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Le projet PACHELBEL : Le cas des compteurs communicants en France et en Espagne

Le projet PACHELBEL : Policy Addressing Climate Change and Learning about Consumer Behaviour and Everyday Life (2010-2012) est un projet de recherche européen faisant partie du 7e programme-cadre Environnement (EU FP7), réunissant 10 partenaires de 6 pays : Allemagne, Espagne, France, Roumanie, Royaume-Uni et Suède.

L’organisation du projet en quelques points

Pourquoi ce projet ?

Face aux menaces du changement climatique et à ses causes anthropiques, les pouvoirs publics tendent à développer des modes d'action de plus en plus sophistiqués, incluant des innovations technologiques ainsi que des éléments de communication favorisant l’engagement citoyen. Il est, généralement, admis que les changements de comportements sont une des clés de la consommation durable. Toutefois, la manière dont les acteurs de la décision publique s’appuient sur les différentes variables du comportement humain pour développer des politiques de consommation durable n’est pas toujours explicite. Il paraît nécessaire de mieux comprendre ces processus et de développer des outils à cet effet.

L’objectif central du projet PACHELBEL est, donc, de développer, tester et appliquer un nouvel outil, STAVE (Systematic Tool for Behavioural Assumption Validation and Exploration), destiné à accompagner les initiatives publiques en matière de développement durable, en s'appuyant sur des études de cas concrets.

Approche et méthodologie

La clé méthodologique du projet est celle de l’engagement et du dialogue. Elle repose sur la mise en relation, d’une part, d’acteurs de la décision publique et, d'autre part, des citoyens, selon un processus itératif permettant à chacun d’acquérir une meilleure connaissance des points de vue de l’autre.

Le schéma de STAVE ci-dessous montre la nature itérative de ce processus.

Le compteur communicant

Le compteur communicant et les comportements de consommation d'électricité constituent l'objet commun aux acteurs des politiques publiques et aux citoyens pour cette étude de cas (France et Espagne).

Outils pour les groupes

Plusieurs instruments (questionnaires, journal de bord, feed-back) sont utilisés pour aider les groupes de citoyens dans leurs délibérations et permettent aussi de prendre en compte les questions des acteurs publics pour générer de nouvelles données.

Déroulement des groupes

Les groupes de citoyens sont réunis à 3 reprises, à intervalle de 15 jours. Durant les phases intermédiaires, les citoyens tiennent un journal de bord, pendant que les partenaires institutionnels examinent les résultats des groupes de citoyens et réajustent/ complètent le cas échéant leurs questions pour la session suivante.

Efficacité énergétique et compteur communicant

Dans le cadre du plan européen pour l'efficacité énergétique, la Commission européenne a donné comme objectif d'équiper 80 % des foyers européens de compteurs électriques communicants à l’horizon 2020. L’installation et l’utilisation de ces compteurs doit contribuer à la réalisation d'économies par une meilleure information du public, permettre l'accès à des tarifs différenciés selon les niveaux de consommation et faciliter la concurrence économique dans ce secteur.

En France, une phase expérimentale d’installation de compteurs communicants (Linky) a été lancée par ERDF en 2011 auprès de 250.000 foyers. L’objectif est d’atteindre 35 millions lors du déploiement généralisé. En Espagne, l’intérêt grandissant des administrations locales et des entreprises pour l’installation de compteurs communicants (y compris au sein des foyers) a conduit l’Agence de l’énergie de Barcelone à adopter le nouveau Plan Energie 2011-2020.

Le projet PACHELBEL s’est inscrit dans ce contexte. Il apporte aux partenaires institutionnels* un éclairage sur la variable du comportement humain en matière de consommation durable et plus spécifiquement en matière de consommation électrique. L'étude de terrain s'est effectuée en France auprès de trois groupes de citoyens équipés d’un compteur Linky (un groupe à Château-Renault, deux groupes à Lyon), alors qu'à Barcelone, l'étude s'est effectuée auprès d'un groupe nouvellement équipé et auprès d'un groupe non encore équipé. Concrètement, nous avons étudié, d’une part, le rapport entre technologie et changements de comportements et, d’autre part, les pratiques courantes et quotidiennes des citoyens en matière d'économie d'électricité.

*Les partenaires institutionnels dans le cadre de cette étude sont le CGEDD (MEDDE) et ERDF pour la France, l'Agence de l’énergie de Barcelone et des représentants du plan local d’énergie 2011-2020 pour l’Espagne.

Questions et hypothèses explorées dans le cadre de l’étude PACHELBEL en France et en Espagne

En plus des dimensions décrites ci-dessus, PACHELBEL a vocation à identifier les hypothèses et présupposés formulés par les acteurs de la décision publique, lesquels sous-tendent le développement des politiques publiques qu'ils mettent en œuvre.

Dans le cadre de cette étude, le postulat suivant est apparu explicitement à divers moments : si les personnes reçoivent un feedback sur leur consommation électrique, elles sont plus à même de réguler cette consommation en modifiant leurs comportements, ce changement étant renforcé par des feedback positifs sur les économies réalisées -> Le compteur communicant permet ce feedback positif grâce à une information précise et en temps réel.

On note aussi le raisonnement implicite suivant : l'innovation technologique (les compteurs intelligents) prime, il s'agira ensuite de voir comment les consommateurs adapteront leurs comportements.

Postulats connexes : le citoyen-consommateur est motivé par la réalisation d'économies ; l'adaptation au changement technologique est plausible.

Questionnement soulevé par ces postulats et hypothèses : Quelle est la nature de l’engagement du citoyen en matière de consommation durable ? Le facteur financier est-il déterminant ? Une tarification « à la consommation » est-elle dissuasive et acceptable ? L’information factuelle et précise suffit-elle à induire un changement de comportement ?

Résultats

Le dialogue engagé sur les comportements de consommation a progressivement suscité chez les participants français (vierges de toute expérience préalable de ce type de réunions) une réflexion allant bien au-delà du modèle dominant de la consommation individualiste. Des questionnements plus amples sur les motivations face aux enjeux surgissent également, s'exprimant sous la forme d'ambivalences entre : 1) enjeu global vs contexte local, 2) responsabilités public vs privé, et 3) efforts individuels vs collectifs.

Les principaux raisonnements associés à ces dimensions pendant les élaborations groupales sont brièvement présentés ci-dessous :

  • Les économies financières encouragent sans aucun doute les participants à modifier leurs comportements de consommation électrique et l'utilité d'un feed-back plus direct n'est pas remise en cause. Toutefois, des valeurs plus altruistes justifient, également, un changement d'attitude (par ex. : protéger la planète et les générations futures, prendre conscience des répercussions potentielles de nos actes individuels). Cependant, plusieurs participants critiquent le concept de « développement durable » (certes « à la mode », mais « vide de sens »).
  • Les participants se reconnaissent volontiers acteurs de la consommation durable et acceptent leur part de responsabilité, mais s’inquiètent de leur (faible) marge de manœuvre. Ils insistent sur l’importance des différents rôles et du partage des responsabilités au sein d’un cadrage sociétal. Des comportements exemplaires sont attendus de la part du secteur public et des entreprises en matière de consommation d'électricité (éviter tout gaspillage).
  • Le couple "consommation-production" est maintes fois questionné (la production pouvant être vue comme cause de consommation et non l’inverse). Les participants font clairement le distinguo entre la surconsommation-confort relevant de pratiques jugées "absurdes", notamment de la part de l’industrie et de l’Etat (éclairage de nuit "inutile" des rues, des monuments, des bureaux), ou encore la conception des appareils électriques "modernes", difficiles à éteindre, et la consommation-nécessité. Cette dernière répond à des besoins quotidiens et dépend des rythmes collectifs de la vie quotidienne, lesquels se traduisent occasionnellement par des pics de consommation.
  • Pour les participants, consommation durable rime avec collectif. Ils proposent de nouveaux modèles de consommation, concrets et mutualisés, lesquels permettraient à grande échelle de tendre vers une société plus raisonnée et solidaire. Ainsi un moyen d'éviter les pics de consommation serait d'organiser des activités collectives en fin de journée de travail pour moduler le retour de chacun chez soi.
  • Un souci de voir le plus grand nombre impliqué a été exprimé par les participants, inquiets que leurs efforts isolés ne servent à rien. Toutefois, ils s'opposent unanimement à toute approche coercitive (par ex. amendes pour excès de chauffage à domicile), et sont frileux à l'idée d'augmenter les tarifs en période de pic de consommation.

Si les lignes paraissent pouvoir bouger dans le couple individuel/collectif (des formes d'usages collectifs sont envisagées), il n'en va pas de même pour le couple privé/public (la consommation d'électricité semble devoir rester dans la sphère privée).

  • Quant à Linky, les fonctionnalités actuelles et futures sont largement méconnues et près de la moitié des participants n'avaient jamais regardé auparavant le remplaçant de leur 'vieux coucou' (parfois installé hors du domicile). Cependant, les discussions à son propos ont ouvert la voie à l’exploration de bonnes pratiques et à l’importance de la consommation durable (cet effet est confirmé par les résultats de l'étude espagnole).
  • En Espagne, les résultats montrent clairement les différences d'attitudes sur le mode avant/après. En contraste avec le groupe qui n'est pas équipé, les participants équipés du nouveau compteur communicant se montrent davantage :
    • conscients de leur consommation électrique en général et spécifique à différents appareils,
    • attentifs à leurs habitudes de consommation,
    • enclins à modifier certains usages,
    • prêts à réaliser quelques investissements mineurs.

En conclusion, il apparaît à l'issue de ces études de terrain conduites en France et en Espagne avec une méthodologie commune, que les délibérations structurées contribuent à l'appropriation du compteur communicant comme nouvelle technologie, tout en permettant d'explorer des formes d'innovation individuelle et collective en matière de consommation d'électricité. Dans ces conditions, l'arrivée du compteur communicant paraît déclencher une prise de conscience plus large des enjeux de la consommation durable.

Pour en savoir plus :

Présentation du projet


Cette fiche a été rédigée par l’Institut SYMLOG.


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