligents sont porteurs de risques à la fois pour les gestionnaires de réseaux et les industriels en quête de nouveaux marchés créés par l’émergence des réseaux intelligents :

  • certains facteurs d’incertitude sont de nature technologique. Le succès des réseaux intelligents repose en partie sur la capacité des réseaux à intégrer efficacement les technologies de l’information et de la télécommunication ;
  • les bénéfices liés aux nouveaux usages seront largement dépendants de variables telles que les prix futurs des énergies fossiles ou du CO2 dont l’évolution est largement indéterminée ;
  • la rapidité d’adoption par les consommateurs de pratiques d’effacement et leur disposition à payer des biens d’équipement énergétiquement performants sont inconnues ;
  • enfin, les montants d’investissements initiaux sont importants, ce qui conduit à s’interroger sur les modes de financement des projets.

Dans cette situation de risques, et alors que l’essentiel des projets en matière de réseaux intelligents en est encore au stade de la R&D ou du démonstrateur, il est encore trop tôt pour identifier le modèle économique des réseaux électriques intelligents. Traduite de l’anglais business models, la notion de modèles économiques recouvre à la fois une dimension macroéconomique (top-down), dans laquelle la puissance publique met en place un cadre propice au développement des réseaux intelligents, et une dimension microéconomique (bottum-up), où les entreprises créent des modèles d’affaires propres à leurs activités.
Ainsi, après avoir identifié les incertitudes auxquelles font face les industriels du secteur énergétique et des télécommunications, il est intéressant, dans une démarche prospective et exploratoire, de chercher à définir le cadre politique et de régulation propice à l’émergence d’un modèle économique des réseaux intelligents, puisque c’est un des paramètres clés qui conditionne l’évolution des réseaux électriques vers davantage d’intelligence et d’efficacité.


Source : ADEME



Ce dossier a été rédigé en collaboration avec le CGEMP de l’Université Paris-Dauphine.



Comment vont s’imbriquer les secteurs de l’énergie et celui des technologies de l’information et des télécommunications ?

Une chaîne de valeur est un ensemble d'activités interdépendantes dont la mise en œuvre permet de créer de la valeur identifiable et, si possible, mesurable. Elle intègre donc toutes les étapes, de l'approvisionnement en matières premières à la consommation finale. Son efficacité repose essentiellement sur la coordination des différents acteurs impliqués et leur capacité à former un réseau cohérent et collaboratif. Les technologies de l'information favorisent un échange de données propice à une organisation efficiente de l'ensemble de la chaîne (Michael Porter, L’avantage concurrentiel, 1986).

Dans le cas de l’électricité, la chaîne de valeur traditionnelle supposait une progression linéaire de la production à la consommation d’électricité. Le développement des réseaux électriques intelligents implique l’intégration sur la chaîne de valeur des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), ainsi que le développement de nouveaux usages.


Source : EDF R&D, Smart grid colloque X, octobre 2010

Ces nouveaux usages et les NTIC ont profondément fait évoluer la chaîne de valeur du secteur électrique dans le sens où, d’une part, ils modifient les métiers et les activités des acteurs traditionnels et, d’autre part, font intervenir des acteurs qui traditionnellement ne travaillaient pas dans le domaine de l’énergie. Ils font donc apparaître de nouveaux acteurs et de nouvelles activités et placent l’utilisateur final au centre du système électrique. Ils impliquent des interactions bien plus fortes et une communication beaucoup plus avancée entre les différents acteurs.


Source : CRE

Les acteurs traditionnels (producteurs, gestionnaires de réseaux, fournisseurs et équipementiers) risquent de voir leur rôle, leur métier et leurs activités profondément modifiés par l’apparition de nombreuses évolutions (systèmes de comptage évolués, stockage et nouveaux usages (véhicule électrique notamment)). Alors que les producteurs et gestionnaires de réseaux considèrent ces évolutions comme une possible optimisation de leur métier, les fournisseurs d’électricité et les équipementiers y voient plus un relais de croissance.

Par ailleurs, des acteurs issus d’autres domaines pénètrent la chaîne de valeur : il s’agit principalement des acteurs du monde des télécommunications (Microsoft, Cisco, IBM, Atos ou encore Google).

Enfin, de nouveaux acteurs (agrégateurs, gestionnaires d’effacement, fournisseurs de services en aval du compteur, gestionnaire de charge du véhicule électrique etc.), de nouveaux services (effacement, gestion de la demande) et de nouvelles technologies (interfaces évoluées de soutien à la décision, applications à destination des utilisateurs - compteurs, afficheurs, gestionnaire d’énergie) apparaissent.

Dans la nouvelle chaîne de valeur, l’utilisateur final va prendre une importance considérable, puisque l’équilibre du système électrique sera désormais géré par le contrôle de la consommation (demand side management et demand response) alors que jusqu’ici l’équilibre du système reposait sur le contrôle de la production. En effet, l’intégration des énergies de sources renouvelables et intermittentes rend la production d’électricité moins facilement contrôlable. L’utilisateur final aura un rôle actif dans le système énergétique et va devenir le centre d’attention des autres acteurs de la chaîne de valeur.

En outre, la chaîne de valeur des réseaux intelligents est intégratrice car elle oblige l’ensemble des acteurs à se coordonner et à développer des partenariats puisque désormais les activités des uns dépendent de celles des autres et inversement. Par exemple, le gestionnaire du réseau de distribution est fortement impacté par l’intégration de la production d’EnR, intermittentes et décentralisées. Elles introduisent des fluctuations de puissance sur le réseau, qui rendent plus difficile la gestion de la qualité de l’onde de tension. Inversement, le consommateur-producteur a besoin de tout le travail effectué par le gestionnaire de réseau en termes de renforcement et de raccordement pour pouvoir injecter l’électricité qu’il produit.

Le développement des réseaux intelligents constitue un enjeu économique majeur pour l’ensemble de la chaîne de valeur de l'électricité. De nouvelles opportunités de création de valeur ajoutée vont apparaître, que ce soit en amont sur les réseaux publics d’électricité (optimisation des réseaux, etc.), et en aval du compteur sur les réseaux privés (Smart home). Tous les acteurs, tant les acteurs traditionnels que les nouveaux acteurs apparaissant sur la chaîne de valeur, vont chercher à se positionner sur le sujet, et à développer de nouvelles activités pour capter cette valeur ajoutée.

Deux questions restent en suspens : comment répartir les coûts pour réaliser les investissements en faveur des nouveaux réseaux et quel sera le degré d’acceptabilité sociale ?

Comment construire un modèle d’affaires ?

Le modèle d’affaires d’une société présente la répartition de l’activité et, notamment, l'origine de ses revenus afin de dégager de la rentabilité. Aussi, permettre aux acteurs de concevoir leur modèle d’affaires suppose de rassembler des éléments de base :

  • une identification des parties prenantes et une compréhension de leur intérêt/risque relativement aux réseaux électriques intelligents ;
  • un calcul coût-bénéfice sur un périmètre cohérent. Par exemple, les conclusions de l’analyse coût-bénéfice des compteurs intelligents sont différentes selon que l’on procède au calcul au périmètre du distributeur ou au périmètre de la chaîne de valeur (depuis les producteurs jusqu’aux consommateurs finals) ;
  • une fois le périmètre défini, une identification des postes de coûts et des sources de gains au long de la nouvelle chaîne de valeur ;
  • une estimation des montants financiers associés aux postes de gains et de coûts identifiés au préalable ;
  • une identification de sources de financement potentielles.

La construction des modèles d’affaires, un long processus

Au préalable, il faut distinguer le cas des gestionnaires de réseaux (dont le modèle d’affaires est fortement conditionné par la régulation) de celui des autres industriels dont les modèles d’affaires se greffent autour de l’émergence des réseaux intelligents. Pour ces derniers, il faut que les technologies des réseaux électriques intelligents s’intègrent naturellement dans l'écosystème technologique des consommateurs finals.

Différentes études ont porté sur ce thème et donnent des pistes de réflexion quant à l’élaboration des modèles d’affaires des entreprises impactées par l’évolution des réseaux électriques.

L’Electric Power Research Institute (EPRI) décrit un processus en cinq étapes pour opérer la transition d’une innovation technique vers la création d’une activité rentable. Les trois premières étapes sont exclusivement techniques. Il s’agit :

  • de définir le périmètre de la recherche à conduire et les objectifs qui y sont associés ;
  • d’identifier les technologies afférentes et les fonctions à déployer ;
  • et de mettre en œuvre un programme de R&D sur cette base.

Les étapes qui suivent doivent permettre de construire un modèle d’affaires :

  • en traduisant monétairement les bénéfices du projet et en identifiant les catégories de bénéficiaires ;
  • au-delà de l’évaluation des bénéfices du pilote, il convient ensuite, en tenant compte de la « transférabilité » des résultats obtenus, d’évaluer le potentiel de diffusion de la solution testée, afin de déterminer ses bénéfices consolidés.

Le World Economic Forum & Accenture présentent trois modèles qui se succèdent dans le temps :

  • un « modèle technique » qui doit vérifier la robustesse et l’interopérabilité des choix faits dans ce domaine ;
  • un « modèle organisationnel » qui définit l’insertion de la solution technique élaborée au sein de l’organisation sur la base d’analyses coûts-bénéfices des différentes options possibles (en termes d’échelle de déploiement, de ressources humaines requises, de délocalisation, etc.) ;
  • cette étape étant consolidée, des modèles économiques peuvent être testés, les options différant selon que l’innovation porte sur l’architecture du réseau ou sur les services au consommateur (Smart home, véhicule électrique, micro-génération, etc.).
De la focalisation sur la technologie au modèle économique


Source : World Economic Forum-Accenture

Le « European Distribued Energy Partnership » propose également une méthodologie reposant sur cinq étapes :

  • description de l’idée commerciale: type de partenaires impliqués, nature des relations entre ces partenaires, sources de création de valeur, etc. ;
  • test de l’idée au sein d’un marché européen à partir d’un échantillon de consommateurs et d’un portefeuille de technologies pour évaluer la réponse de la demande et le potentiel de création de valeur ;
  • analyse de la sensibilité du modèle d’affaires à certains paramètres clés de la profitabilité ;
  • extension à cinq marchés européens pour étudier la sensibilité du modèle aux déterminants locaux (notamment de nature réglementaire) ;
  • projections à long terme sur les perspectives de chaque modèle selon que seront privilégiés les grands objectifs suivants : développement de marchés concurrentiels, réduction des émissions de CO2 ou bien amélioration de la sécurité d’approvisionnement.

Il ressort de ces études que la première étape pour les industriels est de vérifier la maturité des technologies utilisées et l’état d’avancement de la normalisation. Une fois les technologies définies, il est nécessaire de lancer des expérimentations les utilisant afin de valider les hypothèses retenues et de déterminer les freins, obstacles ou paramètres non anticipés. Ces expériences permettent aux entreprises de tirer des enseignements pour l’élaboration d’un modèle d’affaires rentable et efficace. Les industriels bénéficient également d’un retour d’expérience sur les réactions des consommateurs et leur acceptation de ces nouvelles technologies et pratiques.

De la nécessité des partenariats

Compte tenu de l’intégration de nouveaux moyens de production tels que les EnR à tous les niveaux de la chaîne de valeur, le business-as-usual n’est plus possible. Les énergéticiens devant intégrer les NTIC, les partenariats sont un moyen privilégié pour mutualiser les risques, les coûts et les savoir-faire. D’ailleurs, la plupart des grands projets de réseaux intelligents se développent par le biais de consortiums (par exemple, le projet Linky d’ERDF fait parti d’un consortium conduit par Atos et constitué des sociétés Itron, Landis et Gyr et Iskraemeco).

Nouvelle manière de travailler entre des acteurs qui ont peu l’habitude de travailler ensemble et qui évoluent dans des temporalités différentes, les projets de réseaux intelligents sont porteurs de forts enjeux. En effet, les énergéticiens sont dans le long terme (les compteurs ont une durée de vie d’une quarantaine d’années), alors que les NTIC ont une durée de vie beaucoup plus courte, de l’ordre de quelques années et sont très vite dépassées par de nouvelles technologies bien plus performantes.

Ces partenariats soulèvent également la question de la répartition des investissements et des risques. Les entreprises refusant de les supporter à elles-seules (l’incertitude étant trop importante), les consortiums sont un moyen de bénéficier des avancées technologiques tout en répartissant les risques financiers.

Pour en savoir plus :

E-Cube - Les modèles d’affaires « agrégateur d’effacement diffus » : Quelle soutenabilité en France ?

Quelle est la place du consommateur dans l’élaboration des modèles d’affaires ?

L’enjeu des réseaux électriques intelligents est de faire du consommateur final un acteur essentiel de l’optimisation du système, en l’incitant à devenir actif. Les consommateurs deviennent alors des acteurs à part entière de la nouvelle chaîne de valeur des réseaux intelligents. En effet, ils ont vocation à devenir de véritables acteurs dont la rapidité d’appropriation des nouveaux services et usages est essentielle pour le succès du déploiement des réseaux intelligents.

Pour l’heure, cependant, la perception des enjeux et opportunités liés aux réseaux intelligents par les consommateurs reste assez confuse. Il ressort des études disponibles que :

  • les consommateurs ont une appréhension souvent positive de l’intérêt des réseaux intelligents dès lors qu’ils sont bien informés, mais la majorité d’entre eux ne connaissent pas (ou mal) ces réseaux intelligents et sont donc assez rétifs ou indéterminés. En effet, les réseaux intelligents suscitent une certaine méfiance de la part des consommateurs. Certaines expérimentations ont d’ailleurs déjà été suspendues en raison des réticences des consommateurs finals et de résultats peu concluants. Certaines inquiétudes, telles que les préoccupations de sécurité et de confidentialité des données, représentent également un frein à l’adoption de nouveaux usages ;
  • ils pensent être correctement informés sur les manières d’agir sur leur consommation d’énergie. Or, dans les faits, ils sont moins d’un tiers à avoir connaissance de ces moyens ;



Source : Understanding end-consumer observatory on electricity management 2010, Accenture

  • le comportement des consommateurs, dans les projets pilotes, est positivement corrélé aux gains monétaires, mais également à l’intérêt de concourir à un effort collectif (comme dans un éco-quartier, par exemple) ;



Source : Understanding end-consumer observatory on electricity management 2010, Accenture

  • l’accès en temps réel aux informations sur la consommation électrique produit un effet de réduction des consommations généralement compris entre 5% et 15 %, mais dont la persistance dans le temps est incertaine (effet dit rebond ou report, c’est-à-dire que les économies d’énergie initialement prévues par l’utilisation d’une nouvelle technologie sont partiellement ou complètement compensées suite à une adaptation du comportement de la société).

Donner une place active aux consommateurs dans la définition des futurs modèles économiques des réseaux intelligents supposera de franchir plusieurs étapes initiales dont le caractère est crucial :

  • apporter une meilleure information sur la nature des réseaux intelligents et l’effet de levier offert aux consommateurs dès lors qu’ils ont accès à une information plus riche qu’actuellement ;
  • garantir les conditions de conservation et de partage des informations relatives aux usages et qui sont perçues comme très sensibles par les consommateurs ;
  • donner un accès aux informations via des interfaces multiples (Smartphones, ordinateurs, etc.) de façon à permettre une réactivité et à banaliser l’usage des services adossés aux réseaux intelligents.

Un exemple : quel modèle d’affaires pour les véhicules électriques ?

Les véhicules électriques, dont le développement est fortement associé à celui des réseaux intelligents, constituent une bonne illustration des difficultés rencontrées par les industriels pour construire leurs modèles économiques. Le véhicule électrique soulève de nombreuses questions puisque, à horizon 2020, il représenterait 2% du parc mondial de véhicules, soit 20 millions.



Source : AIE

Le modèle économique actuel du secteur automobile repose sur le fait que les consommateurs changent fréquemment de véhicule ou en achètent de nouveaux. Or aujourd’hui, ce modèle est remis en cause. D’une part, le marché européen de l’automobile est mature, voire saturé (il décroît depuis 2008). D’autre part, en période de crise économique, les consommateurs ne sont pas enclins à changer d’automobile ou à en acheter de nouvelles. Enfin, les clients sont de plus en plus sensibles à l’impact environnemental du secteur.
Grâce à la maturité de la technologie Lithium-ion, le véhicule électrique apparait comme une solution aux difficultés auxquelles le secteur fait face. En effet, le véhicule électrique crée une rupture dans l’offre de produits automobiles. Cependant, le degré de maturité de la technologie et du marché ne permettent pas encore de profiter d’économie d’échelle, et le coût de la batterie peut représenter jusqu’à 50 % du coût total d’un véhicule électrique ! Ainsi, le coût de la batterie pourrait bien être un frein à leur développement. En conséquence, les constructeurs et équipementiers automobiles cherchent des solutions pour compenser le coût de la batterie, et donc des véhicules électriques.

Le véhicule électrique, un fournisseur de services intelligents

Une première solution pour valoriser la batterie consisterait à penser la voiture électrique non plus comme un simple véhicule, mais comme un fournisseur de services qui serait partie intégrante des réseaux électriques intelligents. Les automobilistes seraient ainsi rémunérés pour les services qu’ils offriraient grâce à leur batterie. Ces services sont dits Vehicle-to-grid (V2G) et Vehicle-to-home (V2H).

Les services V2G consisteraient à utiliser la capacité de stockage des batteries des véhicules électriques de sorte qu’elles fourniraient des services aux réseaux électriques. Par exemple, elles pourraient soulager les réseaux en période de pointe nationale ou pointe locale de consommation en participant à l’effacement diffus. Elles pourraient également fournir des services système et ainsi contribuer à maintenir une tension et fréquence stables sur les réseaux électriques. Enfin, il pourrait être envisagé qu’elles compensent l’intermittence des énergies renouvelables en stockant le surplus d’énergie produit en période de vent et d’ensoleillement forts, et en réinjectant cet excès d’énergie dans les réseaux en fonction des besoins. Les propriétaires des véhicules électriques seraient rémunérés pour ces services rendus aux réseaux électriques. Néanmoins, l’insertion de ces nouveaux services dans le cadre actuel de régulation du marché électrique reste à définir.

Les services V2H consisteraient quant à eux à utiliser la capacité de stockage des batteries pour moduler la consommation électrique domestique. Par exemple, connecter une batterie rechargée en période creuse permettrait d’alimenter la maison lors des pics de consommation.

Une seconde vie pour les batteries des véhicules électriques

Une solution complémentaire pour valoriser les batteries consisterait à les utiliser à poste fixe, au-delà de leur durée d’utilisation dans les véhicules électriques. Cette solution présenterait l’avantage de résoudre une autre contrainte d’ordre technique et écologique : les batteries Lithium-ion ont une durée de vie très longue, mais leurs performances sont lentement décroissantes pour finir par s’effondrer brutalement. Au-delà d’un certain seuil d’usure de la batterie (environ 70 % de sa durée de vie), la capacité de stockage des batteries devient insuffisante pour assurer un service de mobilité satisfaisant. Cependant, elle peut encore servir à d’autres usages et plusieurs centaines ou milliers de cycles de recharge peuvent encore être effectués jusqu’à l’effondrement de la capacité.

Les constructeurs et équipementiers automobiles cherchent donc à valoriser les batteries en leur donnant une seconde vie. Ainsi, des réflexions sur les usages des batteries lors de cette seconde vie sont menées dans le cadre du 14ème point du Plan national pour le développement des véhicules électriques (Plan Borloo d’octobre 2009). Plusieurs pistes pourraient être envisagées : les batteries pourraient être associées aux alimentations de secours, utilisées par exemple par les hôpitaux pour faire face à d’éventuelles coupures du secteur, ou aux EnR pour compenser leur intermittence.

Les obstacles au déploiement des véhicules électriques

La mise en œuvre de telles solutions de valorisation des batteries soulève de nombreuses questions dont les réponses conditionnent le déploiement massif des véhicules électriques et le fonctionnement des réseaux intelligents. Tout d’abord, les automobilistes deviendront-ils des « consom’acteurs » ? En d’autres termes, accepteront-ils de proposer les nouveaux services intégrés aux batteries des véhicules électriques ? En effet, pour des raisons psychologiques et économiques, les consommateurs pourraient ne pas être réceptifs à l’intérêt que représenteraient ces nouveaux services.

La réponse à la question de l’implication des consommateurs dépend en partie de la façon dont seront valorisés ces nouveaux services. Plusieurs éléments devront être pris en compte, parmi lesquels :

  • les coûts supportés par les propriétaires de véhicules électriques, tels que le coût des pertes de « cyclage » (perte d’énergie due à l’échauffement de la batterie lors de sa recharge et sa décharge)), et le coût de la non-disponibilité du véhicule pendant la fourniture des services qui génère une diminution de bien-être ;
  • les gains et les coûts pour les réseaux électriques.

Enfin, des incertitudes demeurent sur l’évolution des métiers des acteurs. En effet, en tant que composante potentielle des réseaux intelligents, les véhicules électriques sont à l’interface du secteur de l’automobile et de celui de l’énergie. Cette situation pourrait être à l’origine de partenariats entre les acteurs du secteur automobile et des acteurs de l’énergie. Afin de d’organiser la fourniture de ces services, de nouveaux métiers pourraient également apparaître. Par ailleurs, plusieurs acteurs pourraient légitimement proposer un même service. Le cas de l’effacement diffus est illustratif. Ce service pourrait aussi bien être proposé par l’opérateur de mobilité, en charge de faciliter l’usage des véhicules électriques, le fabricant de bornes de recharge ou même le fournisseur d’électricité. L’équilibre des forces qui se dessinera entre l’ensemble des acteurs conditionnera le partage de la valeur générée par les véhicules électriques et les réseaux intelligents.

Dans quelle mesure les politiques accompagnent-elles l’émergence d’un modèle économique des réseaux intelligents ?

La Commission européenne s’est fixé un triple objectif pour 2020, dits objectifs « trois fois vingt » :

  • améliorer de 20 % son efficacité énergétique ;
  • réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) ;
  • intégrer dans sa consommation énergétique finale une part égale à 20 % d’énergies de sources renouvelables.

Pour atteindre ces objectifs, la priorité est accordée au développement des réseaux intelligents. En effet, les réseaux électriques actuels ne permettent pas d’atteindre les objectifs définis dans le paquet climat-énergie. Une véritable « décarbonisation » demandera une modernisation des réseaux électriques et une amélioration de ses performances, ainsi qu’une nouvelle génération de micro et macro-technologies.

Le besoin de nouvelles technologies et le manque de financements européens dans ces domaines ont donné naissance au plan stratégique pour les technologies énergétiques (Plan SET) présenté par la Commission européenne en novembre 2007. Cette initiative établit le programme de recherche et d’innovation en matière d’énergie en Europe, afin d’accélérer les progrès en matière de technologies à faibles émissions de dioxyde de carbone. Elle vise à rattraper le retard de l’Europe sur le plan du financement de la recherche énergétique publique comme privée. Ce plan, fondé sur une stratégie et des actions communes aux États Membres, doit permettre d’atteindre les objectifs européens fixés à l’horizon 2020 et 2050. Il comporte des mesures sur la planification, la mise en œuvre, les ressources et la coopération internationale en matière de technologies énergétiques. Ce plan comporte deux volets principaux :

  • à court terme, il prévoit de renforcer la recherche pour rendre les technologies existantes plus performantes et de favoriser la commercialisation de ces technologies. Les actions porteront notamment sur les biocarburants, la capture, le transport et le stockage du carbone, l’intégration des énergies renouvelables dans les réseaux électriques et l’efficacité énergétique en matière de construction, de transport et d’industrie ;
  • à plus long terme, il soutiendra le développement d’une nouvelle génération de technologies à faible intensité carbonique. Les actions porteront notamment sur la compétitivité des nouvelles technologies en matière d’énergies renouvelables, le stockage de l’énergie ainsi que le développement des réseaux transeuropéens de l’énergie. Le plant SET souligne non seulement la nécessité d’un financement supplémentaire de la Commission européenne pour l’industrie dans son ensemble, mais formule également une proposition visant à lancer plusieurs initiatives industrielles européennes. Ces initiatives doivent s’orienter sur l’industrie et promouvoir l’innovation en matière de recherche et de technologie.

Par ailleurs, un groupe de travail européen sur les réseaux intelligents, Task Force for Smart grids, a été créé dans le but de faciliter et soutenir le processus de déploiement des réseaux intelligents à l’échelle européenne. Il participe à la mise en place d’un cadre réglementaire pour favoriser le processus de déploiement des réseaux intelligents à l’échelon de l’Union européenne et d’en coordonner les premières étapes. Les orientations stratégiques se concentrent sur la période 2010-2020. Les progrès rapides ont abouti à un accord sur un certain nombre de points stratégiques, parmi lesquels des recommandations sur le traitement des données, la sécurité et la protection du consommateur, ainsi que la définition de critères de financement pour le déploiement des réseaux intelligents. La prochaine mission du groupe de travail, pour l’année 2011, consistera à élaborer des décisions stratégiques, des recommandations législatives et une feuille de route stratégique pour la mise en œuvre de réseaux intelligents dans le marché intérieur européen.

Il est intéressant de noter également que les réseaux électriques intelligents sont au cœur d’une discussion au niveau européen (Infrastructure Energy Package) pour accélérer les investissements dans les infrastructures énergétiques jugées prioritaires.

Enfin, la Commission européenne a publié, le 8 mars 2011, un Plan européen pour l’efficacité énergétique qui propose différentes actions visant à réduire la consommation d’énergie. Ces actions sont notamment axées sur le déploiement des réseaux et des compteurs intelligents qui fournissent aux consommateurs les informations et services indispensables pour optimiser leur consommation d’énergie et calculer leurs économies en la matière.

Cette impulsion européenne en matière de réseaux intelligents donne les grandes orientations des politiques qui seront mises en œuvre et permet aux industriels et autres acteurs de considérer un certain nombre d’hypothèses pour la constitution des modèles économiques des réseaux intelligents. Elle se décline au niveau national avec la publication de feuilles de route permettant d’éclairer la décision et de réduire les incertitudes en offrant aux investisseurs potentiels une vision « panoramique » à long terme. Ces outils définissent dans le temps des trajectoires possibles pour le développement des réseaux intelligents, jusqu’à un horizon jugé pertinent (de 2020 à 2050). Elles ne relèvent pas d’une forme de planification car, au final, ce sont bien des investisseurs qui devront prendre leurs décisions d’investissement, mais elles permettent de réduire la complexité en délimitant des trajectoires plausibles et en donnant des orientations communes aux industriels. Par exemple, dans la feuille de route de l’ADEME ci-dessous, deux visions sont esquissées à l’horizon 2020 : l’une est caractérisée par un stockage adossé à de grandes unités de production centralisée et intermittente, l’autre par un stockage diffus piloté.

Elément de la feuille de route de l’ADEME (2020)



Source : ADEME

Cette vision globale permet également de déterminer si le niveau général de certains investissements est cohérent avec les objectifs de déploiement à terme des réseaux intelligents. Par exemple, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) identifie un déficit de soutien public dédié aux réseaux intelligents compris dans une fourchette de 5 à 10 milliards de dollars. Ce type d’évaluation constitue un outil de pilotage de l’action publique et, tout spécialement, de la coopération internationale dans ce domaine.

Un autre exemple de feuille de route qui permet de créer un cadre propice au développement de modèles d’affaires en matière de réseaux intelligents est constitué par le plan français de développement du véhicule électrique. Des objectifs chiffrés permettent aux entreprises de former des anticipations pour bâtir leurs modèles d’affaires. Ainsi, il est prévu que deux millions de véhicules électriques et hybrides rechargeables circuleront d’ici 2020. Un réseau de 900 000 points de recharge privés et 75 000 points de recharge accessibles au public sera développé d’ici à 2015, portant à 4 millions les points de recharge privés et à 400 000 les points de recharge publics en 2020. Ces infrastructures nécessiteront un investissement de 4,7 milliards d’euros à l’horizon 2020. Le plan prévoit une densification des infrastructures de recharge à partir de 2015 avec comme objectif de permettre la recharge de véhicules électriques qui représenteront le quart des ventes de véhicules en 2025. Pour les années 2010-2011, l’objectif est de déployer une infrastructure minimale, de nature à rassurer les premiers acheteurs, dans treize agglomérations particulièrement concernées par le lancement commercial des véhicules. Treize collectivités pilotes se sont déjà engagées à déployer des infrastructures de recharge dès 2010 : Bordeaux, Grenoble, Rennes, Nice, Angoulême, Aix-en-Provence, Orléans, Paris, Rouen, Strasbourg, Le Havre, La Rochelle et le Grand Nancy.

Comment la régulation peut-elle aider à l’émergence des réseaux intelligents ?

Une des missions principales du régulateur est d’inciter les gestionnaires de réseaux à offrir le service le plus performant au meilleur coût. Toutefois, l’émergence des réseaux intelligents fait évoluer cette mission du régulateur.

Tout d’abord, les réseaux intelligents sont générateurs d’externalités positives. Ces externalités sont de nature économique (création de nouveaux services, facilitation de l’intégration de la production décentralisée) et bénéficieront à d’autres acteurs de la chaîne de valeur électrique. Elles sont également environnementales (participation à la réduction d’émissions de CO2) et profiteront à la collectivité dans son ensemble.

Par ailleurs, les montants financiers en jeu sont élevés : l’Agence internationale de l’énergie évalue les besoins d’investissement dans les réseaux de distribution d’électricité européens à 480 milliards d’euros d’ici 2035 (Source : Eurelectric, « Regulation for smart grids », février 2011). L’European electricity grid initiative a estimé, pour la France, le montant des investissements nécessaires à 15 milliards d’euros.

Enfin, les réseaux intelligents sont porteurs de risques du fait d’incertitudes tant sur le plan des technologies que des bénéfices attendus de leur déploiement. En effet, le succès des réseaux intelligents repose non seulement sur la capacité des réseaux à intégrer les technologies de l’information et de la communication, mais également sur la rapidité de l’appropriation des nouveaux services et nouveaux usages par les consommateurs.

L’ensemble de ces facteurs complexifie les analyses coûts-bénéfices des investissements et étendent le champ d’action du régulateur. Il doit veiller à ce que les gestionnaires de réseaux prennent en compte l’ensemble des externalités dans leurs décisions d’investissement. Le régulateur doit également fournir un cadre de régulation sécurisant pour les investissements plus risqués. Par ailleurs, le régulateur aura un rôle de communication et de pédagogie de plus en plus important à jouer auprès des consommateurs. De par ses autres missions, le régulateur peut également contribuer à l’émergence d’un environnement favorable aux activités qui accompagnent le déploiement des réseaux intelligents.

De quels outils dispose le régulateur pour répondre à ces nouveaux défis ?

Comment s’assurer que les gestionnaires de réseaux tiendront compte de l’intérêt général dans leurs décisions d’investissement ?

Les investissements dans les réseaux intelligents créent de la valeur pour les gestionnaires de réseaux. Par exemple, les distributeurs bénéficieront de la baisse de leurs coûts d’exploitation grâce notamment à l’automatisation de la relève et à la réduction de pertes non techniques. Ainsi, le développement des réseaux intelligents constitue une évolution naturelle des réseaux, rendue possible par la disponibilité de nouvelles technologies. Néanmoins, si les gestionnaires de réseaux limitent les analyses coûts-bénéfices de ces investissements à leur seul périmètre d’activité sans tenir compte des externalités, leurs choix technologiques pourraient être sous-optimaux pour la collectivité. Afin de garantir un niveau optimal d’investissement dans les réseaux intelligents, le régulateur doit alors s’assurer que les gestionnaires de réseaux prennent en compte ces externalités.

Le cadre de régulation du projet de compteur communicant Linky cherche à surmonter ces difficultés. Ainsi, la communication du 6 juin 2007 de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) demande notamment à ce que l’expérimentation d’ERDF soit préparée et suivie en concertation entre ERDF, les représentants des consommateurs et les fournisseurs.

Comment financer les investissements dans les réseaux intelligents ?

Dans la mesure où les réseaux intelligents génèrent des bénéfices sur l’ensemble de la chaîne de valeur, la question de l’allocation des coûts entre les différents bénéficiaires de ces investissements pourrait se poser. Cette problématique n’est pas propre aux réseaux intelligents ; elle se rencontre également au niveau européen, avec par exemple la question de l’allocation des coûts du développement des réseaux off shore maillés ou des infrastructures transfrontalières. Dans le cas particulier des réseaux intelligents, l’internalisation des externalités commerciales et environnementales reste un sujet très complexe : du fait de la fragmentation de la chaîne de valeur et des incertitudes quant aux bénéfices du déploiement des réseaux intelligents, il est en effet difficile de savoir qui profitera de quoi et à hauteur de combien.

Par ailleurs, certains régulateurs ont mis en place des mécanismes incitatifs visant à accélérer l’émergence des réseaux intelligents. Le régulateur pourrait alléger les contraintes de financement des gestionnaires de réseaux via des subventions. Par exemple, l’OFGEM a mis en place le Low Carbon Network Fund : ce fond extra d’investissement devrait permettre d’allouer 500 millions de livres sur la période 2010-2015 à certains projets qui contribuent particulièrement au développement des réseaux intelligents. L'Autorità per l'energia elettrica e il gas (régulateur italien) octroie quant à lui un taux de rémunération supérieur au taux en vigueur pour certains projets jugés particulièrement innovants.

Enfin, même s’il ne fait aucun doute que, sans les réseaux intelligents, les coûts d’extension et de renforcement des réseaux nécessaires à l’intégration des nouveaux usages et de la production décentralisée seraient encore plus conséquents, l’importance des investissements initiaux fait émerger la question du rythme d’investissement : massif vs progressif.

Quel cadre de régulation pour encourager des investissements efficaces dans les réseaux intelligents ?

Comme développé précédemment, les gestionnaires de réseaux vont être confrontés à des choix d’investissements plus risqués. En France, le cadre de régulation actuel est particulièrement sécurisant pour les gestionnaires de réseaux puisque les dépenses de capital sont intégralement couvertes par le TURPE.

En contrepartie de ce cadre sécurisant, le régulateur doit s’assurer que les investissements dans les réseaux intelligents sont réalisés au meilleur coût. Un des outils à la disposition du régulateur est de conditionner la réalisation des investissements à la fois significatifs et risqués à la réussite d’expérimentations menées au préalable. Ainsi, sur la base d’un retour d’expérience de l’expérimentation, le déploiement du compteur Linky est soumis à l’approbation du ministre en charge de l’Energie sur proposition de la CRE.

Quelle évolution des tarifs est acceptable par les consommateurs ?

Le régulateur aura un rôle de communication et de pédagogie de plus en plus important à jouer auprès des consommateurs afin de mieux faire comprendre les évolutions du système électrique et les impacts tarifaires qui en découlent. L’initiative du site internet développé par la CRE va dans ce sens.

Le régulateur peut également inciter les gestionnaires de réseaux à mieux informer leurs consommateurs. Par exemple, en France, la communication autour de la pose des compteurs Linky a été définie en concertation avec les parties prenantes dans le cadre de Groupes de travail organisé par la CRE. En Angleterre, le régulateur (OFGEM) cherche également à inciter les gestionnaires de réseaux à s’engager auprès de leurs consommateurs.

Enfin, certains régulateurs proposent de lisser l’évolution des tarifs dans le temps. Par exemple, l’OFGEM propose d’allonger la période d’amortissement des investissements de 20 à 40 ans. En France, la durée d’amortissement des investissements est déjà de 40 ans.

Quels sont les autres champs d’action du régulateur pour favoriser le développement d’un écosystème des réseaux intelligents ?

L’intégration de l’énergie intermittente et des nouveaux usages soulèvent des questions de régulation diverses auxquelles le régulateur devra apporter des réponses.

Par exemple, les énergies renouvelables, telles que l’éolien ou le photovoltaïque, sont des énergies intermittentes et difficilement prévisibles. Il est donc nécessaire de disposer de moyens de production conventionnels suffisamment flexibles pour compenser leurs fluctuations. La question de la rémunération des investissements dans de tels moyens de production est donc fondamentale. La création d’un marché de capacité pourrait être un moyen de favoriser l’investissement dans des moyens de production de pointe.

De même, le régulateur doit s’assurer que les producteurs d’énergie renouvelable disposent des moyens nécessaires pour élaborer leurs programmes de production. Si ces moyens sont réunis, le régulateur peut chercher à les inciter à mieux prévoir leur production en les rendant responsables des écarts entre leurs prévisions de production et la production effectivement réalisée.

La Californie, en voie de définition d’un modèle économique des réseaux intelligents

Le cas de la Californie est intéressant pour appréhender ce que pourraient être les futurs modèles économiques des réseaux intelligents. Cet Etat américain possède une triple caractéristique qui pourrait en faire le creuset de modèles originaux :

  • son environnement est propice à l’innovation – comme en atteste de multiples « success stories » dans des secteurs aussi divers que les biotechnologies ou les technologies de l’information – alliage d’une capacité unique à mobiliser des structures de recherche et des financements (« venture capital » notamment), à organiser des coopérations industrielles ou à faire émerger des start-ups ;
  • le réseau électrique californien est vieillissant (comme c’est souvent le cas par ailleurs aux Etats-Unis) avec des coûts élevés de dysfonctionnement, de sorte que sa modernisation est un impératif et une source de gains potentiels importants en supprimant une partie des milliards de surcoûts actuels ;
  • des pics très marqués de la consommation sont observés à la fois dans la journée (notamment avec une double pointe vers 14h et 18h) et au cours de l’année (en fonction de journées chaudes et de l’usage intensif d’appareils de climatisation dans ces circonstances), ce qui laisse entrevoir un espace économique pour des services fondés sur le principe d’effacement.

A ces caractéristiques structurelles viennent s’ajouter des orientations politiques qui sont les plus volontaristes des Etats-Unis:

  • en 2006, le gouvernement californien a promulgué « l’Assembly Bill 329 » qui comporte des objectifs ambitieux de réduction des gaz à effets de serre à l’horizon 2020 (avec un retour au niveau des émissions de 1990) ;
  • l’élément le plus spectaculaire a été le lancement, également en 2006, du plan « Million Solar Roof » qui vise l’équipement d’un million de toits à l’horizon 2018. Combiné à des investissements en éolien, le parc est ainsi plus décentralisé et la production plus intermittente, ce qui implique d’adapter le réseau en conséquence ;
  • les incitations publiques incluent pour cette raison les équipements en compteurs intelligents. Le mécanisme de « Net Energy Metering » permet, grâce aux compteurs intelligents, aux ménages équipés de photovoltaïque de ne payer que le solde entre l’énergie consommée et celle produite (le surplus étant réinjecté dans le réseau) en prenant en compte les coûts de transport et de distribution associés ;
  • en septembre 2010, la Californie a complété son dispositif en étant le premier Etat à adopter une loi relative au stockage d’énergie pour accompagner la montée en puissance des énergies intermittentes. Cette loi a été adoptée notamment sous l’influence de la coalition industrielle de la California Energy Storage Alliance ;
  • par ailleurs, le soutien de l’Etat fédéral au véhicule électrique conduit à anticiper la constitution rapide en Californie d’un parc suffisamment significatif pour requérir des investissements spécifiques dans le réseau (Chevrolet et Nissan étant particulièrement actifs sur ce marché).

Tous ces éléments combinés font que l’industrie américaine se positionne et que des start-ups émergent dans cet écosystème des réseaux intelligents :

  • Google a obtenu l’accord de la Federal Energy Regulatory Commission (FERC) pour devenir producteur d’électricité et a développé une plateforme ouverte de mesure des consommations d’énergie (PowerMeter). IBM ou Microsoft sont très actifs, aussi bien auprès des acteurs de la filière électrique que de l’industrie automobile, Cisco est très présent dans la partie réseaux et Whirlpool se préoccupant (notamment en partenariat avec Cisco) de rendre communicants les équipements électroménagers ;
  • ces mouvements s’opèrent sur fond de guerre de normes, en particulier autour des produits qui s’insèreront dans les futurs « home area networks » (HAN) des maisons intelligentes. Cette guerre se matérialise en particulier autour des normes de communication à courte portée au sein de ces HAN, avec l’opposition de deux alliances Zigbee et Z-Wave, chacune regroupant plusieurs centaines d’acteurs industriels.

Progression du marché des équipements ménagers « intelligents » aux Etats-Unis


Source : Zpryme

Les conditions sont réunies pour tester des offres de prix « dynamiques » comme le font, par exemple, la Pacific Gas and Electricity ou la Southern California Edison :

  • le modèle "Time of use" définit une grille tarifaire en fonction des estimations antérieures de demande en électricité. Le consommateur accède à ces tarifs via Internet et adapte sa consommation en conséquence. La grille tarifaire est modifiée une à deux fois par an en fonction des évolutions constatées dans la consommation ou le parc de production ;
  • le modèle "Critical Peak Pricing" reprend les principes généraux du "Time of Use", mais de façon plus réactive, dans la mesure où les consommateurs se soumettant à ce schéma sont candidats à l’effacement suite à une demande qui leur est formulée par mail ou téléphone en amont de la pointe de consommation, à concurrence d’un nombre maximum d’événements par an ;
  • le "Peak Day Pricing" est analogue au précédent, mais pour les consommateurs industriels ou commerciaux d’une puissance supérieure à 200 kW.

La Californie apparaît ainsi comme une terre d’élection des réseaux électriques intelligents, la culture d’innovation étant couplée à un volontarisme des autorités publiques, et les ménages étant plus naturellement « early adopters » des nouveaux équipements que dans d’autres parties des Etats-Unis. Cette configuration fait de la Californie un environnement propice pour tester des solutions commerciales et définirdes modèles économiques, au-delà des pilotes techniques.

Mais si la Californie est un laboratoire passionnant qui laisse entrevoir le formidable potentiel économique des réseaux électriques intelligents, elle laisse tout autant apparaître les nombreux obstacles qui restent à franchir. Ainsi, même si l’introduction de formules tarifaires dynamique a produit des effets positifs (-16.6% de la consommation en « critical peak » selon PG&E), de très fortes oppositions sont également apparues parmi certains ménages qui, après l’installation de compteurs intelligents, ont observé une augmentation de leur facture incompréhensible à leurs yeux. La vigueur de ces protestations a dissuadé certains opérateurs de basculer trop rapidement vers des tarifications dynamiques, ceci tendant à montrer que l’acceptation de la part des consommateurs n’est pas donnée d’avance.

Pour en savoir plus :

Smart grid en Californie : acteurs et enjeux, Ambassade France aux Etats-Unis
California Public Utilities Commission : Report to the Governor & the Legislature on Smart Grid Plans and Recommendations Submitted

Les villes, un terrain propice d’expérimentation

Le développement des réseaux intelligents ne relève pas d’une logique de développement massif d’équipements ou d’infrastructures homogènes. La diversité des conditions locales en termes de demande, mais également de capacité d’insertion d’EnR dans la production, par exemple, transforme les collectivités en un excellent terrain d’expérimentation. La question du modèle économique se pose aussi (et même avant tout) à une échelle locale. Les municipalités et autres collectivités territoriales seront donc des acteurs essentiels pour réduire l’incertitude qui entoure la rentabilité des investissements et, par conséquent, des modèles économiques à naître.

Les villes françaises représentent entre 50 et 80% des consommations d’énergie nationale selon les estimations. Les domaines dans lesquels s’exerce cette influence des communes sont nombreux : le transport (véhicules personnels et transports en commun), les logements, le patrimoine corporel propre (véhicules, bâtiment, éclairage public, etc.) ou partagé avec une autre collectivité (aéroport, port, etc.). Les municipalités sont, en outre, à la fois propriétaires du réseau de distribution et, parfois, d’unités de production d’énergie, caractéristique appelée à s’intensifier avec les EnR. C’est dans le cadre de l’émergence de Smart cities que se pose la question des réseaux intelligents et des types de services à valeur ajoutée susceptibles d’y être développés et rentabilisés.

Les industriels ont besoin de tester leurs technologies et les modèles imaginés en laboratoire sur le terrain. C’est pourquoi les démonstrateurs sont nécessaires et permettent d’intégrer des partenaires issus de différents domaines (collectivités, télécoms, énergéticiens, transport, etc.) pour démontrer la validité du modèle économique. La phase de développement des réseaux intelligents à plus grande échelle permet d’impliquer le consommateur final. A titre d’exemple, Alstom et Microsoft se sont associés et vont travailler ensemble sur des systèmes de maîtrise d’énergie pour les écoquartiers.

Les réseaux intelligents insérés dans des villes intelligentes


Source : AIE

Le rôle que tiendront les communes dans la politique énergétique future est susceptible de suivre des trajectoires très hétérogènes, qui pèseront très fortement sur la nature des investissements et leur rentabilité. Pour rendre compte de cette diversité, il est utile de faire état des schémas établis dans le cadre du projet Construction de scénarios contrastés de transition vers la ville post-carbone de mars 2010.

Cette étude envisage cinq scénarios principaux :

  • Scénario 1 : Attentisme sans regrets où des solutions à moindre coût sont mises en œuvre dans un contexte de crise et où les prix élevés de l’énergie, en 2025, rentabilisent des solutions alternatives de production énergétique ou des technologies plus sobres à partir de cette date. Le marché joue son rôle en permettant un gain d’efficacité énergétique, mais le coût du carbone et des énergies fossiles reste insuffisant pour provoquer une rupture technologique ou comportementale radicale.
  • Scénario 2 : Contrainte par le prix du carbone où l’utilisation du signal prix, taxe carbone, à toutes les échelles (internationale, locale voire individuelle) permet une accélération du progrès et de la diffusion des technologies sobres et décarbonées. Les logements sociaux, les bâtiments publics et neufs dans des éco-quartiers sont exemplaires, mais le parc de bâtiments privés n’est réhabilité que progressivement et lentement.
  • Scénario 3: Volontarisme national où l’Etat réforme en profondeur le système de redistribution sociale et la fiscalité. Il complète la fiscalité environnementale, commune à l’Europe, d’une fiscalité sociale pour promouvoir le déploiement de technologies vertes et l’emploi. Il fournit les moyens aux collectivités locales d’investir dans des infrastructures plus sobres en carbone via une contractualisation sur des objectifs sociaux et environnementaux.
  • Scénario 4 : Investissement local où le volontarisme de croissance verte est davantage délégué dans la mise en œuvre aux collectivités territoriales tant en termes de moyens que d’objectifs, de manière à mieux les adapter aux différentes réalités locales. Ce scénario permet de mieux cibler les investissements de développement local et de transformer plus rapidement la ville en «ville post-carbone» que le scénario précédent.
  • Scénario 5 : Aménagement pour la cohérence territoriale où les collectivités locales transforment la fiscalité locale en fonction de différents paramètres intégrant la consommation énergétique des bâtiments, l’accès à des transports en commun, la mixité fonctionnelle intégrant l‘accès à des sources locales de production d’énergie.

Ces scénarios sont sensibles au développement des réseaux intelligents dans la mesure où le contexte national ou local conduira à mettre en œuvre des incitations (ou des contraintes) croissantes du scénario 1 à 5 et de plus en plus spécifiques à un niveau local. Ainsi, le scénario 5 est susceptible de modifier considérablement, d’un espace territorial à l’autre, la perspective de rentabilité de services adossés à des réseaux intelligents, en fonction des orientations de la fiscalité locale.

Pour en savoir plus :

Site des European smart cities
Site des Villes post-carbone
Smart Cities Initiative: how to foster a quick transition towards local sustainable energy systems, Florence School of Regulation
Rapport Ville post carbone

Conclusion

Le développement de réseaux électriques intelligents passe à la fois par la stabilisation des schémas techniques et la définition de modèles économiques. Certains modèles (notamment autour de l’effacement) apparaissent déjà, mais le décollage des réseaux intelligents sera fonction du déploiement de capacités de production électrique décentralisées et, par ailleurs, d’équipements ménagers communicants et de véhicules électriques, processus qui prendront du temps.

Le rythme de montée en puissance des réseaux intelligents pourrait toutefois être raccourci :

  • si un accord international sur le changement climatique donnait plus de visibilité aux investisseurs sur les orientations politiques et les prix du CO2 (ou la fiscalité du CO2) ;
  • si une remise en question des politiques nucléaires accroissait le rythme d’investissement dans les énergies renouvelables.

La feuille de route présentée par la Commission européenne en mars 2011 (Vers une économie compétitive à faible intensité de carbone en 2050) indique que le chemin idéal pour réduire les émissions de CO2 de 80% en 2050 passe par une réduction de 25% en 2020, supérieure à celle de 20% ciblée jusqu’alors.

Le chiffrage économique de ce nouveau scénario de référence met en avant la rentabilité collective des investissements à réaliser :

  • l'objectif de 2050 appelle à l'échelle de l’UE des investissements supplémentaires de 270 milliards d'euros par an dans les 40 années, soit 1,5 % du montant du PIB de l'Union ;
  • les économies d'énergie et les énergies renouvelables réduiront les importations de combustibles fossiles, d'un montant de 175 à 320 milliards d'euros par an selon les hypothèses retenues ;
  • ils se traduiront par une amélioration de la qualité de l'air, et une réduction des dépenses de santé liées aux niveaux actuels de pollution atmosphériques, réduction estimée à 27 milliards d'euros en 2030 ;
  • enfin, le secteur du bâtiment et celui des énergies renouvelables créeront des emplois, dont le nombre total est évalué à 1,5 millions dès 2020.

L’ensemble de ces facteurs combinés pourraient accélérer la montée en puissance des réseaux électriques intelligents et ainsi rapprocher l’horizon à partir duquel ils soutiendront des modèles économiques rentables.

Forum et interviews

La Commission de régulation de l’énergie a organisé son troisième forum le 1er mars 2011 sur le thème des modèles économiques des Smart grids.

Messieurs Patrice Geoffron, professeur à l’université Paris-Dauphine et directeur du CGEMP, Angelos Souriadakis, Président du cabinet de conseil Ylios, et Renaud Lecompte, Directeur marketing EMEA & India chez General Electric, ont accepté de participer au forum en tant qu’intervenants et d’exposer leurs visions ainsi que l’état d’avancement des modèles économiques des Smart grids.


Point de vue de Patrice Geoffron
Professeur à l’Université Paris-Dauphine et directeur du CGEMP

Point de vue d’Angelos Souriadakis
Président du cabinet de conseil Ylios

Point de vue de Renaud Lecompte
Directeur marketing EMEA & India chez General Electric


Vous découvrirez également les interviews suivantes :

Interview de Pascal Julienne
Président directeur exécutif

Interview de Bernard Delpech
Directeur Délégué de la Recherche et Développement du Groupe

Interview de Patrice Mallet
Associé chez Accenture, responsable du conseil métier et management dans les secteurs des Utilities et Énergie France

Interview de Leonardo von Prellwitz
Stratégie et Innovation au sein du Connected Energy Group de Cisco




Point de vue de Patrice GEOFFRON :

Cette intervention dresse un panorama introductif des contraintes et des leviers qui auront un impact sur la définition des modèles économiques des réseaux électriques intelligents.

Les réseaux électriques intelligents se développent pour résoudre des problèmes techniques et optimiser la gestion des réseaux. Les évolutions associées à ce développement se feront sous plusieurs contraintes et notamment sous la contrainte du temps pour répondre aux objectifs européens de 2020. Par ailleurs, elles ne pourront pas se faire à « isogrid », c’est-à-dire avec le niveau de développement du réseau actuel, les technologies en vigueur et le peu d’informations disponibles sur l’état du réseau. Or, les gains potentiels en matière d’efficacité et de coût dépendront des technologies mises en œuvre et l’intégration des énergies de sources renouvelables (EnR) dans le système électrique ne se fera que si le réseau évolue.


Source : Agence internationale de l’énergie

L’évolution technique du réseau modifie en profondeur les chaînes de valeur du système électrique, au sein desquelles apparaissent à tous les niveaux des espaces de contraintes et d’opportunités. De nouveaux maillons (nouveaux acteurs, nouveaux usages) apparaissent également dans la chaîne de valeur et ces nouveaux maillons auront un rôle prépondérant dans la définition des modèles économiques des Smart grids.



Le véhicule électrique est un exemple intéressant pour étudier l’élaboration des modèles économiques : certains modèles d’affaires associés au véhicule électrique pourront relever du Vehicle to grid (V2G), c’est-à-dire de la façon d’utiliser l’électricité stockée dans la batterie du véhicule pour répondre à la demande en période de pointe et d’autres pourront reposer sur la deuxième vie de la batterie, c’est-à-dire sur les différentes possibilités d’utilisation de la batterie lorsque sa capacité est trop réduite pour l’utiliser en matière de mobilité.

La réflexion des industriels dans l’élaboration de leurs modèles d’affaires doit faire face à une difficulté majeure, parce qu’elle doit s’adapter au rythme de développement des réseaux intelligents. Tous les industriels ont conscience des bénéfices liés au développement de l’intelligence sur les réseaux, tels que la baisse du temps de coupure grâce au caractère auto-cicatrisant des réseaux, l’amélioration de la qualité de l’alimentation en électricité, l’intégration réussie des EnR et des véhicules électriques, ou encore un gain en matière d’efficacité énergétique. Ces bénéfices sont d’autant plus importants dans le contexte actuel de hausse du coût de l’énergie.

Une autre difficulté réside dans la conciliation des gains potentiels et des facteurs d’incertitude élevés liés à une faible maturité des technologies, à une normalisation en cours d’élaboration et à un prix du CO2 et des énergies fossiles indéterminé (imperfections du marché dans des contextes de forte incertitude).

Ces facteurs d’incertitudes peuvent être classés en trois catégories :

- la première catégorie fait référence au prix des hydrocarbures, variable « dimensionnante » à tous les niveaux de la chaîne de valeur et difficile à anticiper, ce qui complique le calcul d’investissement ;

- la deuxième concerne le niveau de la dette publique qui peut avoir un impact sur les investissements à faire pour le développement des réseaux électriques intelligents. C’est alors un facteur à la fois d’incertitude dans le calcul d’investissement par les acteurs privés et structurant dans le paysage ;

- la troisième concerne la capacité d'adaptation du consommateur à ces nouvelles technologies et sa disposition à les payer. Étant donné que le consommateur s'est déjà approprié avec succès toutes les nouvelles technologies de l'univers des télécommunications, il doit être capable de s'adapter aux évolutions du monde de l'énergie (compteur évolué notamment). Cela demande néanmoins d’associer le consommateur et ses représentants au débat pour prendre en compte leur disposition à payer, leur capacité d’adaptation et l’acceptabilité sociale de ces questions.

Dans ce contexte, diverses réflexions et solutions émergent pour réduire les facteurs d'incertitude. Les besoins d'échanges, de coordination, de partage d'informations et de retours d'expériences apparaissent comme manifestes et nécessaires à l'enrichissement de la réflexion. Cela permet également d’accélérer le rythme d'adoption des technologies.

La publication de feuilles de route par divers organismes permet de donner les différents scénarios plausibles dans le domaine des réseaux électriques intelligents et guident ainsi les stratégies des industriels.

En outre, le partage de visions à un niveau international permet d'animer la réflexion et de comprendre les hypothèses sous-jacentes aux problèmes rencontrés. Par exemple, l'AIE estime qu'il manque de 5 à 10 milliards de dollars d’investissement public au sein des pays de l’OCDE pour soutenir le rythme de transition technologique, le déficit de ressources de soutien public en matière de R&D dans les réseaux intelligents apparaissant comme une spécificité à ce domaine.

La question du business model n’est pas celle qui se pose en premier. En effet, le premier modèle à apparaître est le modèle technique pour lequel se posent les questions de combinaison de choix de technologies, de maturité, de normalisation, d’interopérabilité, etc. Le deuxième est un modèle d’organisation qui permet d'étudier les manières dont les choix techniques vont s’intégrer dans l’organisation de l’entreprise, l’échelle de déploiement, la nécessité d'une délocalisation, les points bloquants en termes de ressources humaines, etc. La question du business model ne se pose alors uniquement que lorsqu’au travers de ces démarches, la demande et les ressources susceptibles d’être associées aux investissements nécessaires ont été anticipées.

Il est également nécessaire d'associer les acteurs locaux pour définir les modèles économiques. Il faudra définir un modèle économique en accord avec les collectivités et soutenable en fonction de leurs besoins ;

Enfin, le régulateur aura une fonction essentielle d’organisation de la coordination entre les différents acteurs, de prise en compte de l’intérêt général et de vérification de la cohérence entre l’allocation des coûts et l’intérêt général Au niveau européen, il n'y a pas encore de convergence concernant les feuilles de route. Le partage d’expérience entre les régulateurs est donc également important.

En conclusion, il est possible de s’inspirer de la révolution qu’a connu le secteur des télécommunications avec l’apparition de nouveaux acteurs pour pressentir ce que seront les évolutions à venir dans le domaine de l’énergie, et plus particulièrement dans le domaine de l’électricité, même si les rythmes de transformation et les capacités de bouleversement dans le domaine de l’électricité ne soit pas du même ordre que dans le secteur des télécommunications.

Pour en savoir plus :

Présentation de Patrice GEOFFRON


Patrice GEOFFRON
1er mars 2011


Patrice GEOFFRON est professeur à l’université Paris-Dauphine et directeur du Centre de Géopolitique de l'Energie et des Matières Premières (CGEMP).





Point de vue d’Angelos SOURIADAKIS :

Le sujet des modèles économiques des réseaux électriques intelligents est relativement complexe en raison du peu de travaux actuels et de l’incertitude entourant l’évolution des réseaux électriques. Plusieurs défis doivent être relevés. Le premier est de dépasser les problématiques centrées sur le consommateur ou la technologie. Le second consiste à imaginer des modèles économiques dans un environnement de grande incertitude, tout en étant certain que la chaîne de valeur de l’électricité sera fortement modifiée par l’émergence des réseaux électriques intelligents.

Pour comprendre les modèles économiques des réseaux électriques intelligents, il existe deux grilles de lecture : la première grille permet de décrire les modèles et de déterminer s’ils ont de la valeur et la seconde recense les leviers existants et la façon de les utiliser pour mettre en place des modèles d’affaires efficaces.

La première grille de lecture détermine les trois grands types de modèles d’affaires, plus ou moins complexes, apparaissant lors de la mise en place des réseaux électriques intelligents :

  • le modèle le plus simple est le modèle des « Smart Operators » qui sont les gestionnaires des réseaux de transport et de distribution. Dans ce modèle les NTIC sont un outil de contrôle, de pilotage et de gestion technique du réseau électrique. Les gestionnaires de réseaux vont chercher à utiliser les opportunités technologiques et économiques qui leur sont offertes pour réduire leurs dépenses d’exploitation (OPEX) ou éviter des dépenses d’investissement dans les réseaux (CAPEX) ;
  • le modèle intermédiaire est celui des « Smart Users » où l’intelligence du réseau doit inciter les consommateurs à développer de nouveaux comportements et à adopter de nouveaux usages. L’incitation réside dans la politique tarifaire, avec pour effet de réduire ou d’éviter des CAPEX et des OPEX sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Ce sont les modèles d’affaires qui se développent autour du pilotage des usages des consommateurs (maison intelligente, gestion de la demande). Les parties prenantes concernées sont les gestionnaires des réseaux de transport et de distribution, les fournisseurs et les utilisateurs ;
  • le modèle le plus complexe est celui des « Smart Integrators » dans lequel l’intelligence du réseau est un vecteur d’intégration et de dépassement de la technique et des usages. Dans ce modèle d’affaires sont présents tous les acteurs de la chaîne de valeur de l’énergie, les aménageurs (constructeurs et pouvoirs publics) et les acteurs du monde des télécommunications. Ce sont ces « intégrateurs » qui vont faire émerger et structurer le marché des réseaux électriques intelligents.


Source : Ylios-Stratorg-Frontier Economics

Afin de mieux comprendre les trois grands types de modèles d’affaires des réseaux électriques intelligents, il est possible de les analyser par le biais des trois couples représentés sur le schéma ci-dessous.


Source : Ylios-Stratorg-Frontier Economics

Le couple « usage x technique » propose une vision très statique de la position des acteurs. Il ne prend pas en compte l’émergence de nouveaux acteurs. Or, les acteurs des télécommunications pénètrent le domaine de l’énergie et vont proposer des modèles d’affaires différents de ceux déjà existants dans le secteur de l’énergie.

Le couple « offre x demande » propose une vision classique de régulation de la demande pour diminuer les investissements dans les réseaux et réduire la production. Il concerne les modèles d’affaires autour de la gestion de la pointe, de l’effacement. Il met en évidence la relation entre les producteurs, les gestionnaires des réseaux de transport et de distribution et les utilisateurs. Néanmoins, ce couple ne prend pas en compte les nouveaux acteurs et les nouveaux usages qui créent de la valeur.

Le couple « transformation des modèles de valeur x nature de la valeur générée » combine les couples « usage x technique » et « offre x demande », ce qui permet d’observer la création de la valeur.

La deuxième grille de lecture permet d’analyser les trois grands types de modèles d’affaires au regard de ces trois couples d’inducteurs.

Cette grille se structure selon deux axes :

  • le premier axe est le potentiel de réduction des coûts d’exploitation et d’investissement dans le réseau et d’évitement des coûts d’investissement dans les moyens de production pour les acteurs traditionnels de la chaîne énergétique ;
  • le second axe est le potentiel de création de revenus ponctuels ou récurrents pour les nouveaux acteurs de la chaîne de valeur.

Cartographie des modèles économiques des réseaux intelligents

Source : Ylios-Stratorg-Frontier Economics

Le modèle d’affaires des « Smart Operators » permet une réduction des coûts d’exploitation ou d’investissement et permet de générer des revenus ponctuels. En revanche, il ne permet pas de générer des revenus récurrents. C’est le modèle des équipements de contrôle à distance, par exemple.

Le modèle d’affaires des « Smart Users » permet de créer de nouveaux revenus activables ou non, et permet également de réduire les coûts d’exploitation et d’investissements dans le réseau. C’est le modèle de la valorisation de l’information et des véhicules électriques de première génération (mis en industrialisation à petite échelle par les grands constructeurs depuis 1995).

Le modèle d’affaires des « Smart Integrators » permet d’éviter systématiquement les coûts de production, de réduire les coûts d’exploitation et permet également des revenus ponctuels ou récurrents. C’est le modèle d’affaires du véhicule électrique de deuxième génération, des Micro grids, etc.

Cependant, pour que ces modèles émergent, un certain nombre de risques inhérents au développement des réseaux intelligents devront être maîtrisés. Ces risques peuvent être classés en cinq catégories (financement, design, opération, marché et société). Cette diversité des risques implique de développer des architectures techniques robustes, de définir une proposition de valeur lisible et attractive et de créer des modèles d’affaires pérennes. Il faut alors un cadre « régulatoire » qui soit a minima incitatif dans la durée.


Source : Ylios-Stratorg-Frontier Economics

Afin de mieux identifier et maîtriser ces risques, les acteurs auront besoin de mettre en place des démonstrateurs. Ces démonstrateurs n’auront de sens que s’ils sont mis en place par des consortiums d’intégrateurs. Les consortiums permettront de maîtriser en même temps plusieurs risques. Ainsi, les industriels et les acteurs de marché porteront les risques de design et d’opération, certains financiers ou institutionnels porteront les risques de financement, une partie du risque d’opération (volume ou prix) et le risque société.

Les modèles d’affaires les plus attractifs seront donc ceux qui permettront de combiner la réduction des coûts d’exploitation et d’investissements et la génération de revenus récurrents. Il est indispensable que les acteurs osent investir et se lancer sur ces nouveaux marchés, qui seront probablement structurés par deux grands types d’acteurs : ceux qui s’orienteront vers les secteurs de l’innovation et de la rupture technologique et ceux qui choisiront le secteur des services.

Pour en savoir plus :

Présentation de Angelos SOURIADAKIS


Angelos SOURIADAKIS
1er mars 2011


Angelos SOURIADAKIS est Président du cabinet de conseil Ylios.






Point de vue de Renaud LECOMPTE :

Le réseau électrique actuel est caractérisé par un fonctionnement unidirectionnel et un objectif bien précis de fourniture d’un certain niveau de qualité. Ce réseau a toujours évolué depuis sa création et fait, aujourd’hui, face à de nombreux enjeux. Pour que les acteurs du système électrique puissent répondre efficacement à ces enjeux, ils doivent disposer de plus d’informations concernant l’état du réseau. Cela sera rendu possible par l’apport de plus d’intelligence sur le réseau grâce à l’intégration de technologies de l’information et de la communication dont la plupart sont déjà utilisées à l’heure actuelle. Cela ne constitue pas une rupture, mais une accélération des changements qui étaient déjà à l’œuvre. Les technologies que l’on va mettre en place sur les réseaux existent déjà dans le monde des télécommunications. Il suffira seulement de pousser les acteurs du monde de l’énergie à les utiliser. Elles permettront d’accroître la fiabilité du réseau, qui est depuis longtemps la préoccupation principale des gestionnaires de réseaux.

Si tous les pays ont compris l’importance de développer l’intelligence sur leurs réseaux électriques, ils n’en sont pas tous au même niveau de développement des technologies de Smart grids en raison d’un environnement politico-économique et d’une structure du secteur énergétique (niveau de régulation) propre à chaque pays. Des pays comme l’Allemagne, la Suède, l’Espagne ou l’Angleterre sont plus avancés que la France dans la mise en œuvre des réseaux électriques intelligents. Ainsi, en matière de structure du secteur énergétique, l’Angleterre compte un plus grand nombre d’acteurs que la France. En matière de politique énergétique, l’Espagne a fait le choix des énergies de sources renouvelables pour augmenter son indépendance énergétique et diminuer sa facture électrique. En revanche, la France a fait le choix du nucléaire.

Pour répondre aux questions que soulèvent les réseaux électriques du futur, il faut donc prendre en compte les spécificités de chaque pays. Les mécanismes de vente des technologies de Smart grids vont devoir être adaptés en fonction des besoins des pays afin de proposer des solutions optimales.


Source : General Electric


L’émergence des Smart grids fait évoluer la chaîne de valeur traditionnelle de l’électricité à tous les niveaux.



Source : General Electric

Ces évolutions soulèvent de nombreuses questions en rapport avec les contraintes financières (CAPEX, OPEX), environnementales (CO2), politiques et en matière de pilotage des réseaux (bataille entre les acteurs du transport et de la distribution sur la problématique du demand response).

  • Aura-t-on une dérégulation complète dans tous les pays ?
  • Les producteurs et les fournisseurs seront-ils capables de faire évoluer les gestionnaires de réseau pour qu’ils adaptent leurs réseaux à la nouvelle bidirectionnalité des flux électriques ?
  • Comment les nouveaux acteurs vont-ils pénétrer la chaîne de valeur actuelle du système électrique ? Quelles activités vont-ils développer ? Quelles compétences vont revendiquer les autorités locales en matière de distribution ?
  • Comment le consommateur, devenu consom’acteur, va-t-il perturber le système actuel ? Le client industriel peut-il devenir indépendant énergétiquement ?

Il est donc nécessaire de promouvoir une approche pragmatique des Smart grids, qui prenne en compte chacune des étapes indispensables à leur déploiement. Actuellement, de nombreux démonstrateurs sont en projet ou en cours de réalisation, afin de déterminer les moyens technologiques et financiers adéquats et de vérifier leur acceptabilité sociale.



Source : General Electric


Pour en savoir plus :

Présentation de Renaud LECOMPTE


Renaud LECOMPTE
1er mars 2011


Renaud LECOMPTE est Directeur marketing des zones Europe, Moyen-Orient, Afrique et Inde chez General Electric Energy depuis 2009. Auparavant, il a été Directeur marketing de la Business Unit Automation du pôle Transmission et Distribution chez Areva T&D.




Interview de Pascal Julienne (BPL Global) :

En quoi l’activité de BPL Global est-elle liée aux Smart grids ?

Nous fournissons des solutions logicielles et des services aux compagnies d'électricité permettant de faciliter l’émergence d’un réseau intelligent capable de gérer la demande plus efficacement, d’optimiser les coûts et la productivité du capital, d’intégrer la production décentralisée d’électricité et d’améliorer la fiabilité des services.

Nous nous associons avec les compagnies d’électricité régionales, les fournisseurs d’accès à Internet, les équipementiers et certains financeurs pour proposer ces solutions à un niveau mondial.

Quelle est votre vision des Smart grids ? Cette vision influence-t-elle l’orientation de votre modèle d’affaires ?

Nous avons une approche des Smart grids qui nécessite d’intégrer les besoins des clients et du marché.
Nous adressons un marché international où chaque région est différente. Cette différence de vision des Smart grids entre les continents américain et européen est à prendre en compte dans la construction de notre modèle d’affaire. En effet, aux États-Unis, les Smart grids doivent servir la modernisation du réseau alors qu’en Europe, ils sont d’abord une réponse aux préoccupations environnementales. De plus, les différences en termes de lois, de fonctionnement et de contexte des marchés impliquent nécessairement des modèles d’affaires adaptés à chaque situation.

Nous sommes présents sur les problématiques de production d’énergie de sources renouvelables, décentralisées et intermittentes et d’effacement de charge. L’objectif est de mieux gérer ces différentes sources d’énergie. A l’échelle du distributeur, il s’agit de coordonner l’effacement diffus avec ce qui est disponible en termes d’énergie de sources renouvelables. Nous aidons alors les entreprises à prendre les décisions en temps réel.

Nous estimons que l’analogie avec la révolution que les télécoms ont connue avec Internet est très importante pour comprendre les évolutions en cours sur les réseaux électriques. Dans les deux cas, il y a un ajout de technologies sur le réseau existant. De nouvelles entreprises se sont créées pour conquérir ce marché de nouvelles technologies et développer des solutions techniques adaptées. Cependant, une grande partie de ces petites entreprises ont été rachetées par des firmes plus grandes. Il y a toujours une concentration du secteur. Cela se passera aussi dans le domaine des Smart grids.

Comment construisez-vous votre modèle d’affaires ?

À l’origine, nous étions un éditeur de logiciels, mais la société n’ayant ni la taille ni les moyens d’une entreprise comme Oracle ou IBM, nous nous devions d’apporter des solutions plus globales pour assurer la pérennité et le succès de l’entreprise. Nous développons donc aujourd’hui d’autres logiciels et avons mis en place des partenariats industriels : nous sommes devenus un prestataire de services revendant des solutions logicielles. Nous développons des modèles de solutions autour des softwares, ce qui représente 30% du modèle d’affaire. Le reste est représenté par les partenariats mis en place.

Nous construisons notre modèle d’affaire sur un horizon de temps relativement court (2 ou 3 ans), puisque, comme pour toute start-up, nous ne savons pas à quel horizon de temps le marché risque de se concentrer.

Nous investissons 25% de nos revenus dans la recherche et le développement avec comme objectif de vendre des solutions informatiques plus robustes et intelligentes que celles proposées à l’heure actuelle.

Votre modèle d’affaires repose sur des partenariats importants. Pouvez-vous nous en parler ?

Les partenariats sont un des éléments fondamentaux du modèle d’affaires de BPL Global.

Nous cherchons à élargir le nombre de nos partenaires dans le but de diversifier notre offre de solutions logicielles et notre portefeuille d’activité, et bénéficier de la complémentarité de savoir-faire. Cela nous permet en effet de répondre à une demande plus large que ce que nous pouvons fournir seuls.

Par ailleurs, nous participons à des appels d’offres pour faire partie des consortiums sur différents projets de recherche dans les Smart grids, et notamment à l’appel d’offres de l’OFGEM à Manchester et à des appels à manifestation d’intérêt de l’ADEME. Nous avons d’ailleurs été sélectionnés dans ce cadre pour un projet de recherche sur la gestion de la demande dans les zones insulaires.

Enfin, nous faisons partie des sociétés à l’origine de la Smart Energy Demand Coalition. Il s’agit d’un consortium qui promeut les technologies de gestion de la demande en énergie en Europe. Le consortium a pour objectif de produire un Livre blanc sur le sujet à la fin du mois de mars 2011.

Comment les retours d’expérience vous aident à construire votre modèle d’affaire ?

Nous avons des projets en cours en Europe et aux États-Unis. Actuellement, nous testons, en partenariat avec First Energy Metropolitan Edison, une nouvelle solution software installée au cœur du réseau pour que l’entreprise d’électricité réduise elle-même le trafic de données. Cette solution permet d’interagir avec plusieurs dizaines de milliers de résidences reliées entre elles. Elle permet de savoir combien d’électricité est consommée et de délester le réseau au moment critique (notamment au niveau de la climatisation qui représente la consommation d’électricité la plus importante).

La grande différence réside dans le modèle d’affaires de l’agrégateur. Alors que l’agrégateur efface de façon diffuse la demande du consommateur, notre solution permet au gestionnaire de réseau de proposer à l’utilisateur le délestage à un endroit précis. Il s’agit de gérer de façon précise la pointe locale, de pouvoir choisir quand et où. Ce système permet aux compagnies d’électricité, en éliminant la pointe, de retarder les investissements de renforcement (à certains endroits les renforcements ne sont pas possibles). Enfin, la connaissance de ces informations a un fort impact dans la construction des modèles d’affaires de ces opérateurs.

Quelles sont les difficultés que rencontre BPL Global dans le développement de son modèle d’affaires ?

Les difficultés majeures résident dans les verrous institutionnels et technologiques. Les décisions politiques sont longues à mettre en œuvre et les lignes directrices mettent beaucoup de temps à émerger. Par ailleurs, l’inertie est grande quant au développement et à la commercialisation des solutions. Il faut plus de trois ans pour développer ou adapter une solution et ce délai pénalise les sociétés dans un monde en perpétuelle évolution. La peur inhérente aux entreprises « passager clandestin » (entreprise qui attend que les autres sociétés développent une nouvelle technologie et à se contenter de l’imiter au moment opportun) est également un frein aux investissements.

Pour en savoir plus :

Site BPL : Gestion intégrée des ressources d'énergie réparties


Pascal Julienne
3 février 2011


Pascal Julienne, diplômé du Conservatoire national des Arts et Métiers en Ingénierie d’Infrastructure de Réseau, est Président directeur exécutif de BPL Global EMEA. Il dirige les activités de l'entreprise en Europe et en Afrique. Il gère et surveille les efforts de business développement de ces secteurs depuis le siège européen basé en France. Pascal Julienne apporte plus de 20 ans d'expérience dans les réseaux et services haut débit aussi bien que d'une vaste expérience commerciale aux Etats-Unis, en Europe et en Afrique.


BPL Global® offre des solutions logicielles et des services aux compagnies d’électricité et à leurs clients qui permettent de créer un réseau électrique intelligent, afin de mieux gérer l’appel de puissance, intégrer les ressources d’énergies réparties, améliorer la fiabilité de l’exploitation et optimiser les coûts et la productivité des actifs.

Interview de Bernard Delpech (EDF R&D) :

En tant qu’acteur intervenant sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’électricité, en voie d’évolution du fait de l’introduction des NTIC, où pensez-vous que la valeur va se créer ? Où sont les opportunités d’investissement ?

Il est indéniable que les réseaux intelligents vont créer de la valeur pour l’ensemble du système électrique. On a toujours cherché à automatiser les réseaux pour améliorer la qualité de la fourniture et avoir une meilleure connaissance du vieillissement des matériels pour optimiser leur remplacement. Aujourd’hui, cette problématique est résolue par des technologies de plus en plus efficaces et performantes, notamment celles nécessaires au développement des réseaux intelligents. Elles créent indéniablement de la valeur, même si celle-ci est en partie non marchande (amélioration de la qualité de la fourniture ou de la gestion des pannes). Les compteurs communicants, par exemple, permettent une meilleure connaissance et compréhension du réseau électrique, notamment sur les réseaux de distribution en basse tension.

Le pilotage des réseaux est amélioré par ces technologies intelligentes, mais aussi par une gestion plus active de la demande, notamment par le biais de l’effacement. Cette amélioration de la gestion des réseaux est d’autant plus nécessaire que l’intégration des énergies de sources renouvelables complique leur pilotage en raison du caractère intermittent et décentralisé de ces énergies.

Les solutions traditionnelles, telles que la construction de départs dédiés pour certaines installations photovoltaïques, qui permettraient de résoudre ces nouvelles problématiques, sont très coûteuses. Les industries cherchent donc à développer des solutions techniques intelligentes permettant de minimiser l’augmentation de ces coûts. Compte tenu de la finalité de ces solutions techniques qui est de gérer plus efficacement les réseaux électriques, je pense que le modèle d’affaires créé pour commercialiser à grande échelle ces solutions sera développé par les grands électriciens, et non pas par des spécialistes des technologies de l’information et de la communication.

Avez-vous une approche globale ou segmentée des réseaux intelligents, c’est-à-dire un modèle d’affaires par composante des réseaux intelligents (véhicule électrique, etc.) ?

Les réseaux intelligents sont un « concept intégrateur » de la chaîne de valeur. Autrement dit, lorsque des investissements sont réalisés en faveur d’une technologie (par exemple, par le gestionnaire de réseau pour le compteur communicant), l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur en bénéficient (producteurs, gestionnaires des réseaux de transport et de distribution, fournisseurs, consommateurs). Il s’agit alors de savoir comment valoriser cet investissement et d’en répartir équitablement les bénéfices.

Dans les entreprises intégrées, cela ne posait pas de problème. Aujourd’hui, le marché de l’électricité a profondément évolué et les acteurs sont distincts entre la production et la fourniture d’une part et les réseaux d’autre part. Chaque acteur pris isolément n’a pas nécessairement intérêt à réaliser un investissement. Il y a donc un vrai problème de régulation : il faut trouver le moyen de valoriser l’investissement pour inciter les acteurs à développer les réseaux intelligents.
Aux États-Unis, dans certains Etats, la détermination du modèle économique est plus simple car les acteurs (utilities) sont intégrés et la répartition de la valeur sur la chaîne est donc plus facile.

Quel rôle le consommateur va-t-il jouer dans la création de valeur du système électrique intelligent ?

L’émergence des réseaux électriques intelligents fait également évoluer la place du consommateur. Il faut s’intéresser à ce nouvel acteur de la chaîne de valeur pour voir s’il s’appropriera les technologies et participera aux services créateurs de valeur, avec comme objectif final de déterminer un modèle d’affaires viable et acceptable par le consommateur.
La création de valeur dépend aussi du type de client auquel on s’adresse et du degré d’innovation. Par exemple, dans le cadre des mécanismes d’effacement, les clients industriels sont des cibles plus intéressantes que les clients résidentiels car ils permettent de créer plus de valeur du fait de leur capacité à effacer un plus grand volume de consommation. En effet, pour générer le même volume d’effacement qu’un client industriel, il faut un plus grand nombre de clients résidentiels, ce qui implique de multiplier les infrastructures de télécommunications. A l’inverse, pour les clients industriels, les volumes d’effacement unitaire sont relativement importants avec des coûts de télécommunications relativement réduits. Cependant, ce constat est susceptible d’évoluer du fait des progrès technologiques. Si, demain, l’évolution des innovations conduit à réduire le coût des infrastructures de télécommunications, l’effacement chez les clients résidentiels deviendra plus intéressant financièrement.

Que pensez-vous du « dynamic pricing » ? Peut-on l’envisager en France ?

La tarification différenciée ou « dynamic pricing » existe déjà par le biais des tarifs EJP (Effacement Jour de Pointe) et Tempo, mais ceux-ci ne sont plus proposés au client compte tenu de l’incohérence de la structure de ce tarif avec le tarif d’utilisation des réseaux. Il conviendrait de relancer ce type de tarifs.
Ce principe de tarification n’est, à mon sens, envisageable en France que dans la mesure où il laisse au client le temps suffisant pour adapter sa consommation en fonction du prix connu de l’électricité. Le « dynamic pricing » à l’extrême, c’est-à-dire une tarification très dynamique qui varierait quasiment en temps réel en fonction des coûts de production de l’électricité, n’est, à l’heure actuelle, pas envisageable pour cette raison.

Comment les réseaux intelligents vont-ils impacter l’environnement concurrentiel de la fourniture ? De quels nouveaux acteurs/nouveaux services anticipez-vous l’arrivée ? Comment EDF se prépare-t-il à l’arrivée de nouveaux concurrents ?

Les réseaux intelligents ne vont pas conduire à faire émerger de nouveaux acteurs, mais plutôt à renforcer la concurrence sur les services entre les acteurs existants. Les fournisseurs proposent une grande diversité de services et seront en mesure d’adapter leur offre aux réseaux intelligents.

EDF a déjà des compétences en matière de technologies de l’information et de la communication en utilisant notamment le CPL (Courant Porteur en Ligne). Néanmoins, EDF n’a pas vocation à se spécialiser dans les télécoms. L’énergie et les télécoms sont deux métiers bien distincts à haut degré de technicité. En effet, ce n’est pas le même métier de transformer le signal analogique de la télévision en un signal numérique grâce aux technologies de télécommunications et de s’en servir pour gérer des effacements. Il y a des contraintes de sécurité, de sûreté et de fiabilité, mais aussi des contraintes de débit qui ne sont pas les mêmes dans les deux cas et qui demandent des compétences bien spécifiques.

Envisagez-vous de créer des partenariats avec des équipementiers ou des prestataires de services pour offrir une palette de services plus larges à vos clients ?

Dans la mesure où les énergéticiens vont diversifier leurs activités, je  pense que les partenariats sur les services seront rares. En effet, leur mise en place est très longue et le fait de trouver des synergies entre acteurs risque de prendre plus de temps que de développer son propre produit. Par ailleurs, il est difficile de réaliser des partenariats à grande échelle. En effet, ils sont possibles à l’échelle d’une ville, mais c’est beaucoup plus compliqué à réaliser à l’échelle d’un pays. Même s’ils peuvent aider au développement des réseaux intelligents, les partenariats sur les services n’en seront pas le moteur. Je crois, en revanche, aux partenariats de type industriel pour le développement d’équipements et de logiciels.

En effet, la dimension industrielle des réseaux intelligents est très forte et passe aussi par la recherche de normes, en prenant en compte l’évolution des services et produits dans le domaine de l’électricité. La normalisation induit des coûts moins importants pour ces solutions par rapport à des solutions où il faudrait développer des normes propres. La normalisation est un sujet d’importance pour les équipementiers car elle permet de bénéficier d’effets volume en minimisant les coûts.

Conclusion

Les technologies de réseaux intelligents représentent ce qu’était l’informatique dans les entreprises il y a quelques années. Elles vont servir de réceptacle à certaines innovations, permettre de gérer différemment le système électrique et contribuer à renouveler la relation entre le fournisseur et le client.


Bernard DELPECH
18 février 2011


Bernard DELPECH est Directeur Délégué de la Recherche et Développement du Groupe, en charge des domaines d’activités Commerce, Energies Renouvelables, Management d’Energie et Réseaux (Aval). Auparavant, il était responsable de la Division du Développement des Energies réparties à la Direction Commerce, après avoir occupé des postes à responsabilité dans le secteur du Réseau de Transport et de Distribution.
Il a également été en charge à la Direction Financière, du Contrôle de Gestion des Entités du Groupe en France.
Diplômé de l’Ecole Polytechnique, de l’Ecole Nationale de l’Administration Economique, il est titulaire d’un doctorat en Mathématiques de la Décision.


La R&D d'EDF joue un rôle moteur pour le Groupe EDF et pour ses clients. Le développement de l'électricité bas carbone représente l'axe prioritaire de ses travaux, grâce à la relance du nucléaire et la valorisation des énergies renouvelables.

EDF R&D s'efforce donc de moderniser les infrastructures pour optimiser leur niveau de production et de sécurité. Par ailleurs, nos chercheurs explorent de nouvelles perspectives énergétiques et développent des produits innovants pour nos clients partout à travers le monde.




Interview de Patrice Mallet (Accenture) :

Comment Accenture aide-t-elle ses clients à élaborer leurs modèles d’affaires pour leurs activités liées aux réseaux électriques intelligents ?

Accenture collabore depuis deux ans avec le Forum économique mondial pour réfléchir aux conditions nécessaires au développement des Smart grids. Nous avons publié récemment une étude sur les facteurs nécessaires au déploiement des projets pilotes, en nous appuyant sur l’analyse d’environ 90 projets recensés aujourd’hui dans le monde et en tenant compte de l’avis d’une soixantaine de parties prenantes à ces projets.

Pour aider au mieux nos clients, nous nous positionnons sur trois niveaux :

  • tout d'abord, nous intervenons à un niveau global, en nous positionnant en appui d’un certain nombre de gouvernements pour réfléchir sur ces sujets. Par exemple, nous avons accompagné le Department of Energy and Climate Change (DECC) du gouvernement britannique dans sa réflexion sur la stratégie de déploiement des réseaux électriques intelligents. Ce premier niveau requiert nos compétences en matière de conseil en stratégie et de conseil métier ;
  • nous soutenons également les Utilities souhaitant développer des technologies de réseaux électriques intelligents, que ce soit en amont ou en aval du réseau. Nous travaillons aussi avec les fournisseurs sur l’élaboration de modèles financiers ou de tarification dynamique (en B2B – business to business ou en B2C – business to consumer), sur des projets de type « smart home » ;
  • enfin, nous conseillons de nouveaux acteurs traditionnellement peu présents dans le secteur électrique, tels que les opérateurs de télécommunications et de gestion de données, qui développent des activités en matière de réseaux intelligents.

L’émergence des Smart grids fait évoluer la chaîne de valeur du système électrique ainsi que les activités et les métiers des acteurs présents sur cette chaîne. Dans quel sens se fait cette évolution ?

Les opérateurs historiques seront vraisemblablement les plus touchés par le développement des réseaux électriques intelligents. En effet, les outils et les processus devront être adaptés, ce qui implique une modification de l’organisation de ces acteurs.

Les métiers des opérateurs sont en pleine évolution, que ce soit au niveau de la relation avec le client ou de la conduite du réseau. Par exemple, les fournisseurs d’électricité pourront proposer aux consommateurs de nouveaux services, des offres diversifiées, une évolution de la tarification et de la facturation ou encore une amélioration de la qualité de service grâce aux technologies de l’information et de la communication.

Les acteurs du système électrique vont se répartir selon quatre rôles :

  • le premier concerne les opérateurs régulés ;
  • le deuxième a trait aux fournisseurs qui pourront proposer de nouvelles grilles tarifaires et des services innovants ;
  • le troisième concerne les équipementiers avec les perspectives de généralisation des technologies et de partage d’expertise ;
  • le dernier concerne les acteurs du secteur de l’informatique et des télécommunications qui proposeront de nouveaux services, avec une interrogation quant à la place qui leur sera laissée.

Comment le jeu des acteurs va-t-il évoluer ? Des partenariats vont-ils se développer entre les électriciens et les spécialistes des télécoms?

Les réseaux intelligents requièrent différentes compétences, différents savoir-faire et différentes technologies, propres à chacun des deux mondes. Le mode de collaboration entre les acteurs peut varier en fonction des pays et de l’implication des pouvoirs publics dans le déploiement des réseaux intelligents. Certains États, comme l’Inde ou la Chine, ont tracé des feuilles de route très directives pour leurs industriels. Le niveau d’intégration entre fournisseur et distributeur varie également selon les pays. On observe un peu partout dans le monde que les villes lancent des expérimentations mettant en œuvre les technologies de Smart grids, dans une approche intégrée, avec des objectifs très ambitieux de réduction des émissions de CO2. La coopération entre les parties prenantes peut prendre la forme de partenariats publics-privés, mais également de fondations subventionnées par des fonds européens. À Amsterdam, nous collaborons avec Amsterdam Innovation Motor (AIM), organisme de développement local chargé d’assurer la coopération entre les secteurs public et privé. Plus précisément, la coopération se fait sous la forme d’une convention entre l’institut d’innovation de la ville et l’opérateur électrique local (http://www.amsterdamsmartcity.com).

Des consortiums se développent entre les acteurs du secteur régulé et ceux du secteur dérégulé pour la recherche de financements publics, par exemple en France sous l’impulsion des Appels à Manifestation d’Intérêt (AMI) de l’ADEME. En Grande-Bretagne, le régulateur de l’énergie (Ofgem) a décidé de s’appuyer sur les possibilités offertes par les droits de propriété intellectuelle pour inciter les entreprises à participer aux expérimentations. Ainsi, les travaux qui relèvent du cœur de métier de chaque entreprise partenaire lui appartiennent, tandis que les travaux réalisés en commun font l’objet d’une mutualisation en matière de propriété intellectuelle. Cette mutualisation des connaissances permet de gagner du temps, notamment sur le choix des technologies à utiliser.

Des partenariats entre les acteurs publics et privés peuvent fonctionner à une échelle locale. Néanmoins, à un niveau mondial, cela semble plus compliqué en raison de spécificités et contraintes propres à chaque pays (concurrence sur le marché de l’énergie, place du régulateur, opérateurs intégrés, etc.).

Quels sont les paramètres-clés qui permettront de définir des modèles d’affaires rentables ?

À mon sens, il y a quatre paramètres-clés qui permettront le développement des Smart grids à grande échelle.

1. Pour les acteurs privés, il s’agit de pouvoir exploiter des technologies sur lesquelles ils ont une perspective de généralisation à l’échelle internationale. Ce qui implique notamment l’élaboration de normes au niveau mondial.
2. Pour les acteurs régulés, il me semble que la priorisation des investissements à réaliser en lien avec les régulateurs est fondamentale.
3. La prévisibilité des évolutions de la réglementation est également importante pour fournir un cadre propice au développement d’un certain nombre de filières.
4. Enfin, le développement du marché des Smart grids dépendra de la volonté politique de conserver, dans la durée, des ambitions élevées en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Quels freins voyez-vous à l’émergence des réseaux intelligents ? Comment les réduire ?

Les freins à l’émergence de ces réseaux peuvent être classés en trois catégories :

  • le caractère insuffisamment incitatif de la régulation pour motiver les opérateurs à investir dans les réseaux intelligents ;
  • le manque d’interopérabilité entre les équipements et les technologies qui risque, soit d’entraîner une multiplication des protocoles et des technologies, soit de freiner les acteurs à investir dans des technologies ;
  • l’imprévisibilité des comportements des consommateurs et de leur acceptation de ces nouvelles technologies.

Tout cela aboutit à des difficultés pour les acteurs à établir des modèles d’affaires rentables. Pour réduire ces freins, des solutions sont déjà mises en place. Les retours d’expérience, même s’ils sont peu nombreux à ce stade, en raison du caractère récent de la plupart des expérimentations, sont indispensables pour pallier les risques. En confrontant les hypothèses, notamment techniques et économiques, aux réalités du terrain, les expérimentations contribuent de manière précieuse à élaborer des modèles économiques viables et rentables. Elles permettent également d’étudier le comportement des consommateurs face aux nouvelles technologies.
Pour pouvoir tirer ces différents enseignements, il est nécessaire que ces expérimentations durent suffisamment longtemps.


Patrice MALLET
19 avril 2011


Patrice MALLET est actuellement associé chez Accenture, responsable du conseil métier et management dans les secteurs des Utilities et Énergie France.










Accenture est une entreprise internationale de conseil en management, technologies et externalisation. Combinant son expérience, son expertise et ses capacités de recherche et d’innovation développées et mises en œuvre auprès des plus grandes organisations du monde sur l’ensemble des métiers et secteurs d’activités, Accenture aide ses clients - entreprises et administrations - à renforcer leur performance.

Interview de Leonardo von Prellwitz (Cisco) :

Comment définiriez-vous les Smart grids ?

Les Smart grids résulteront de la convergence des réseaux électriques et des infrastructures de télécommunications, permettant aux différents acteurs d’interagir avec souplesse sur la planification des réseaux en adaptant l’offre et la demande en temps réel. La modernisation des réseaux électriques a des conséquences sur les politiques mises en œuvre, les technologies développées et les modèles économiques établis.

L’étude de l’évolution des réseaux de trois Etats américains (Texas, Californie et Géorgie) suite à l’intégration des technologies de Smart grids (analyse coûts/bénéfices, analyse des flux financiers et des investissements nécessaires) a permis de démontrer la création potentielle de valeur associée à ces technologies. Ces analyses ont également permis de déterminer les « drivers » de la mise en place des Smart grids, tels que les politiques, les consommateurs, les nouveaux entrants et les énergéticiens. Ces derniers doivent nécessairement poursuivre leurs investissements dans la Recherche et Développement et dans la réorganisation de leurs activités principales s’ils veulent participer au développement des Smart grids.






Quelle est votre stratégie pour aider au développement des réseaux électriques intelligents ?

L’émergence des Smart grids nous paraît similaire à celle d’Internet. Nous y voyons une occasion de développer et de fournir des infrastructures de communication transparentes et intelligentes entre les différents éléments du système électrique. Le but est d’améliorer la capacité des utilisateurs à contrôler leur consommation d'énergie, grâce à l’utilisation de normes sécuritaires. C’est un moyen d’apporter notre savoir-faire à l'ensemble des acteurs concernés.

Cela pourra se faire par la mise en place d'une architecture de communication IP de bout en bout permettant l’accélération de la transformation de l’industrie électrique dans son ensemble, de la production jusqu’aux consommateurs. Cette architecture IP a déjà fait ses preuves, elle est garante d’une interopérabilité entre les acteurs. Évolutive, elle permet non seulement une migration en douceur des systèmes existants mais également une ouverture vers le futur. Le réseau de communication intégré au réseau électrique se positionne alors comme plateforme de convergence et d’innovation qui permettra de développer les services répondant aux besoins des clients actuels ou futurs !

Quelles technologies peuvent aider à l’émergence des Smart grids ?

Le succès des Smart grids dépend du type d’infrastructure de communication déployée. Nous estimons qu’il est nécessaire de mettre en place des infrastructures de communication « ouvertes », sûres, efficaces et robustes reliant les différents éléments du réseau tout en aidant à la prise de décision. Le support de standards existants ou en cours de développement est également un critère déterminant.

Mettre en place un réseau de communication sécurisé entre les différentes entités qui existent, depuis les centrales de production jusqu’aux consommateurs, est, en effet, un élément essentiel à toute solution de Smart grids.

En raison d’une grande diversité des protocoles existants, et donc des équipements installés sur l’ensemble du réseau, il devient essentiel d’utiliser des standards. L’utilisation du protocole Internet IP) permettrait aux futurs équipements de communiquer avec ceux existants de manière sécurisée. Elle assure la fiabilité, l'évolutivité, l'interopérabilité, la sécurité et la rentabilité nécessaires pour répondre aux besoins énergétiques de demain.

C’est pourquoi, compte tenu de ces besoins, nous proposons d'utiliser l'architecture d'Internet, fondée sur l’IP (l'IP est une famille de protocoles de communication de réseau informatique conçus pour et utilisés par Internet), comme base pour l'architecture du réseau intelligent. Nous développons un certain nombre de projets pilotes avec les services publics dans le monde entier, ce qui nous donne un aperçu de la stratégie et de l'architecture nécessaires au développement d’un réseau intelligent. Cisco entend être un acteur majeur dans ce nouveau marché en pleine croissance et proche du sien.

Quelle sont les raisons qui font de Cisco un acteur du marché des Smart grids ? Quelle est votre valeur ajoutée ?

Cisco est le premier fournisseur mondial de produits de communication ayant permis le développement d'Internet. Cisco a développé une expertise et des solutions adaptées aux besoins de communication des industries et propose des solutions évolutives, qui pourront s’adapter aux besoins des réseaux électriques.

Cisco est capable de fournir une solution complète. En effet, nous avons démontré notre capacité à travailler avec les principaux acteurs du secteur électrique pour accélérer le déploiement de solutions adaptées aux besoins des clients, créant un système sécurisé combiné à des solutions intégrées.

Pensez-vous que les partenariats soient une étape essentielle au développement des Smart grids ?

Les Smart grids représentent un nouveau marché pour nous. Nous souhaitons construire un nouvel écosystème de partenaires, tout en gardant nos partenaires déjà existants.

Nous étudions la possibilité de mener des partenariats dans le secteur des intégrateurs de systèmes énergétiques et technologiques, des fournisseurs de compteurs communicants, des intégrateurs de services publics, des fournisseurs de solutions d'automatisation, etc.

Un effort général de toute l’industrie doit avoir lieu pour la mise en œuvre des réseaux électriques intelligents. L’ensemble des acteurs doit travailler avec les pouvoirs publics pour faire de cette vision des Smart grids une réalité. Les Utilities et les régulateurs ont besoin d’établir une feuille de route sur les Smart grids pour s’assurer que les investissements réalisés seront suffisants pour créer un équilibre entre les coûts et les bénéfices.


Leonardo von Prellwitz
13 juin 2011


Leonardo von Prellwitz travaille dans l’équipe Stratégie et Innovation au sein du Connected Energy Group de Cisco.
Il a pour rôle de déterminer la vision et la stratégie de Cisco dans le domaine des Smart grids en définissant le cadre des futurs modèles économiques et en identifiant l’impact issu de l’interaction des technologies, de l’économie et de la régulation tout au long de la chaîne de valeur de l’électricité.






Cisco fournit la gamme la plus étendue de solutions pour le transport des données, de la voix et de la vidéo. Ces solutions basées sur le protocole Internet (IP) se greffent au cœur de l'Internet et de la plupart des réseaux privés ou publics à travers le monde.
Cisco s'attache à créer une plate-forme de communication puissante qui servira de base pour la convergence des données, de la voix, de la vidéo et des communications mobiles dans une architecture intégrée et sécurisée.