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Interview de Patrice Mallet (Accenture) :

Comment Accenture aide-t-elle ses clients à élaborer leurs modèles d’affaires pour leurs activités liées aux réseaux électriques intelligents ?

Accenture collabore depuis deux ans avec le Forum économique mondial pour réfléchir aux conditions nécessaires au développement des Smart grids. Nous avons publié récemment une étude sur les facteurs nécessaires au déploiement des projets pilotes, en nous appuyant sur l’analyse d’environ 90 projets recensés aujourd’hui dans le monde et en tenant compte de l’avis d’une soixantaine de parties prenantes à ces projets.

Pour aider au mieux nos clients, nous nous positionnons sur trois niveaux :

  • tout d'abord, nous intervenons à un niveau global, en nous positionnant en appui d’un certain nombre de gouvernements pour réfléchir sur ces sujets. Par exemple, nous avons accompagné le Department of Energy and Climate Change (DECC) du gouvernement britannique dans sa réflexion sur la stratégie de déploiement des réseaux électriques intelligents. Ce premier niveau requiert nos compétences en matière de conseil en stratégie et de conseil métier ;
  • nous soutenons également les Utilities souhaitant développer des technologies de réseaux électriques intelligents, que ce soit en amont ou en aval du réseau. Nous travaillons aussi avec les fournisseurs sur l’élaboration de modèles financiers ou de tarification dynamique (en B2B – business to business ou en B2C – business to consumer), sur des projets de type « smart home » ;
  • enfin, nous conseillons de nouveaux acteurs traditionnellement peu présents dans le secteur électrique, tels que les opérateurs de télécommunications et de gestion de données, qui développent des activités en matière de réseaux intelligents.

L’émergence des Smart grids fait évoluer la chaîne de valeur du système électrique ainsi que les activités et les métiers des acteurs présents sur cette chaîne. Dans quel sens se fait cette évolution ?

Les opérateurs historiques seront vraisemblablement les plus touchés par le développement des réseaux électriques intelligents. En effet, les outils et les processus devront être adaptés, ce qui implique une modification de l’organisation de ces acteurs.

Les métiers des opérateurs sont en pleine évolution, que ce soit au niveau de la relation avec le client ou de la conduite du réseau. Par exemple, les fournisseurs d’électricité pourront proposer aux consommateurs de nouveaux services, des offres diversifiées, une évolution de la tarification et de la facturation ou encore une amélioration de la qualité de service grâce aux technologies de l’information et de la communication.

Les acteurs du système électrique vont se répartir selon quatre rôles :

  • le premier concerne les opérateurs régulés ;
  • le deuxième a trait aux fournisseurs qui pourront proposer de nouvelles grilles tarifaires et des services innovants ;
  • le troisième concerne les équipementiers avec les perspectives de généralisation des technologies et de partage d’expertise ;
  • le dernier concerne les acteurs du secteur de l’informatique et des télécommunications qui proposeront de nouveaux services, avec une interrogation quant à la place qui leur sera laissée.

Comment le jeu des acteurs va-t-il évoluer ? Des partenariats vont-ils se développer entre les électriciens et les spécialistes des télécoms?

Les réseaux intelligents requièrent différentes compétences, différents savoir-faire et différentes technologies, propres à chacun des deux mondes. Le mode de collaboration entre les acteurs peut varier en fonction des pays et de l’implication des pouvoirs publics dans le déploiement des réseaux intelligents. Certains États, comme l’Inde ou la Chine, ont tracé des feuilles de route très directives pour leurs industriels. Le niveau d’intégration entre fournisseur et distributeur varie également selon les pays. On observe un peu partout dans le monde que les villes lancent des expérimentations mettant en œuvre les technologies de Smart grids, dans une approche intégrée, avec des objectifs très ambitieux de réduction des émissions de CO2. La coopération entre les parties prenantes peut prendre la forme de partenariats publics-privés, mais également de fondations subventionnées par des fonds européens. À Amsterdam, nous collaborons avec Amsterdam Innovation Motor (AIM), organisme de développement local chargé d’assurer la coopération entre les secteurs public et privé. Plus précisément, la coopération se fait sous la forme d’une convention entre l’institut d’innovation de la ville et l’opérateur électrique local (http://www.amsterdamsmartcity.com).

Des consortiums se développent entre les acteurs du secteur régulé et ceux du secteur dérégulé pour la recherche de financements publics, par exemple en France sous l’impulsion des Appels à Manifestation d’Intérêt (AMI) de l’ADEME. En Grande-Bretagne, le régulateur de l’énergie (Ofgem) a décidé de s’appuyer sur les possibilités offertes par les droits de propriété intellectuelle pour inciter les entreprises à participer aux expérimentations. Ainsi, les travaux qui relèvent du cœur de métier de chaque entreprise partenaire lui appartiennent, tandis que les travaux réalisés en commun font l’objet d’une mutualisation en matière de propriété intellectuelle. Cette mutualisation des connaissances permet de gagner du temps, notamment sur le choix des technologies à utiliser.

Des partenariats entre les acteurs publics et privés peuvent fonctionner à une échelle locale. Néanmoins, à un niveau mondial, cela semble plus compliqué en raison de spécificités et contraintes propres à chaque pays (concurrence sur le marché de l’énergie, place du régulateur, opérateurs intégrés, etc.).

Quels sont les paramètres-clés qui permettront de définir des modèles d’affaires rentables ?

À mon sens, il y a quatre paramètres-clés qui permettront le développement des Smart grids à grande échelle.

1. Pour les acteurs privés, il s’agit de pouvoir exploiter des technologies sur lesquelles ils ont une perspective de généralisation à l’échelle internationale. Ce qui implique notamment l’élaboration de normes au niveau mondial.
2. Pour les acteurs régulés, il me semble que la priorisation des investissements à réaliser en lien avec les régulateurs est fondamentale.
3. La prévisibilité des évolutions de la réglementation est également importante pour fournir un cadre propice au développement d’un certain nombre de filières.
4. Enfin, le développement du marché des Smart grids dépendra de la volonté politique de conserver, dans la durée, des ambitions élevées en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Quels freins voyez-vous à l’émergence des réseaux intelligents ? Comment les réduire ?

Les freins à l’émergence de ces réseaux peuvent être classés en trois catégories :

  • le caractère insuffisamment incitatif de la régulation pour motiver les opérateurs à investir dans les réseaux intelligents ;
  • le manque d’interopérabilité entre les équipements et les technologies qui risque, soit d’entraîner une multiplication des protocoles et des technologies, soit de freiner les acteurs à investir dans des technologies ;
  • l’imprévisibilité des comportements des consommateurs et de leur acceptation de ces nouvelles technologies.

Tout cela aboutit à des difficultés pour les acteurs à établir des modèles d’affaires rentables. Pour réduire ces freins, des solutions sont déjà mises en place. Les retours d’expérience, même s’ils sont peu nombreux à ce stade, en raison du caractère récent de la plupart des expérimentations, sont indispensables pour pallier les risques. En confrontant les hypothèses, notamment techniques et économiques, aux réalités du terrain, les expérimentations contribuent de manière précieuse à élaborer des modèles économiques viables et rentables. Elles permettent également d’étudier le comportement des consommateurs face aux nouvelles technologies.
Pour pouvoir tirer ces différents enseignements, il est nécessaire que ces expérimentations durent suffisamment longtemps.


Patrice MALLET
19 avril 2011


Patrice MALLET est actuellement associé chez Accenture, responsable du conseil métier et management dans les secteurs des Utilities et Énergie France.










Accenture est une entreprise internationale de conseil en management, technologies et externalisation. Combinant son expérience, son expertise et ses capacités de recherche et d’innovation développées et mises en œuvre auprès des plus grandes organisations du monde sur l’ensemble des métiers et secteurs d’activités, Accenture aide ses clients - entreprises et administrations - à renforcer leur performance.

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