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Helle Kristoffersen, Directeur adjoint de la Direction Stratégie et Intelligence Economique au sein du groupe Total

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Quelles sont les raisons qui ont poussé le groupe Total à se positionner sur les marchés des énergies renouvelables ? Pourquoi avoir notamment fait le choix de l’énergie solaire et non de l’éolien ?

Helle Kristoffersen

Cette décision d’investir dans les énergies renouvelables relève d’un constat simple : alors que la demande d’énergie va continuer de croître, la production d’hydrocarbures atteindra un plateau autour de 2020/2025. Les énergies fossiles ne représenteront alors plus que les trois quarts du mix énergétique mondial en 2030 c’est-à-dire qu’elles seront insuffisantes à elles seules pour satisfaire la demande. On peut sans doute réduire l’accroissement de la demande via une plus grande efficacité énergétique (ce qui est notre responsabilité collective) mais il faudra de toute façon faire appel à toutes les sources d’énergie disponibles. Développer des énergies renouvelables, en complément des énergies fossiles, nous semble donc être une réponse adéquate pour satisfaire les besoins en énergie de la planète - sans compter que les EnR sont aussi indispensables à la réduction des gaz à effet de serre. C’est dans le cadre de cette stratégie que nous avons procédé tout récemment à des investissements importants dans le solaire photovoltaïque avec, notamment, le succès de notre offre publique d’achat (OPA) sur l’américain SunPower qui correspond à un investissement d’environ 1,3 milliard de dollars pour Total.

En réalité, notre volonté d’investir dans les énergies renouvelables ne date pas d’hier puisque le groupe est présent dans la filière solaire photovoltaïque depuis 1983, date de la création de Tenesol, aujourd’hui un des leaders du solaire en France et dont nous venons de prendre le contrôle à 100 % en rachetant les parts d’EDF EN. Simplement, nous sommes en train de passer à la vitesse supérieure. Notre ambition est de développer des capacités sur l’ensemble de la chaîne de valeur, en nous positionnant sur les technologies innovantes. Sur l’amont de la chaîne, par exemple, nous avons pris en 2010 une participation de 25,4 % dans la société américaine AE Polysilicon (AEP), qui a développé un procédé de purification du silicium innovant (matériau semi-conducteur utilisé pour la fabrication de cellules photovoltaïques) et cinq fois moins énergivore que les procédés industriels classiques.

Par contraste avec l’éolien, nous pensons que l’industrie du solaire va encore connaître des ruptures technologiques – et des gains de productivité associés - auxquelles Total a l’ambition de participer activement via ses compétences en matière de R&D et son excellence technologique.

Nous sommes néanmoins réalistes sur l’état actuel du marché solaire : il restera, en effet, cyclique à court terme. Toutefois, nous croyons à son développement et c’est la raison pour laquelle nous avons décidé de nous positionner sur ce marché avec une vision long terme.

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Parviendra-t-on demain à produire de l’électricité bon marché à partir de l’énergie solaire ?

Helle Kristoffersen

L’augmentation continue des rendements des panneaux solaires photovoltaïques ainsi que la baisse concomitante des coûts sont deux facteurs clés de la parité réseau (moment à partir duquel l'électricité produite par une installation photovoltaïque peut être proposée au même prix que l'électricité conventionnelle), ce point critique où l’électricité solaire devient compétitive par rapport aux autres sources de production électrique (l’autre facteur étant le prix de référence de l’électricité non solaire). Cette baisse des coûts du solaire s’est encore accélérée ces dernières années avec la montée en puissance des producteurs asiatiques qui ont, par ailleurs, créé des surcapacités importantes, d’abord, et on l’ignore souvent, sur le marché domestique chinois et ensuite dans le reste du monde... Le prix d’une cellule qui était de 1,5 euros/Wc début 2009, est passé de 0,9 euros en janvier 2011 et 0,6 euros en juin. A ce rythme, la parité réseau sera bientôt une réalité ! Nous estimons qu’elle sera atteinte entre 2015 et 2020 dans les pays de l’OCDE et que dans les régions du monde particulièrement ensoleillées où l’électricité est très chère, comme en Italie ou en Californie, l’électricité photovoltaïque sera compétitive avant 2015.

Toutefois, pour évaluer la performance économique d’un système prêt à l’emploi, il faut tenir compte aussi des coûts de conception, d’ingénierie et d’installation, qu’on appelle parfois le BOS (« balance of system »). Ces coûts varient énormément d’un pays à l’autre (à titre d’illustration : 75 % du coût final d’un système installé en France, 50 % en Allemagne), notamment à cause des différences en matière de frais administratifs et financiers et selon l’intensité de la concurrence et la structure du marché national. Les enjeux du solaire en matière de création d’emplois et de politique industrielle dépassent largement la question de la seule production des panneaux. Selon nos estimations, en France, sur l’ensemble des emplois directs générés par la filière PV, plus de 50 % sont dédiés à la partie BOS.

Notre filiale Tenesol est particulièrement active sur ce marché des installations photovoltaïques et travaille à gagner chaque jour en compétitivité et à baisser le prix pour le client final. De même, l’une des forces de SunPower (société de production de cellules photovoltaïques), c’est sa compétitivité principalement due à ses panneaux à hauts rendements qui permettent de réduire très sensiblement le coût de l’installation.

Toujours sur le thème de l’efficacité et la compétitivité du solaire, soulignons enfin que Total consacre d’importants efforts de recherche grâce à des partenariats avec les grands laboratoires mondiaux, en France (avec le LPICM de l’Ecole Polytechnique, le LAAS à Toulouse..) et à l’étranger (USA, Suisse, Belgique, Allemagne). Nos objectifs sont d’accélérer la réduction des coûts, d’accroître l’efficacité des composants actuels et à venir en termes de conversion électrique et de multiplier les usages et les possibilités d’intégration au bâti. Nous sommes également impliqués sur la question de l’analyse du cycle de vie des panneaux photovoltaïques et sommes membre de l’Association PV Cycle, active dans la structuration d’une filière de recyclage des panneaux en fin de vie.

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Le développement des énergies renouvelables intermittentes va nécessiter davantage d’intelligence dans l’ensemble du système électrique, et plus particulièrement sur les réseaux électriques, afin d’acheminer cette production vers les lieux de consommation. Quel est le point de vue et le positionnement de Total sur les Smart grids ?

Helle Kristoffersen

Il est clair que le monde de l’énergie ne peut pas aujourd’hui s’employer à soutenir la production d’électricité d’origine renouvelable sans traiter la question de l’intermittence à travers les Smart grids : le sujet n°1, pour ce qui nous concerne, est le stockage d’énergie puis celui des micro-grids ou réseaux locaux à la fois générateurs et producteurs d’énergie. En 2009, Total a signé un contrat d’un montant de 4 millions de dollars sur cinq ans avec le MIT (Massachusetts Institute of Technology – États-Unis) afin de participer au développement d’une batterie de forte capacité, à longue durée de vie et peu onéreuse. Fin 2010, face aux résultats très encourageants de ce projet, les partenaires ont décidé de créer une start-up, LMB Corp. (Liquid Metal Battery Corporation), pour développer ces systèmes de forte capacité de stockage.

En parallèle, nous observons avec attention le développement des technologies des réseaux intelligents et nouons des collaborations avec les industriels dont le cœur de métier est directement impacté par ces technologies.

CRE

Quel(s) rôle(s) pensez-vous pouvoir jouer sur ce marché ? Votre stratégie consiste-t-elle à viser le leadership ?

Helle Kristoffersen

Oui, absolument ! Nous voulons devenir une compagnie mondiale intégrée, allant de la fabrication de cellules à l’installation de systèmes solaires. Nous avons ainsi finalisé en juin dernier l’OPA amicale sur SunPower dont nous détenons désormais 60 %. SunPower est la première société à produire des cellules avec un rendement de 24 % contre 16 % à 18 % en moyenne pour ses concurrents. Elle dispose d’un management de grande qualité qui lui a permis de figurer parmi les 3 leaders mondiaux du secteur. L’ambition de Total est donc claire : dans ce marché pas encore mature, nous souhaitons faire partie des meilleurs acteurs mondiaux. La stratégie d’intégration que nous menons depuis plusieurs années, notre capacité à aller chercher les conditions de production industrielle les plus optimales ainsi que de nouveaux débouchés pour notre offre énergétique chaque jour plus compétitive, nous offre des atouts pour atteindre cette ambition et ressortir gagnants de la période particulièrement mouvementée que traverse actuellement le marché photovoltaïque.

L’énergie solaire permet également à Total de développer des programmes d’accès à l’énergie pour tous qui relèvent de notre responsabilité d’entreprise. Ainsi, forts de notre expérience avec Tenesol au Maroc où plus de 25 000 foyers ont été électrifiés grâce au PV, nous avons lancé une offre solaire destinée au Bottom of The Pyramid (BOP), autrement dit aux segments de populations les plus pauvres, en Indonésie, au Cameroun et au Kenya, avec pour ambition de l’étendre à plus vaste échelle.

Helle Kristoffersen est Directeur adjoint de la Direction Stratégie et Intelligence Economique au sein du groupe Total.

Ancienne élève de l'Ecole normale supérieure (Ulm), diplômée de l'Ecole Nationale de la Statistique et de l’Administration Economique, et titulaire d'une maîtrise d'économétrie, elle a travaillé pendant 16 ans chez Alcatel-Lucent.

D’abord chargée du financement des projets au département finance, elle devient, en 1995, Responsable du département des fusions-acquisitions. En 1998, elle est nommée Secrétaire du comité exécutif de l’entreprise. De 2000 à 2002, elle a exercé la fonction de Directeur du marketing et « business development » puis est devenue en 2005 Directeur de la stratégie d'Alcatel. En 2009 et 2010, elle était « Senior vice president », en charge des grands comptes stratégiques du groupe.



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