Haut de page

Accueil » Tous les dossiers » Les NTIC

Fragmentation des instances de normalisation

La normalisation jouera un rôle essentiel dans le développement des Smart grids. C’est un processus complexe car il s’agit de dégager des consensus techniques entre les différents acteurs. Dans ce domaine, la normalisation sera d’autant plus complexe à réaliser qu’il faudra faire converger les stratégies technico-industrielles distinctes des acteurs de l’énergie et des TIC. Deux univers, deux cultures techniques et deux approches de la normalisation différents, avec pour chaque domaine des instances de normalisation spécifiques.

Le paysage des organismes de normalisation est très complexe. Historiquement beaucoup d’organismes représentent les États, alors que d’autres représentent l’industrie elle-même. D’autres encore sont hybrides. Avec l’International Electrotechnical Commission (IEC), l’énergie dispose d’un organisme international qui s’appuie sur les structures nationales issues des administrations. Le secteur des TIC est plus diversifié avec plusieurs organisations d’essence étatiques (ITU, ISO, CEN, ETSI). L’ITU et l’ISO ont, notamment, joué dans le passé un grand rôle au travers de leur action dans le secteur des télécommunications fixes. Ce sont aujourd’hui des acteurs parmi d’autres, poussés plus par les pays émergents et asiatiques que par les États européens et les États-Unis. De nombreux organismes se sont en effet imposés dans le paysage de la normalisation sous la poussée des acteurs du marché et de manière plus ou moins indépendante des États mais souvent avec leur appui.

Le thème des Smart grids intéresse beaucoup les organismes de normalisation aujourd’hui. On peut représenter leur positionnement principal comme suit :

Ces organismes sont nombreux et souvent en concurrence. C’est le cas en Europe avec les trois organismes (CEN, CENELEC, ETSI) qui disposent jusqu’à présent d’un mandat général de la Commission européenne dans le cadre de la Directive 98/34/CE. Un mandat plus spécifique (M490) leur a été confié sur le thème des Smart grids. Un premier rapport a été publié, mais la production de normes communes reste encore assez lointaine. Dans la cadre d’une révision de sa politique de normalisation, la Commission européenne regarde si un lien doit être conservé avec les trois organismes, ou s’il n’y aura plus de norme dite européenne dans la future directive.

Côté énergie, l’IEC pilote les principaux sujets de normalisation à ce jour à l’échelle internationale. La France y est représentée par l’Union technique de l’électricité (UTE) qui est également membre du CENELEC. Le contexte est, de ce point de vue, plus simple, même si l’électricité reste un secteur où les spécificités restent très fortes en matière de normes.

Comment vont se comporter les acteurs des TIC dans ce nouveau champ de normalisation qui s’ouvre avec les Smart grids ? Il n’est par certain qu’ils se fondent naturellement dans le moule de l’IEC, d’une part, auquel ils ne participent pas sauf exception et, d’autre part, qui couvre selon eux une partie des sujets liés aux Smart grids.

Pour en savoir plus :

Mandat M440
Rapport sur le travail mené dans le cadre du mandat M490

Une normalisation en plein mouvement dans le numérique

La normalisation dans le secteur des TIC est en plein bouleversement depuis quelques années. Considéré comme un secteur à part entière, le monde des TIC ne forme pourtant pas un ensemble homogène. Il est composé de trois domaines à l’origine bien distincts que sont les télécommunications, la télévision et l’informatique. Chacun a eu, jusqu’à un passé récent, une culture très spécifique de la normalisation.

Pour les télécommunications, le principe général se résume à faire communiquer des personnes ou des systèmes au travers d’une infrastructure. L’interopérabilité est un préalable à tout développement. Tout est formalisé (couches, protocoles, interfaces formats) afin de permettre une communication entre des terminaux qui ne se connaissent pas nécessairement. La normalisation répond à une nécessité.

Il en va de manière très différente dans la télévision où la priorité n’était pas d’échanger mais de distribuer des images en contrôlant le plus possible la chaîne de diffusion vers l’usager, selon une logique verticale où un minimum de normalisation suffit (codage du signal pour l’essentiel et gestion du spectre).

Le modèle informatique, diffère radicalement de ceux qui ont présidé au développement des télécommunications ou de la télévision. La culture logicielle, qui sous-tend le développement des systèmes informatiques et celle de l’Internet est infiniment plus flexible : elle est faite d’architectures logicielles en perpétuel réagencement. Les composants et d’applications s’emboitent et s’enchevêtrent via des interfaces de programmation (API). Les cadres de normalisation changent régulièrement de forme, de présentation ou de contenu sous la pression marketing des acteurs. L’informatique est le règne du standard de facto où ce qui est appelé norme n’est finalement souvent qu’une interface logicielle (par exemple, Google API - Application Program Interface - Interface de service accessible dans des conditions spécifiques à des programmes informatiques), voire, par extension, un produit (par exemple, Word Office).

Internet, qui est certes un réseau, mais dont les acteurs majeurs sont des produits de la culture logicielle, a changé progressivement la donne. Avec lui, l’univers des API a imposé progressivement ses règles et ses normes. Alors que les modèles de normalisation dans les télécommunications ou la télévision se construisaient dans les couches basses (infrastructures) vers les couches hautes (applications et services utilisateurs), les modéles de normalisation dans le logiciel privilégient les couches hautes, sans se soucier des couches basses qui, de toute manière, utilisent les protocoles de l’internet (l’Internet Protocol, IP, en premier lieu).

La France et l’Europe ont joué, dans les années 1980 et 1990, un rôle majeur dans la normalisation des télécommunications. Contre le scepticisme des Américains, le téléphone portable et sa norme européenne se sont imposés dans le monde entier. L’ETSI a été l’artisan de ce succès. Pourtant, tout en reconnaissant le poids de la normalisation ex-post, l’Europe n’a pas tiré les conséquences de l’arrivée de l’Internet. Elle a cherché à reproduire le modèle GSM avec des normes ouvertes sous couvert d’une politique de diffusion de normes dite FRAND (Fair, Reasonnable and Accessible in Non Discrimatory terms - normes accessibles dans des conditions équitables et non discriminatoires). Ils donnent généralement lieu à des royaltees contrairement au World Wide Web Consortium (W3C - organisme de normalisation qui supervise le développement d'un ensemble de normes, telles que l'html, le xml, etc.). Le modèle de l’Internet, qui tient beaucoup aux écosystèmes logiciels, fonctionne sur des bases où le gratuit et le payant se mélangent de manière plus complexe. Apple et Google ont su, chacun à leur manière, jouer de ces nouveaux modèles dont ils ont été les acteurs majeurs. Force est de constater aujourd’hui que l’Europe est peu présente dans cette grande compétition des APIs.

Les organismes de standardisation restent très actifs dans la normalisation des couches de communication. Les acteurs tirent des revenus importants des licences liées aux brevets (IPRs (Intellectual Property Rights ). Le centre de gravité s’est cependant déplacé de la maîtrise des IPRs vers une âpre concurrence dans les services applicatifs et en particulier sur les API. Et à ce jeu-là, ce sont les acteurs du marché qui donnent le la, bien plus que les organisations de normalisation.

Cette bataille – car c’en est une – des API touchera demain de manière inéluctable le secteur de l’énergie. Jusqu’où ? Déjà une simple recherche sur internet de « Smart Meter » + « open source » + « API » donne 171 000 réponses. La concurrence sera celle-là. Elle n’est pas celle des normes gratuites contre les normes payantes mais de la bonne combinaison des deux afin que l’un soit le moteur de l’autre comme sait très bien le faire Google.



Cette fiche a été rédigée par ITEMS International.






«Page 6 de 18»

Rechercher

Se tenir informé

Abonnez-vous à notre liste de diffusion pour être informé régulièrement des mises à jour du site.

S'abonner

Participer au site

Vous souhaitez participer à notre site ou réagir à un dossier, contactez-nous dès aujourd'hui.

Nous contacter

Les forums de la CRE

La CRE organise des forums, associés à chaque nouveau dossier, pour donner la parole aux experts des Smart grids.
Se tenir informé des prochains forums

Nos contributeurs

Notre site se nourrit aussi de vos contributions. Nous tenons donc à remercier "Alcatel-Lucent" qui fait partie de nos 162 contributeurs.
Découvrir nos contributeurs