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Interview de Philippe Lucas (Fédération française des télécoms) :

Quel est l’enjeu des réseaux électriques intelligents dans le cadre du développement durable ?

A l’occasion de la mise en place des 18 filières vertes (biomasse énergie, éolien, photovoltaïque, géothermie, énergies marines, biocarburants, véhicules décarbonés, captage et stockage du CO2, réseau électrique intelligent, etc.) par les pouvoirs publics en 2010, la Fédération Française des Télécoms (FFT) s’est intéressée à la manière dont elle pouvait être partie prenante des travaux sur les réseaux électriques intelligents.

Schématiquement, la problématique des réseaux électriques intelligents peut être structurée en trois parties :

  • en amont du compteur : nous sommes plutôt dans des situations de gestion de réseaux énergétiques classiques avec des énergéticiens et des acteurs industriels connus et pour lesquels les opérateurs télécoms permettent la remontée d’informations à travers l’utilisation de cartes SIM et de modems GSM dédiés ;
  • le compteur électrique en lui-même, qui va devenir demain intelligent, ou du moins communicant. Dans certains pays, les réseaux télécoms peuvent être utilisés pour la remontée d’informations ;
  • en aval du compteur : c’est là que les opérateurs télécoms peuvent apporter une valeur ajoutée supplémentaire, parce qu’en faisant passer un certain nombre d’informations ou de commandes par le portail Internet, par le lien télécom, le particulier va pouvoir mieux contrôler sa consommation et ses équipements électriques bruns ou blancs qui seront connectés aux réseaux télécoms.

Quelle serait la valeur ajoutée en matière d’outils et de services offerte par les technologies de l’information et de la communication (TIC) dans le domaine des réseaux électriques ?

La Fédération a commencé à travailler en 2010 pour construire la position des acteurs télécoms dans ce domaine, en particulier en matière de normalisation et de développement d’un écosystème regroupant l’ensemble des acteurs.

A cet effet, les opérateurs de la Fédération ont pris l’initiative de se rapprocher des industriels du secteur électrique, équipementiers et énergéticiens, afin :

  • d’élaborer un écosystème harmonieux ;
  • de participer à la création d’une filière industrielle qui permette, demain, d’offrir aux consommateurs les modes de pilotage de leurs équipements au sein du foyer et, en particulier, de pouvoir moduler leur chauffage et de recharger « intelligemment » leur voiture électrique sans mettre en péril l’équilibre du système électrique français ;
  • et, à terme, debénéficier de ces développements pour fédérer de façon efficace encore plus de services (eau, gaz, sécurité, mobilité) au sein du foyer.

Ces services gérés en aval du compteur seront complémentaires des compteurs électriques Linky qui seront bientôt déployés. Ces services nécessiteront la mise en place de boîtiers gérant des services multiples de différents acteurs (chauffagistes, énergéticiens, domotistes, etc.) et utilisant l’accès au réseau télécom pour gérer l’information du client.

L’intérêt de ces travaux est de pouvoir fédérer les acteurs des différents secteurs afin de limiter les développements propriétaires et de créer une dynamique de services aux clients finaux de façon simple, sécurisée et optimale. Si la concurrence doit permettre l’émergence d’une offre de services multiples et innovants, elle doit néanmoins s’appuyer sur un certain nombre d’éléments de connectivité normalisés, car ils se situent aux frontières des métiers des différents acteurs (électriciens, électronique grand public, opérateurs télécoms, énergéticiens, hydrauliciens, etc.). Ces éléments de normalisation sont au cœur des discussions entre les différentes filières.

Pour leur part, les opérateurs télécoms sont apparus légitimes pour travailler sur ce sujet parce qu’ils sont détenteurs aujourd’hui d’un accès Internet et qu’ils en gèrent les boîtiers associés (les « box »), au nombre de 20 millions en France. Les opérateurs télécoms ont une compétence et une expertise pour gérer cette problématique des boîtiers avec des services spécifiques.

L’idée centrale est d’éviter de déployer trop de box à la maison de façon à simplifier la vie de l’utilisateur et faciliter l’émergence de nouveaux produits et services innovants.

Quel est l’état de la réflexion en France et en Europe ?

La réflexion menée au niveau français est, également, conduite dans un certain nombre d’autres pays européens, en Allemagne, en Italie et en Espagne par exemple. Avec nos homologues européens, nous commençons à voir que, pour l’instant, cette réflexion se met en place avec des acteurs locaux uniquement. Nous pressentons le besoin de mettre en place une solution à l’échelle européenne, plus normalisée pour l’ensemble des industries électriques.

Quelles sont les actions que vous menez en tant que membre du Comité stratégique des éco-industries (COSEI) ?

Dans le cadre du COSEI, nous rencontrons l’ensemble des industriels français des branches télécom et électrique, mais, également, d’autres secteurs qui peuvent être concernés par les réseaux électriques intelligents, comme par exemple la filière automobile. Nous y avons une réflexion globale pour que tous les acteurs puissent commencer à discuter et travailler ensemble. Cela passera d’abord par un langage commun, ce qui n’est pas nécessairement évident, car les mêmes mots font rarement référence aux mêmes notions.

Le boîtier télécoms qui pourra demain être utilisé par d’autres secteurs devra permettre que les différents éléments communiquent entre eux. Pour cela, il faut que les acteurs des télécoms se mettent d’accord entre eux sur un certain nombre d’interfaces physiques, techniques et normatives, de protocoles, pour que les équipements interfonctionnent, interopèrent, et pour qu’un modèle d’affaire commun qui sied à tout le monde puisse émerger.

C’est un travail qui nécessite un partage d’informations et une réflexion commune autour de ces interfaces afin de se mettre d’accord pour déterminer celles qui feront référence sur le marché.

Il a été annoncé en mars 2012 la création du groupe de travail « Normalisation » dans le cadre du groupe de travail du COSEI que la FFT va présider. En effet, de même que le GSM est devenue la norme internationale en terme de téléphonie mobile, il doit être possible pour la France d’établir la norme française/européenne en matière de réseaux électriques intelligents. Des normes existent et sont déjà connues et référencées. Il ne s’agit pas de créer de nouvelles normes.

La Direction générale de l’industrie et des services (DGCIS) peut être le catalyseur de la réflexion française dans ce domaine.

Comment résoudre le paradoxe du secteur des TIC, à la fois fortement consommateur d’énergie, mais qui offre également des perspectives d’économies d’énergie grâce au développement des Smart grids (MDE, etc.) ?

Dans les télécoms, nous avons un double défi à gérer dans les années à venir :

  • le premier est de contrôler, de maîtriser, la consommation énergétique de nos réseaux. C’est d’ailleurs l’un des engagements que les opérateurs ont inscrit dans la charte d’engagements volontaires pour le développement durable qu’ils ont signée en juillet 2010. A l’horizon 2020, la consommation énergétique doit être maitrisée alors que l’on assiste à une explosion des usages sur nos réseaux. C’est une dualité forte et une contrainte très importante que nous devons prendre en compte, en tant qu’opérateur télécom, en particulier dans le cadre du déploiement des réseaux ;
  • le deuxième défi est de contribuer à la réduction des gaz à effet de serre. L’étude du BCG réalisée à la demande de la Fédération en 2009 montrait l’effet de levier du pilotage à distance du chauffage et des équipements domestiques (« smart home ») et de la recharge « intelligente » des véhicules électriques qui représente à lui seul un gain potentiel de 7,9 TWh en 2020, soit l’ordre de grandeur de la consommation totale du secteur télécom à cet horizon.

Philippe Lucas
30 mai 2012


Philippe Lucas, est président de la Commission Innovation & Normalisation de la Fédération Française des Télécoms depuis mars 2012.
Il a rejoint le groupe France Telecom Orange en 2002 et est directeur de la normalisation depuis 2007. Il dirige la stratégie et la représentation du groupe France Telecom Orange dans plus de 60 instances internationales en lien étroit avec les entités stratégiques, marketing et technique. Il est administrateur et vice-président du conseil de l’European Telecommunication Standard Institute, membre du Comité Exécutif de la GSM Association et administrateur de l’AFNOR.
Auparavant, il a été consultant indépendant effectuant des missions stratégiques pour le gouvernement français, les opérateurs et les industriels du secteur des télécoms.
De 1994 à 1999, il a été en poste chez SFR en charge du développement de nouvelles technologies du GSM et de l’UMTS puis en charge du marketing prospectif.
Philippe Lucas est diplômé de l’Institut Polytechnique de Grenoble et possède un Master en traitement de signal numérique.

La Fédération Française des Télécoms réunit les associations et opérateurs de communications électroniques en France. Elle a pour mission de promouvoir une industrie responsable et innovante au regard de la société, de l’environnement, des personnes et des entreprises, de défendre les intérêts économiques du secteur et de valoriser l’image de ses membres et de la profession aux niveaux national et international.
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