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Interview de Cédric Ringenbach (The Shift project) :

Pouvez-vous nous présenter le Shift Project ?

Le Shift Project est un think tank réfléchissant à la transition vers une économie bas carbone créé en 2010 par Jean-Marc Jancovici, ingénieur-conseil présent depuis plus de dix ans dans le débat français sur la politique énergétique.

Vous avez engagé un travail sur l’équilibre offre-demande dans le domaine de l’électricité. Pouvez-vous nous présenter ce travail (raisons de cette réflexion, participants, objectifs) ?

Ces travaux tentent de répondre à quelques-unes des questions décisives que pose la nécessité de la transition énergétique.

La production d’énergie éolienne et photovoltaïque dépend des conditions climatiques ; ces productions sont « variables ». Leur développement augmente donc le besoin de flexibilités nécessaires pour maintenir en permanence l’équilibre entre production et consommation. Or les flexibilités décarbonées, de la production hydraulique surtout, étant déjà pleinement utilisées, on doit faire appel à des flexibilités de production charbon, fuel, gaz, fortement émettrices de CO2, pour répondre aux besoins.

L’un des enjeux de l’insertion des énergies renouvelables variables est donc le développement de nouvelles flexibilités à moindres coûts et à moindres émissions de CO2. Les flexibilités de la demande dans le résidentiel répondent aux enjeux CO2, mais ont la réputation d’être coûteuses et très difficiles à développer.

C’est pour cette raison que le Shift Project s’est intéressé à cette question : comment impliquer les particuliers dans la flexibilité de la consommation d’électricité afin de mieux insérer les énergies renouvelables variables ?

Nous avons consulté un large panel d’experts appartenant aux entreprises de production d’électricité de toutes tailles présentes en France, de fournisseurs de matériels électriques, de professionnels travaillant sur le comportement des consommateurs (sociologues, ou spécialistes de la maîtrise de la demande), ainsi que des acteurs plus institutionnels comme des représentants des collectivités territoriales.

À la suite de ce travail, vous avez publié un Livre blanc en 2015. Quelles en sont les propositions phares ?

Cohérence entre les politiques pour plus d’efficacité, simplicité pour le consommateur, développement d’une filière industrielle française : voici les trois fils directeurs de nos recommandations, que nous avons souhaitées peu consommatrices d’argent public.

  1. Cohérence entre nos objectifs climatiques et le prix du CO2 : la valeur économique du CO2 est un signal déterminant pour des investissements sur les technologies peu émettrices de CO2. Renforcer le signal prix du CO2 est notre première proposition ; cela incitera économiquement les flexibilités faiblement émettrices de CO2, notamment celles sur la consommation.
  2. Cohérence de la Réglementation thermique (RT) des bâtiments avec les impératifs de la transition énergétique : sans équipements électriques flexibles, pas de flexibilités. Il s’agit d’une question de bon sens. En 2009, le Bundestag avait interdit le chauffage à accumulation dans les bâtiments d’habitation de plus de 5 logements. En mai 2013, il a réintroduit le chauffage électrique à accumulation dont la flexibilité contribue à l’insertion des productions éolienne et photovoltaïque : en effet, la chaleur peut être stockée lorsque l’électricité est abondante et restituée plus tard dans le logement. De même, le Congrès américain a voté une loi en avril 2015 permettant le développement des chauffe-eau électriques pilotables à accumulation.

    En France, le pilotage des chauffe-eau électriques est déjà un smart grid sans équivalent dans le monde.

    Les industriels français développent de nouvelles technologies d’usages électriques performants, flexibles et qui ne participent pas à la pointe, comme le chauffage électrique à micro-accumulation (voir photo) ; il faut en profiter.

    Cependant, la Réglementation Thermique menace le développement de ces usages électriques flexibles et performants en France.
    D’où notre deuxième proposition : une Réglementation thermique plus cohérente avec les objectifs de la transition énergétique, en centrant les exigences de la RT sur les quantités d’émissions de CO2 et sur la performance du bâti. Deux enjeux émergent : les émissions de CO2 et la valorisation d’une filière industrielle française d’excellence pouvant se développer à l’export, si les conditions sur le marché national sont bien réunies.
    Les nouvelles technologies, et notamment les nouveaux compteurs communicants Linky, rendront techniquement accessibles de nouveaux gisements de flexibilité. Mais les professionnels que nous avons contactés nous indiquent que la diversité des installations et des protocoles de communication entre les appareils risquent de conduire à des coûts supplémentaires et une complexité pour les clients. Nous proposons donc la création et la promotion d’un label « smart grid ready », qui permettra une standardisation et une simplification des interfaces techniques au bénéfice des consommateurs, de la maîtrise de leur facture et de leur confort.

  3. Enfin, nous avons fait des propositions permettant d’améliorer les incitations financières pour les consommateurs : mise en place d’une rémunération des flexibilités stable et prévisible au travers du mécanisme de capacité, intégration d’un signal de pointe mobile dans le tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité (TURPE). Nous avons d’ailleurs eu le plaisir de constater que cette dernière recommandation était prévue dans le projet de loi de transition énergétique pour la croissance verte.

Votre Livre blanc cible tout particulièrement les consommateurs résidentiels. Pourquoi avez-vous choisi de vous centrer sur ces consommateurs, plutôt que sur les consommateurs industriels ou tertiaires ?

Les dispositifs à mobiliser pour les consommateurs résidentiels sont tout à fait différents de ceux à mobiliser pour des consommateurs industriels ou tertiaires. Nous avons choisi de traiter les flexibilités de la demande dans le résidentiel, car elles ont la réputation d’être coûteuses et difficiles à développer.

Comment faire en sorte de mieux mobiliser les consommateurs résidentiels ?

Il conviendra de sensibiliser les professionnels du bâtiment, pour qu’ils proposent ces solutions aux consommateurs.

Nous proposons une sensibilisation des consommateurs sur la maîtrise de la consommation, qui reste cruciale quoi qu’il arrive, et sur la gestion active de la demande. Nous sommes convaincus que la maîtrise de la consommation doit devenir un geste familier pour tous, à l’instar de ce qui a été réalisé avec le tri des déchets ménagers pour lesquels les efforts de pédagogie ont porté leurs fruits. Par exemple, accepter les jours de grand froid de mettre un pull, plutôt que d’augmenter le chauffage.

Avez-vous identifié des freins au développement de la flexibilité en France ?

Les propositions de notre Livre blanc pourraient lever bien des freins. La France a l’opportunité de dynamiser une filière industrielle d’excellence, produisant des équipements électriques de qualité, au bénéfice de la transition énergétique et de la croissance du pays.


Cédric Ringenbach
7 septembre 2015




Ingénieur de l’Ecole Centrale de Nantes, Cédric Ringenbach est Directeur de The Shift Project. Cédric Ringenbach y pilote le développement stratégique, depuis 2010. Ancien consultant en informatique décisionnelle et entrepreneur, il est également conférencier sur la problématique du changement climatique.







The Shift project est un think tank travaillant sur la transition vers une économie bas carbone, créé en 2010 par Jean-Marc Jancovici, ingénieur-conseil présent depuis plus de dix ans dans le débat français sur la politique énergétique.




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