Haut de page

Accueil » Tous les dossiers » L’éclairage public et le mobilier urbain intelligents

Interview d'Albert Asséraf (JCDecaux) :

Pouvez-vous nous présenter les expérimentations de mobilier urbain que vous développez à Paris ?

La ville de Paris, avec le Paris Région Lab, a lancé fin 2011 un appel à projets intitulé « Mobilier Urbain Intelligent », destiné à expérimenter, sur le territoire parisien, de nombreuses innovations urbaines. JCDecaux a répondu avec 6 projets inédits sur l’espace public, structurés autour de cinq thématiques : découvrir la ville, s’informer, partager, travailler et se divertir. Notre démarche de conception s’est avant tout appuyée sur ces usages et la manière de les mettre en scène en faisant appel aussi bien au design qu’aux nouvelles technologies numériques. Nous avons proposé, depuis mars 2012, des mobiliers urbains pour certains inédits – tous destinés à apporter des nouveaux services à ceux qui fréquentent la ville. Quatre d’entre eux sont particulièrement intéressants, car ils permettent des usages de la ville jusqu’ici peu développés.

Le Concept-Abribus installé sur la place de la Bastille propose, à partir d’un mobilier connu du public et dont le design a été confié à Patrick Jouin, de nouvelles fonctionnalités : fil d’information, prises USB pour brancher son téléphone portable quelques instants et, surtout, trois grands écrans tactiles qui proposent un bouquet de 18 applications. Les contenus et services proposés incluent bien sûr des informations et services sur les transports publics, mais vont très au-delà : bons plans shopping à proximité, guide touristique et proposition de balades, découverte photographique de la ville à travers les âges, quiz ludique sur la ville, sensibilisation aux premiers secours, etc. Nous avons souhaité proposer une grande variété de contenus pour répondre aux attentes, souvent non formulées, du public très varié qui fréquente la ville.

Cette même proposition d’écrans tactiles d’information et de services se trouve à l’Escale Numérique, un mobilier situé au Rond-Point des Champs-Elysées, qui propose une pause physique et numérique dans la ville. Equipée d’assises confortables, de prises électriques, de WiFi et de tablettes pour poser un sac ou un ordinateur portable, l’Escale est aussi protégée d’un toit qui a été végétalisé. Le design, qui a été confié à Mathieu Lehanneur, utilise le bois, le béton, la résine, etc. et compose un ensemble esthétique qui invite à la pause.

Dans un autre registre de services, nous avons conçu les bornes e-Village®, des stèles équipées de trois écrans chacune, qui proposent un service de recherche d’emplois géolocalisés, à l’échelle d’un quartier ou de la ville. Ces bornes sont équipées d’un écran dédié aux personnes à mobilité réduite, le design du mobilier permettant d’insérer de manière confortable un fauteuil roulant et d’utiliser facilement l’écran tactile.

Enfin, pour répondre à une utilisation plus ludique de la ville, nous avons installé le concept Play, square du Temple dans le 3e arrondissement. Cet ensemble est composé de deux tables inclinées équipées de grands écrans tactiles et d’assises, permettant à deux personnes de s’installer pour jouer, seuls ou face à face. Les écrans proposent en effet une sélection de 8 jeux simples, qui s’inscrivent naturellement dans la continuité des jeux que l’on trouve dans les parcs et jardins parisiens.

Pouvez-vous nous présenter d’autres expérimentations que vous menez en France ?

En France, nous avons aussi participé à la toute première biennale de création de mobilier urbain, Forme Publique, organisée par De Facto sur le parvis de La Défense en 2012. Cela a été l’occasion de créer des mobiliers inédits en collaboration avec de jeunes designers. Nous avons par exemple conçu et installé Stanzes, des mobiliers d’assise et de sociabilité dont les usages sont tacites mais non précisés ; une invitation à s’installer et utiliser des mobiliers mis à la disposition d’un public qui en général ne fait que passer sur cette esplanade.

Nous menons parallèlement de nombreuses expérimentations au sein de notre Medialab, centre de recherche et développement (R&D) mondial. Nous y testons des innovations dans le domaine du numérique, en particulier autour de la problématique de l’Internet des Objets qui ouvre des perspectives intéressantes. Dans un contexte d’explosion des équipements mobiles personnels, nous verrons demain de plus en plus d’interactions entre la ville physique – les bâtiments, le mobilier urbain, etc.- et la couche d’information et de services que l’on peut consulter facilement à partir d’un Smartphone. Ce sont des usages encore émergents, mais les perspectives de cette « ville augmentée » sont réelles.

Quel lien faites-vous entre le mobilier urbain intelligent et les Smart grids ?

Bien sûr, la problématique de l’énergie et de la connectivité est centrale dès lors que l’on développe de nouveaux services numériques à valeur ajoutée sur l’espace public. Le développement des Smart grids est un levier supplémentaire qui permettra de déployer plus facilement de tels services et d’en garantir la qualité. Mais le plus important, finalement, est bien la pertinence et la qualité d’exécution des services qui sont proposés au public.

En quoi le mobilier urbain intelligent modifie-t-il les usages dans la ville ?

Un premier constat important : tous ceux qui pratiquent la ville – qu’ils y habitent, y travaillent ou la visitent – ont accueilli très favorablement les innovations que nous avons conçues. Aujourd’hui, le numérique est présent dans de nombreux domaines de nos vies privée et professionnelle et son irruption sur l’espace public est perçue comme tout à fait pertinente et naturelle. Offrir la possibilité de se connecter à la ville pendant quelques minutes lorsqu’on est en mobilité ou en phase d’attente, dès lors que les contenus sont de qualité, c’est augmenter la couche de services disponibles sur l’espace public. Que ces contenus soient pratiques ou ludiques, ils permettent une véritable continuité de service en mobilité et contribuent à proposer une ville plus riche, utile, accessible, agréable et familière, que l’on soit résident, visiteur ou touriste étranger.

Comment gérez-vous la consommation d’électricité de ces nouveaux dispositifs numériques très énergivores ?

Le parc digital de JCDecaux s’élève à un peu plus de 12 000 dispositifs dans le monde, ce qui est à mettre au regard des plus d’un million de mobiliers JCDecaux implantés dans le monde.

Pour limiter la consommation électrique de ces mobiliers digitaux, JCDecaux a mis en place plusieurs actions, couvrant l’intégralité du cycle de vie du mobilier (de la conception du mobilier à son recyclage en fin de vie).

1- Conception des dispositifs digitaux

La Direction des études de JCDecaux travaille à l’amélioration, lors de la phase de conception, de la consommation énergétique des mobiliers digitaux et à une optimisation de la maintenance. Ces améliorations se traduisent par :

  • une veille permanente sur les nouvelles technologies d’écrans digitaux proposant des consommations réduites (LCD LED, OLED, etc.) ;
  • l’installation d’une carte de contrôle, adaptant la consommation d’énergie des écrans en fonction de la luminosité et déclenchant la ventilation uniquement quand cela est nécessaire. Quand la luminosité extérieure baisse, la luminosité de l’écran est elle aussi réduite ce qui permet d’abaisser les consommations électriques des dispositifs ;
  • le calcul de structure, permettant l’optimisation des quantités de matériaux tout en préservant les critères de sécurité liés à leur résistance ;
  • une conception prévue pour faciliter le démontage des pièces d’usure.

2- Sélection des produits et des fournisseurs

JCDecaux a mis en place une politique d’achats pour les dispositifs digitaux basée sur le choix du couple produit/fournisseur le plus fiable et le plus efficient pour garantir une durée de vie plus longue des composants et une consommation électrique optimale.

Le choix des écrans est motivé par :

  • une consommation électrique la plus faible parmi les différentes solutions techniques équivalentes disponibles ;
  • le respect de la réglementation RoHS visant à limiter l’utilisation de certaines substances dangereuses dans les équipements électriques et électroniques.

3- Activités d’assemblage certifiée ISO 14 001

L’assemblage des dispositifs digitaux de JCDecaux se fait dans le respect de la réglementation environnementale liée à ces activités sur le site de Maurepas, dans les Yvelines (Certification ISO14001). Ces activités sont associées à une démarche systématique de diminution des impacts environnementaux, notamment sur l’optimisation des consommables utilisés et l’optimisation du tri des déchets.

4- Impact environnemental diminué pendant l’exploitation

JCDecaux a mis en place un processus de maintenance optimisé pour prolonger la durée de vie des dispositifs digitaux. Ce processus se fonde sur :

  • un outil permettant la détection précise du problème rencontré à distance, ce qui optimise chaque intervention technique sur le terrain ;
  • des éléments pouvant être séparés afin de mieux remplacer la pièce posant problème ;
  • une extinction nocturne des écrans programmée suivant le contrat et l’emplacement du mobilier (extinction lors des fermetures nocturnes des aéroports, gares routières ou ferroviaires, stations de métros, etc.) pour réduire la consommation électrique des écrans.

Sur le sujet des outils qui permettent de piloter à distance les mobiliers JCDecaux, nos mobiliers sont équipés de capteurs qui permettent d’identifier la nécessité d’intervenir pour un type de maintenance spécifique, ce qui nous permet notamment d’optimiser les déplacements des équipes d’exploitation sur le terrain. Ces informations sont remontées en temps réel via nos systèmes de supervision, elles sont simplifiées pour prendre la forme d'un code défaut et d'une fin de défaut.
La consommation électrique est l'un des indicateurs de maintenance, par exemple un caisson publicitaire dont l'éclairage est défectueux a une consommation modifiée par rapport à sa valeur standard ce qui veut dire qu’un changement de tube fluorescent est nécessaire.

Pour ce qui concerne nos mobiliers digitaux, en particulier en extérieur, nous sommes amenés à généraliser les capteurs, en particulier de luminosité pour adapter l'intensité lumineuse, et donc la consommation électrique, à l'ambiance lumineuse dans laquelle se situent les écrans. Ces dispositifs étant par nature connectés, la remontée et l'analyse de cette consommation va progressivement se généraliser, ces informations ne sont pas encore « historisées » mais traitées localement. Nous avons réalisé sur le sujet de la consommation énergétique des démonstrateurs qui remontent des informations avec une fréquence d'échantillonnage plutôt haute (de l'ordre de 10 à 60 mesures par heure), mais nous serons certainement amenés en déploiement « réel » à créer des indicateurs plus synthétiques à l'échelle de quelques remontées par heure, hors détection d'un défaut de fonctionnement.

5- Traitement optimisé de la fin de vie des produits par des filières de recyclage agréées

En fin de vie, les composants électriques et électroniques sont séparés et acheminés vers les filières appropriées pour être recyclés permettant de sécuriser les polluants et recycler les autres matériaux.


Albert Asséraf
08 octobre 2013



Albert Asséraf est Directeur Général Stratégie, Etudes et Marketing France et membre du Comité de Direction France de JCDecaux.
Il est titulaire d’une Maîtrise de Sciences et Techniques de l’Information. Il a commencé sa carrière, en 1985, chez Comecon, société de conseil en publicité extérieure. Il l’a poursuivi au sein de Carat Comecon Affichage où il est nommé, en 1990, Directeur des Etudes et des Outils. En 1993, il devient Directeur Général de Carat Expert Affichage.
De 2001 à 2004, il est Directeur Général de Carat Expert Affichage et Médias Locaux et Directeur Général de Carat Local.
Albert Asséraf est membre du Conseil d’Administration du Centre d’Étude des Supports de Publicité (CESP), Président du Collège Publicité Extérieure du CESP, Professeur Associé au sein du Département Marketing, Publicité et Communication du CELSA Paris Sorbonne, Président de Neuilly Nouveaux Médias et a été Président d’Affimétrie, organisme dédié à la mesure d’audience des supports de Communication Extérieure, pour l’année 2011.


JCDecaux est une entreprise spécialisée dans la communication extérieure. Inventeur du concept du mobilier urbain en 1964, JCDecaux est présent dans les trois principales activités du métier de la communication extérieure : le mobilier urbain, la publicité dans les transports et l’affichage grand format.

«Page 12 de 12

Rechercher

Se tenir informé

Abonnez-vous à notre liste de diffusion pour être informé régulièrement des mises à jour du site.

S'abonner

Participer au site

Vous souhaitez participer à notre site ou réagir à un dossier, contactez-nous dès aujourd'hui.

Nous contacter

Les forums de la CRE

La CRE organise des forums, associés à chaque nouveau dossier, pour donner la parole aux experts des Smart grids.
Se tenir informé des prochains forums

Nos contributeurs

Notre site se nourrit aussi de vos contributions. Nous tenons donc à remercier "Sia Partners" qui fait partie de nos 168 contributeurs.
Découvrir nos contributeurs