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Les projets de compteurs évolués en Europe

Les politiques de déploiement des compteurs évolués ne sont pas uniformes dans toute l’Europe car les projets n’en sont pas tous au même point. En ce qui concerne l’électricité, en Italie et en Suède, respectivement 90 et 99 % des clients finals sont déjà équipés de compteurs évolués, alors que la France n’en est encore qu’à un stade d’expérimentation et que, dans beaucoup d’autres pays, les projets ne sont encore que des scénarios envisagés. Pour le gaz, seule l’Italie a mis au point un déploiement.

Bien que les cadres réglementaires encadrant le déploiement des systèmes de comptage évolué varient d’un pays à un autre, on observe toutefois une récurrence des types de bénéfices attendus sur le plan de la performance du système électrique, dans le cas de dispositif type AMM :

  • baisse des coûts de facturation ;
  • baisse des coûts de gestion des clients ;
  • baisse des fraudes sur les compteurs ;
  • baisse des appels au service client ;
  • baisse des coûts de vérification des compteurs ;
  • baisse des coûts de recherche de panne sur le réseau.

Les bénéfices attendus pour les clients finals proviennent d’une facturation sur index réel, d’une meilleure information sur la consommation et de la suppression des interventions physiques nécessitant la présence du client. Le développement d’offres horo-saisonnalisées et de services domotiques permettra d’agir sur la consommation.

Les questions de l’accès aux données et du respect de la vie privée font l’objet d’une attention particulière dans tous les pays même si, en 2009, la plupart des pays européens n’avait pas de législation traitant le caractère privé du comptage.


Electricité


L’objectif principal qui ressort, pour les pays suivants, est d’améliorer l’efficacité énergétique et d’assurer une fréquence plus élevée des relevés de comptage, et, pour certains pays, de gérer la pointe. Chaque pays a développé sa stratégie de déploiement en fonction du contexte d’évolution du marché de l’électricité.

Principaux objectifs du déploiement de systèmes de comptage évolués :

Fréquence des relevés de
comptage plus élevée
Efficacité énergétique
Gestion de la pointe
France
Allemagne
Grande-Bretagne
Italie
Pays-Bas
Suède

Etat d’avancement de divers projets de comptage évolué en électricité

Sources : Status on the roll-out of Smart Metering in the EU - Manuel Sánchez, Ph.D, Team Leader Smart Metering and Grids , European Commission, DG ENERGY

Gaz

Bien que la réflexion autour des comptages évolués en gaz soit moins avancée que celle en matière d’électricité, la dynamique de déploiement de ces systèmes de comptage évolué est en marche comme l’illustre la carte ci-après :

Sources : Status on the roll-out of Smart Metering in the EU - Manuel Sánchez, Ph.D, Team Leader Smart Metering and Grids , European Commission, DG ENERGY

L’efficacité énergétique a été également définie comme enjeu majeur pour le déploiement des compteurs évolués en gaz. En France, dans sa délibération du 3 septembre 2009, la CRE a recommandé de procéder à une évaluation notamment des fonctionnalités des compteurs évolués, des impacts économiques ainsi que des apports en termes de maîtrise de la demande d’énergie avant de procéder à toute généralisation.

Pour en savoir plus :

Communiqué de presse de GrDF sur l’expérimentation des premiers compteurs communicants – 07/07/2010
Délibération de la CRE du 3 septembre 2009 portant orientations relatives aux systèmes de comptage évolué pour le marché de détail du gaz naturel
Etude Hermès relative aux éventuelles synergies industrielles possibles entre gaz et électricité

Les projets par pays

En Europe, deux pays font figure de leaders dans l’installation des compteurs intelligents à grande échelle : l’Italie, atteindra les 36 millions de compteurs installés d’ici à 2011, et la Suède, qui veut faire face à la difficulté d’intervention chez les clients à cause de leur dispersion sur de grandes étendues, avec un taux de pénétration proche de 100 %.

Coût global du projet
Nombre de compteurs
Coût global par compteur
Italie (Enel)
2,1 milliards d’euros
30 millions
70 euros
Grande-Bretagne (Ofgem)
5,2 milliards d’euros
27 millions
193 euros
Suède (E.ON)
0,2 milliard d’euros
1 million
220 euros

Allemagne

En Allemagne, la mise en place de systèmes de télé-relève semble peu d’actualité. Une réflexion est en cours au sein du VDN sur les modalités de mise en œuvre d’un système de comptage évolué. Alcatel-Lucent a installé en 2009 des compteurs intelligents dans 550 foyers, avec la compagnie d’électricité KELAG Netz. Alcatel-Lucent s’est allié à l’opérateur Vodafone Germany et au fabricant de compteurs intelligents DIEHL Energy Solutions pour offrir un système complet. Alcatel-Lucent mène aussi, en partenariat avec Deutsche Telekom, un test parallèle de compteurs intelligents dans 700 foyers de la ville allemande de Friedrichshafen.

Belgique

Pour des raisons liées à la structure de l’État belge et à la répartition des compétences en matière de politique énergétique entre l’État fédéral et les régions, les analyses technico-économiques relatives au déploiement généralisé des compteurs électriques évolués menées en Belgique ont été conduites par les trois régions : la région flamande, la région wallonne et la région de Bruxelles-Capitale.

Les autorités respectives de ces trois régions ont désigné leur régulateur régional pour veiller à la mise en œuvre de l’évaluation technico-économique demandée par l’Union européenne dans la directive 2009/72/CE du 13 juillet 2009 : le Vlaamse Regulator van de Elektriciteits – en Gasmarkt (VREG) pour la région flamande, la Commission wallone pour l’énergie (CWaPE) pour la région wallonne et le Brugel pour la région de Bruxelles-Capitale. La Commission de régulation de l’électricité et du gaz (CREG), est l’instance de régulation fédérale dont le rôle est notamment d’approuver les nouveaux tarifs de réseau.

Chaque région belge a ainsi mené sa propre étude technico-économique en tenant compte des paramètres de la région concernée (environnement économique, social, etc.). Les modèles économiques et les scénarios choisis dans chaque étude étaient donc différents. Ces études ont amené les autorités de chaque région à conclure à la non-généralisation des compteurs électriques évolués :

  • le Parlement de la région de Bruxelles-Capitale a publié un rapport dont l’analyse coûts/bénéfices est négative (valeur actuelle nette négative sur une période de 20 ans pour un déploiement de 80 % des compteurs) pour l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur concernés par le déploiement des nouveaux compteurs (producteurs, gestionnaires de réseau, fournisseurs, consommateurs) ;
  • en juin 2011, la CWaPE a été chargée de réaliser l’évaluation technico-économique relative au déploiement des compteurs évolués pour la région wallonne. Cette analyse étant négative pour un déploiement complet des compteurs évolués (résultat net négatif de - 186 millions d’euros, coût de 2,2 milliards d’euros), le régulateur wallon a émis un avis négatif sur le déploiement généralisé des compteurs évolués dans sa région ;
  • en Flandre, l’analyse technico-économique liée au scénario de déploiement de 80 % des compteurs en 2020 donne un résultat négatif d’environ 200 millions d’euros. Pour cette raison mais également en raison de nombreuses incertitudes dans l’actuelle analyse coûts/bénéfices, du coût d’investissement élevé et de la répartition des frais afférente, le gouvernement flamand a décidé, en juin 2012, de reporter sa décision de généralisation de compteurs évolués.
Région de Belgique
Flandre
Wallonie
Bruxelles
Organisme commanditaire
VREG
CWaPE
BRUGEL
IBGE
Description
- Analyse de faisabilité technique
- Analyse Coûts et Avantages (ACA)
- Impact environnemental et social
- Analyse de faisabilité technique
- Analyse Coûts et Avantages (ACA)
- Impact environnemental et social
- Analyse de faisabilité technique
- Analyse Coûts et Avantages (ACA)
- Impact environnemental et social
Bureau d'étude
KEMA
CAPGEMINI
CAPGEMINI
PwC
Année de réalisation
2008 et 2011/2012
2011/2012
2010/2012
2011/2012

L’organisme de concertation entre l’État fédéral et les régions en matière énergétique « CONCERE/ENOVER » a été chargé de mutualiser ces informations et de présenter un rapport de synthèse à l’Union européenne. Ce « rapport sur l’évaluation économique relative aux systèmes intelligents de mesure en Belgique » a donc conclu que « les conditions exigeant la mise en œuvre de systèmes intelligents de mesure au moins chez 80 % des consommateurs à l’horizon 2020 ne sont pas rencontrées ».

Une procédure de concertation structurelle a également été initiée entre le régulateur fédéral et les trois régulateurs régionaux dans le cadre du Forum des régulateurs belges (FORBEG).

Cependant, les trois régions poursuivent tout de même leurs projets-pilotes de compteurs évolués d’électricité et de gaz.

Dans la région de Bruxelles-Capitale, le gestionnaire du réseau de distribution Sibelga, met en œuvre un projet pilote permettant de tester les fonctionnalités des compteurs évolués et d’équiper certains utilisateurs (industriels et commerciaux) de compteurs télérelevés (index ou courbes de charges). La consommation d’électricité et de gaz des utilisateurs concernés par ces compteurs devrait atteindre, respectivement pour l’électricité et le gaz, 55 % et 35 % de la consommation totale sur le réseau de distribution de la région de Bruxelles-Capitale.

En région wallonne, deux projets-pilotes sont en cours à Marche et à Nivelles. Le gestionnaire des réseaux de gaz et d’électricité Ores, présent dans 198 communes wallonnes, installe 1 500 compteurs évolués, dont 1 250 compteurs électriques et 250 compteurs de gaz. L’objectif est de tester la faisabilité technique et la capacité à rapatrier les données de consommation.

En Flandre, le gestionnaire de réseau Eandis a lancé, en juin 2011, un projet-pilote de 40 000 compteurs évolués sur l’ensemble du territoire. Mis en œuvre après une première expérimentation de 4 300 compteurs d’électricité et de gaz naturel évolués dans les localités malinoises de Leest et Hombeek, ce projet est à la fois une expérimentation technique (test des fonctionnalités et des protocoles de communication) et logistique (processus de déploiement) mais également une expérimentation économique, qui permettra de tester les processus de marché. Ce projet doit également permettre d’obtenir de plus amples informations sur les coûts et les avantages du compteur intelligent.

Pour en savoir plus :

Rapport sur l’évaluation économique relative aux systèmes intelligents de mesure en Belgique

France

En France, le projet de déploiement de compteurs évolués vise cinq objectifs : l’information des clients finals, l’amélioration de la qualité de service, la contribution à la MDE, l’amélioration du fonctionnement du marché et la maîtrise des coûts des gestionnaires de réseau. Pour cela, l’expérimentation Linky a été mise en place.

Pour en savoir plus :

Focus sur l’expérimentation Linky

Grande-Bretagne

Au Royaume-Uni, ce sont les fournisseurs d’électricité et de gaz qui sont chargés du déploiement des compteurs évolués.

Le gouvernement britannique a fixé à 2019 la date butoir pour le déploiement de compteurs évolués dans l’ensemble du pays.

Les grandes orientations du programme de compteurs évolués ont été définies par le gouvernement à la suite de consultations publiques.

Outre-Manche, l’approche est multi-énergies ; le programme prévoit le remplacement de 53 millions de compteurs (électricité et gaz) pour 30 millions de foyers. Un ensemble de spécifications techniques pour le comptage évolué électrique et gaz a été récemment publiées par le Département en charge de l’énergie et du climat. Ce document présente les exigences minimales concernant les caractéristiques physiques, les fonctionnalités, les interfaces et la gestion des données.

Le consommateur est placé au cœur du futur dispositif et devra jouer un rôle important, notamment pour atteindre les gains estimés dans les études initiales. Pour cela, un afficheur « In-Home Display » sera fourni lors du déploiement, il permettra aux consommateurs de connaître leur consommation d’énergie.

Dans ce cadre, Centrica, le premier fournisseur britannique d’électricité et de gaz a confié à Oxford Economics la réalisation d’une étude technico-économique sur le déploiement de compteurs évolués en électricité et en gaz au Royaume-Uni. Cette étude a analysé le rapport coûts/bénéfices sur la période 2012-2030 d’un déploiement sur l’ensemble des foyers et des PME-PMI britanniques.

Selon cette étude, le déploiement devrait coûter 11,5 milliards de livres et en rapporter 25,3 milliards (le gouvernement britannique estime à 11,5 milliards de livres le coût total sur les vingt prochaines années et à 18,6 milliards de livres les bénéfices). Oxford Economics évalue :

  • à 11,2 milliards de livres les bénéfices, d’une part, pour les foyers (9 milliards soit une économie de 65 livres par foyer et par an) et, d’autre part, pour les PME-PMI (2,2 milliards). Des gains directs réalisés car les consommations devraient baisser, grâce à une meilleure maîtrise de la demande en énergie. Le rapport indique que ces chiffres sont fondés sur une réduction de la consommation de 5 % en moyenne grâce au système de comptage évolué permet ;
  • à 10,7 milliards de livres les bénéfices pour l’industrie énergétique, dont 3,3 milliards de livres avec la fin des relèves, 1,7 milliard de livres grâce aux changements facilités de fournisseurs. La baisse des réclamations, la réduction du nombre d’impayés et la gestion des compteurs à prépaiement représentent chacun 1 milliard de livres d’économie ;
  • à 3,2 milliards de livres les bénéfices issus de gains indirects sur la production d’électricité. En effet, le rapport estime que la baisse de la consommation entraînera une baisse de la production nécessaire pour y répondre et, par voie de conséquence, une baisse des émissions de gaz à effet de serre.

L’Ofgem a décidé de mettre en place un groupe de travail pour déterminer un schéma où le client pourrait conserver le même compteur malgré son changement de fournisseur et d’élaborer un standard pour l’interopérabilité des systèmes de comptage.

En mai 2013, le ministère de l’Énergie et du Climat britannique a choisi de repousser à 2015 le déploiement des compteurs communicants en raison du risque de ne pas disposer des services de données et de communication nécessaires dans les temps. La date butoir pour le déploiement généralisé est donc décalée à 2020. Le ministre de l’Énergie et du Climat a également indiqué que de nouvelles règles serait introduites d’ici à la fin de l’année 2013 pour que les foyers équipés de compteurs évolués puissent les conserver même en cas de changement de fournisseur.

Pour en savoir plus :

Smart Metering Implementation Programme consultations
Smart Metering Implementation Programme et Smart Metering Equipment Technical Specifications

Italie

En Italie, dès 2001 Enel a déployé massivement un système de comptage évolué, de type AMM et visant plus de 30 millions de clients pour un investissement global affiché de 2,1 milliards d’euros. Dans les faits, plus de 27 millions de client disposent de ces compteurs et, à compter de 2011, ils seront obligatoires pour 95 % des clients finals basse tension. Le compteur évolué déployé dans le cadre du projet Telegestore d’Enel permet d’offrir au client un vaste choix d’offres horo-tarifaires et d’agir sur le compteur à distance (télégestion). La fréquence de relève des données de consommation a toutefois été maintenue à un rythme bimestriel. Enel a elle-même conçu ses compteurs AMM, les a développés avec ses partenaires et les a fait construire en Chine. Cependant, l’interopérabilité des équipements n’a pas été suffisamment prise en compte dans l’architecture du projet. L’investissement engagé par Enel est important : 2,1 milliards d’euros sur 5 ans. L’amortissement est calé sur une espérance d’économies annuelles attendues de l’ordre de 500 millions d’euros. Enel déclare d’ores et déjà avoir rentabilisé son investissement grâce aux gains dégagés par la réduction de la fraude.

Luxembourg

Les gestionnaires de réseau d’électricité et de gaz naturel luxembourgeois – Creos, Sudgaz, Sudstroum, Electris, Ville de Diekirch, Ville d'Ettelbruck et Ville de Dudelange – déploieront un système commun de comptage évolué dès juillet 2015. A partir de cette date, tout nouveau raccordement bénéficiera d'un compteur évolué. 95 % du parc de compteurs devra être remplacé d’ici fin 2018 pour les compteurs électriques et fin 2020 pour les compteurs de gaz. Ce déploiement généralisé des compteurs est estimé à 80 millions d’euros.

Cette décision intervient après la réalisation d’une étude technico-économique en 2011 qui a démontré que le déploiement généralisé d’un système de comptage évolué pour l’électricité et le gaz au Luxembourg apparaît tout à fait faisable techniquement à partir de 2012, même si les technologies, les équipements et les normes sur le marché manquent encore de maturité.

L’analyse des coûts et bénéfices pour les différents acteurs des marchés de l’électricité et du gaz montre que le déploiement généralisé d’un système de comptage évolué présente un intérêt économique à long terme, pour la collectivité et pour les consommateurs, sur la base d’hypothèses conservatrices concernant l’amélioration de la maîtrise de la demande en énergie (MDE) induite par le système.

Les gestionnaires de réseau et l’Institut luxembourgeois de régulation travailleront ensemble pour déterminer les fonctionnalités, les services et les systèmes de sécurité dont sera équipé ce nouveau compteur.

Des projets pilotes ont d’ores-et-déjà été lancés (à Buschdorf et Strassen en 2011, à Syren et Reckange en 2012) et d’autres sont prévus (à Mullendorf, Koerich et Goeblange en 2013).

Les différents gestionnaires de réseaux exploiteront ce nouveau système grâce à un opérateur commun qui prendra la forme d’un groupement d’intérêt économique (GIE).

La loi luxembourgeoise prévoit que ce système devra, également, être en mesure d’accueillir d’autres vecteurs comme l’eau ou la chaleur.

Pour en savoir plus :

Etude économique à long terme pour la mise en place de compteurs intelligents dans les réseaux électriques et gaziers au Luxembourg
Communiqué de presse du ministère de l’Economie et du Commerce extérieur du Luxembourg

Norvège

Bien que n’étant pas membre de l’Union européenne, la Norvège fait partie de l’espace économique européen (EEE) et, à ce titre, applique certaines directives et certains règlements de l’Union européenne, et notamment ceux dans le domaine de l’énergie.

Dans ce cadre, comme dans la majorité des États membres de l’Union européenne, le marché de l’électricité norvégien est dérégulé. Le gestionnaire du réseau et le fournisseur sont deux acteurs différents et c’est le gestionnaire du réseau de distribution qui est responsable des activités de comptage sur son réseau. En juin 2011, il y avait 150 gestionnaires de réseau de distribution (GRD) en Norvège, dont 8 desservant plus de 100 000 consommateurs.

La Norvège applique également la directive européenne 2009/72/CE sur le comptage évolué. Les conditions préalables au déploiement du comptage évolué en Norvège sont spécifiées dans la réglementation norvégienne (FOR-1999-03-11-301).

Pour le régulateur norvégien (le Norges vassdrags- og energidirektorat – NVE), la technologie de comptage évolué est un facilitateur pour un marché de l’électricité plus efficace, une maîtrise de la consommation d’électricité et une bonne gestion du système électrique.

Conformément à la directive européenne 2009/72/CE, le régulateur norvégien a défini plusieurs objectifs pour la mise en œuvre des technologies de comptage évolué :

  • la facturation exacte de la consommation d’électricité ;
  • la facilitation de changement de fournisseur ;
  • la concurrence accrue entre les fournisseurs d’électricité et, par conséquent, des prix réduits et nouveaux produits et services ;
  • le contrôle plus efficace du réseau de distribution ;
  • l’information accrue des consommateurs sur les prix et sur leur consommation d’électricité.

Après de multiples retards pris dans le cadre du déploiement du compteur évolué (incertitude sur les coûts et la qualité de la technologie, attente des résultats du processus de standardisation de l’UE), le régulateur norvégien a pris la décision, le 24 juin 2011, de généraliser les systèmes de comptage évolué avant le 1er janvier 2017. 80 % des consommateurs devront avoir un compteur évolué d’ici le 1er janvier 2016. Tous les gestionnaires de réseau sont obligés de fournir un rapport d’avancement périodique au régulateur norvégien. Le premier rapport, auquel 126 gestionnaires de réseau ont participé, a été fourni le 1er janvier 2012 et 126 gestionnaires de réseau ont fourni une analyse (ils représentaient 2 791 385 consommateurs au total). Selon ce rapport, la plupart des gestionnaires de réseau sont encore au début de leur calendrier de déploiement. 38 gestionnaires de réseau ont déjà installé des compteurs évolués chez la plupart de leurs clients (197 621 consommateurs). 49,2 % espèrent que leur plan de déploiement sera approuvé en 2012 et 61 % signeront un accord avec les fournisseurs de matériels en 2012 ou 2013. 52 % espèrent pouvoir installer les compteurs à partir de 2013 ou 2014.

Lors de sa décision de généralisation, le régulateur a également spécifié les conditions de fonctionnement de ces nouveaux compteurs évolués. Les compteurs évolués devront :

  • pouvoir stocker les données avec une fréquence d’enregistrement de 60 minutes maximum. Il devra être possible de changer la fréquence d’enregistrement jusqu’à un minimum de 15 minutes ;
  • avoir des interfaces standardisées pour que les compteurs puissent communiquer avec des équipements extérieurs fondés sur des normes ouvertes ;
  • être capable de se connecter à d’autres types de compteurs (gaz, chaleur, eau, etc.) ;
  • stocker de manière sécurisée des données lors des coupures de tension ;
  • couper ou réduire la puissance souscrite chez le consommateur, sauf pour les consommateurs équipés d’un réducteur de mesure ;
  • envoyer et recevoir les informations tarifaires (contrats de fourniture et tarif réseau) et signaux pour le contrôle de la charge et la surveillance des défauts électriques à la terre ;
  • fournir une sécurité suffisante contre un usage frauduleux des données et contre un accès non autorisé aux fonctionnalités de contrôle de la puissance ;
  • mesurer la puissance active et la puissance réactive.

Les mesures à pas horaire devront être stockées dans le compteur jusqu’au moment de leur transfert au gestionnaire de réseau avant la fin de la journée et être disponibles pour le consommateur et le fournisseur à partir de 9 heures le lendemain.

Les coûts d’un déploiement complet de la technologie de comptage évolué en Norvège sont estimés à 625 millions d’euros. Cette somme comprend les investissements, la technologie et l’installation des compteurs. 625 millions d’euros devront être ajoutés pour couvrir les coûts liés aux systèmes logiciels internes.

En février 2013, le ministère norvégien du Pétrole et de l’Énergie a annoncé que le déploiement complet des compteurs évolués serait retardé de deux ans (1er janvier 2019) afin que les opérateurs puissent mettre en place le système dans de bonnes conditions techniques, économiques et financières.

Un des points encore en suspens est la mise en place d’une base nationale des données de comptage. Un travail a été entrepris pour évaluer la possibilité d’un accès des tiers aux données et aux nouveaux services. Cela s’est traduit dans une demande du régulateur au gestionnaire du réseau de transport pour évaluer les possibilités d’une base nationale des données de comptage – pour stocker les données de comptage de tous les consommateurs en Norvège – et par laquelle les fournisseurs d’énergie pourront avoir accès aux données de leurs clients. La demande du régulateur au gestionnaire du réseau de transport a été envoyée en décembre 2011 et la recommandation du gestionnaire de réseau fournie en juin 2012.

Pour en savoir plus :

Comptage évolué en Norvège – Blog de Catherine Banet, Cabinet d’avocat Simonsen

Pays-Bas

Aux Pays-Bas, la libéralisation des activités de comptage a engendré une augmentation des prix de location des compteurs « d’une façon disproportionnée par rapport aux services offerts » selon le régulateur néerlandais. En septembre 2007, le gouvernement néerlandais a proposé que les sept millions de ménages soient équipés d’un compteur évolué d’ici 2013, dans le cadre d’un plan national d’économies d’énergie. Tous les usagers auraient eu à disposition un compteur évolué doté de capacités de communication et d’exécution de logiciels optionnels. Pour toute nouvelle mise en service, nouvelles habitation ou tout remplacement de compteur, la mise en place d’un compteur évolué était rendue obligatoire sous peine d’amende (17 000 euros et 6 mois de prison pour ceux qui s’opposaient à cette installation). Mais la mobilisation des associations de consommateurs qui refusaient que soient rendus obligatoires des dispositifs effectuant des relevés à une fréquence jugée contraire à la protection de la vie privée, induisant par ailleurs une hausse du prix de location du compteur, a entraîné le retrait du premier projet de loi en 2009. Ce projet prévoyait des sanctions pour tout citoyen qui refuserait l’installation d’un compteur. En novembre 2010, le Parlement néerlandais a adopté de nouvelles dispositions législatives prévoyant l’installation du compteur sur la base du volontariat et conditionnant le relevé détaillé à l’accord du consommateur.

Portugal

Au Portugal, le projet Inovgrid, mené par EDP compte environ 6,1 millions de clients. Le Portugal bénéficie de vent et d’un fort ensoleillement, ce qui fait que, certains jours, plus de 90 % de l’électricité est produite à partir d’énergies de sources renouvelables. Inovgrid associe des compteurs intelligents à un réseau intelligent. EDP a d’emblée intégré l’ensemble des éléments nécessaires au système d’information en créant une infrastructure dédiée. Ce projet a  démarré en 2007 et a conduit à des expérimentations de différentes zones géographiques. Aujourd’hui, plus de 50 000 points sont gérés par les Smart grids dans le pays.

Suède

La Suède constitue une exception par rapport aux autres pays. Dès 2001, des études relatives au comptage intelligent ont été menées. Ce déploiement de compteurs n’a pas été encadré par la loi  : en effet, l’introduction de l’obligation de facturation mensuelle sur la base de données de consommations réelles à partir du 1er juillet 2009 a créé une forte incitation à la transformation des parcs de compteurs basse tension par les opérateurs suédois. Effectivement, à cette date, 5,3 millions de compteurs évolués ont été déployés, servant principalement pour les relevés à distance. Le gouvernement n’exclut pas la possibilité qu’une partie des investissements soit financée par une hausse du tarif d’utilisation des réseaux (régulé), à la mesure des bénéfices perçus par les utilisateurs finals

Suisse

En novembre 2009, l’Office fédéral de l’Énergie suisse (OFEN) a établi une liste de recommandations pour la mise en œuvre des systèmes de comptage évolués de type AMR :

  • le système devra permettre un retour fréquent des données de consommation, fournir des informations supplémentaires et laisser aux consommateurs le choix de leur moyen d’information (SMS, Internet, etc.) ;
  • les compteurs communicants devront permettre la prise en charge de fonctions complémentaires (affichage déporté, commande de l’appareil, mesures d’autres fluides) ;
  • les systèmes de comptage évolués devront garantir l’interopérabilité des matériels et technologies (compteurs, concentrateurs et systèmes).

L’expérimentation des nouveaux systèmes de comptage en Suisse repose sur une initiative privée, appelée Green Value et mise en œuvre par le fonds immobilier Realstone Swiss Property. Elle a débuté en juin 2010 dans le canton de Lausanne. En partenariat avec les Services industriels de Lausanne (fournisseur d’énergie suisse), Realstone Swiss Property a mis à disposition des locataires de 200 logements des outils de service énergétique multifluides (compteurs communicants Itron et Landis+Gyr et interfaces) qui doivent permettre aux habitants de mieux gérer leur consommation énergétique. Ce projet-pilote représente un investissement de l’ordre de 300 000 francs suisses. Le fonds immobilier a pour objectif d’étendre le programme à d’autres cantons et de démontrer la pertinence de cette approche de consommation d’énergie responsable.

Les compteurs électriques évolués font partie des mesures prévues dans la « Stratégie énergétique 2050 » de la Suisse. Une étude technico-économique, sur le modèle de celle demandée par la Commission européenne, a été menée par Bits to Energy Lab de l’École polytechnique fédérale de Zurich, Ecoplan, la société ENCO AG et la société Weisskopf Partner sur mandat de l’Office fédéral de l’énergie (OFEN). Dans cette étude, différents scénarios pour la mise en place d’un système de compteurs évolués ont été définis. L’étude évalue les incidences économiques, sociales et écologiques et donne la répartition des coûts et des bénéfices pour les différents acteurs de la chaîne de valeur.

Scénarios d’introduction du comptage intelligent

Source : OFEN

Comparaison des coûts et des avantages directs des scénarios
(en millions de francs suisses, VAN 2015 des coûts/avantages cumulés 2015-2035)

Source : OFEN

Répartition par acteur des coûts et avantages du scénario de déploiement « Introduction généralisée »
(en millions de francs, VAN 2015 des coûts/avantages cumulés 2015-2035)

Source : OFEN

Selon le rapport final de l’OFEN « Folgeabschätzung einer Einführung von Smart Metering im Zusammenhang mit Smart Grids in der Schweiz » du 5 juin 2012, le déploiement généralisé du comptage évolué est rentable du point de vue macroéconomique. Il profiterait en premier lieu aux ménages ainsi qu’aux entreprises de services et aux commerces. Le déploiement généralisé devrait, ainsi, permettre aux consommateurs d’électricité d’économiser de 1,5 à 2,5 milliards de francs suisses (soit 1,2 à 2 milliards d’euros) avec un investissement de seulement un milliard de francs suisses. Pour les gestionnaires de réseaux, les fournisseurs d’énergie et les producteurs d’électricité, les coûts dépasseraient les bénéfices, selon la réglementation en vigueur.

Le Livre blanc de l’Association Smart grids suisse (VSGS) (voir la rubrique « Territoires et projets ») présente les fonctionnalités de base des compteurs intelligents pour la Suisse. Ces fonctionnalités répondent aux recommandations de la Commission européenne (gestion des modifications de contrat à distance, données de comptage disponibles pour le client final, mesure des flux de l’énergie bidirectionnels, etc.).

Le Livre blanc évalue les différents projets pilotes existants et formule des recommandations à l’attention de différents groupes d’interlocuteurs (législateurs, fournisseurs, etc.) :

  • pour l’Institut de métrologie suisse (METAS) : s’éloigner de l’exigence de la tarification à l’intérieur des compteurs, autoriser la méthode de certification par sondage pour les compteurs évolués, permettre une mise à jour du logiciel, malgré les prescriptions de certification ;
  • pour l’OFEN : définir l’imputation des coûts des compteurs évolués ;
  • pour l’organisme responsable de la protection des données : simplifier la réglementation sur la protection des données et réduire le nombre de contraintes pour que les compteurs évolués soient économiquement exploitables ;
  • pour les fabricants de compteurs évolués : développer des solutions interopérables, standardiser l’interface pour l’accès direct par le client final et améliorer la capacité Plug & Play.

La VSGS soutient le déploiement généralisé du comptage évolué en Suisse mais indique que le recours aux compteurs intelligents n’est toutefois pas une condition préalable à la réalisation d’un réseau intelligent. Le déploiement des compteurs devra être réalisé par les gestionnaires de réseaux. La solution de base offrant les fonctionnalités minimales devra être financée par le client final, par le biais du tarif de réseau. Une période de dix ans pour un déploiement généralisé de 80 % des compteurs évolués et de vingt ans pour un déploiement généralisé à 100 % semble appropriée.

Pour en savoir plus :

Etude technico-économique du déploiement généralisé des compteurs évolués en Suisse, OFEN

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