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Point de vue de Chantal Derkenne (ADEME) :

Le défi auquel est confrontée l’ADEME depuis plusieurs années est d’amener les ménages à maîtriser leurs consommations d’énergie, et en particulier leurs consommations d’électricité dans un contexte français où celle-ci est disponible en abondance. Le discours sur la maîtrise de la demande est d’ailleurs en général difficile à faire passer dans notre société : il s’oppose à nos modes de vie consuméristes..

Depuis plusieurs années et à travers différentes études et travaux qu’elle mène, l’ADEME cherche néanmoins les leviers pour mobiliser le plus grand nombre et favoriser de nouvelles pratiques économes en énergie.

Quel effet de l’information sur les pratiques ?

Dans les dipsositifs permettant d’agir sur les pratiques des ménages, l’information en est un essentiel. Si elle s’avère nécessaire, les résultats suivants, tirés du baromètre effet de serre de l’ADEME (Le baromètre sur l’effet de serre est une enquête quantitative de l’ADEME qui donne l’opinion des Français sur ce sujet depuis plus de dix ans.) montrent néanmoins que des informations très générales n’ont pas d’influence sur les pratiques.
Dans cette enquête les interviewés déclarent pour une série de pratiques comme trier les déchets, éteindre les appareils électriques qui restent en veille , acheter des légumes locaux et de saisons, s’ils le font déjà , s’ils pourraient le faire facilement/difficilement ou encore s’ils ne pourraient pas le faire.

A partir de l’item « équiper son logement en lampes basse consommation », nous avons classé les personnes interrogées en sous-groupes selon qu’elles étaient plus ou moins convaincues par les conséquences de l’effet de serre. Leur adhésion et leur niveau d’information sur l’effet de serre ont-ils modifié leurs pratiques énergétiques déclarées ? Les résultats montrent que la corrélation entre les deux critères est inexistante, voire inversée. Autrement dit, ceux qui considèrent l’aggravation de l’effet de serre comme une certitude sont les moins nombreux à déclarer avoir déjà équipé leur logement en lampes basse consommation.

Cela démontre que le lien de causalité entre l’information et le changement de comportement n’est pas systématique, loin s’en faut !


Source : ADEME

Le même exercice a été réalisé non plus à partir du niveau de conviction du changement climatique mais à partir des pratiques de tri des déchets. Dans ce cas, la corrélation entre la pratique du tri des déchets et la consommation d’énergie existe : plus les gens disent trier leurs déchets, plus ils déclarent avoir équipé leur logement en lampes basse consommation.


Source : ADEME

Si cette enquête nous montre que l’information générale n’a pas d’effet sur les pratiques des ménages, elle ne nous dit rien en revanche sur l’information de proximité. Sur ce point des études sont en cours. Nous pouvons d’ores et déjà noter cependant que les consommations d’énergie des ménages sont le fruit de multiples arbitrages. Selon les ménages et selon les usages de l’énergie (chauffage, déplacement, éclairage, etc.), les logiques et les contraintes sont à chaque fois différentes.

Ainsi l’information disponible peut faciliter le changement des pratiques énergétiques mais beaucoup d’autres éléments entrent en ligne de compte comme l’éducation, le niveau de confort souhaité, la composition du ménage, l’âge, les revenus, la connaissance des bonnes pratiques, etc.


Source : ADEME

L’information même de proximité n’est donc qu’un élément parmi d’autres qui explique le comportement d’une personne vis-à-vis de l’énergie. Retenons qu’il n’y a pas de lien mécanique entre information et changement de comportement : les ménages ne changent de pratiques énergétiques que dans la mesure où cela leur simplifie la vie ou s’ils y sont contraints.

Quel impact sur les consommations d’énergie quand le consommateur devient producteur d’énergie ?

Une personne qui devient producteur d’énergie s’interroge-t-elle davantage sur sa façon de consommer ? Investir dans les énergies renouvelables responsabilise-t-il davantage le consommateur ? Pour répondre à ces questions, l’ADEME a conduit une étude (Etude réalisée par Christophe Beslay et Romain Gournet, Bureau d’études sociologiques C. Beslay) en partenariat avec GrDf et GDF SUEZ-CRIGEN sur le comportement de consommation des ménages producteurs d’énergie.

Un peu moins de la moitié des personnes rencontrées, dorénavant productrices d’énergie, a déclaré ne pas avoir modifié ses pratiques de consommations d’énergie. Elles ont conservé, voire sensiblement amélioré leur niveau de confort, mais sans pour autant modifier leurs habitudes. On trouve cependant deux cas très différents :
Pour les uns, « expérimentateurs écologistes », la production décentralisée d’énergie est un moyen supplémentaire de maîtriser leurs consommations et d’économiser l’énergie fossile. Ils avaient déjà des pratiques économes qu’ils n’ont pas modifiées. C’est aussi le cas de personnes moins engagées pour l’environnement, mais qui avaient déjà acquis une « culture des économies d’énergie ». Leur demande d’énergie est faible voire décroissante et la technologie conforte cette tendance.
Pour les autres, détachés des questions environnementales et/ou dans une pure logique de placement financier, ils ne font pas le lien entre production décentralisée d’énergie et maîtrise de la consommation. Leur demande globale d’énergie reste stable. Dans certains cas, on observe même un effet de substitution qui se traduit par une accumulation des équipements consommateurs d’énergie et produit dès lors un effet rebond indirect (les économies réalisées permettent d’accroître ou d’accéder à d’autres types de consommations énergivores).

Un peu plus de la moitié des ménages ont en revanche déclaré avoir modifié leurs pratiques de consommation depuis qu’ils produisent de l’énergie. Là encore, on observe des cas de figure différents :
Pour certains, passionnés de technique, la production décentralisée d’énergie fournit des outils de pilotage (compteurs, index…) qui matérialisent l’énergie et sensibilisent aux consommations d’énergie. Ils sont plus attentifs à leurs consommations et adoptent des pratiques plus économes. De fait, la demande d’énergie diminue, qu’elle provienne du réseau ou de leur propre production. Si l’argument économique n’est pas absent de leurs calculs, leurs motivations résident principalement dans l’optimisation de la performance du système technique.
D’autres profitent d’une énergie plus propre et moins chère pour accroître leur confort. Une eau plus chaude et en plus grande quantité permet de prendre des bains alors qu’on se contentait auparavant de douches. Le solaire thermique permet de chauffer la piscine. La température intérieure est parfois accrue pour atteindre 21-23°, ce qui n’était pas possible avec les systèmes antérieurs sinon à des coûts prohibitifs. L’effet rebond est à la fois direct (utilisation plus intensive des équipements consommateurs d’énergie) et indirect (utilisation des économies dégagées pour accroître la consommation d’autres biens et services énergivores).

Cette étude montre que la production décentralisée d’énergie ne va pas toujours de pair avec une moindre consommation énergétique. Des actions doivent donc être menées pour les associer plus étroitement, en développant notamment des outils simples de suivi et de pilotage.


Chantal Derkenne
3 avril 2012





Chantal Derkenne est ingénieur sociologue au Service Observation, Economie et Evaluation de la Direction Exécutive de la Stratégie et de la Recherche de l’ADEME.



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