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Interview de Jean-Philippe Hermine (Renault) :

En quoi consiste votre politique eco2 ?

Depuis 1995, le plan Environnement de Renault est structuré pour répondre, partout dans le monde et dans tous les métiers de l’entreprise, à 5 grands objectifs :

  1. préserver la valeur du patrimoine ;
  2. supprimer ou réduire les impacts sur l’environnement ;
  3. concilier les offres de produits et de services avec la protection de l’environnement ;
  4. appliquer le management de l’environnement à toute l’entreprise, sur l’ensemble du cycle de vie du véhicule ;
  5. organiser une communication environnementale transparente.

Depuis 2007 et la création de sa signature environnementale, la politique de Renault dans le domaine est connue sous le nom de Renault eco².

Eco2 signifie « écologique et économique ». Cette signature souligne que la démarche environnementale est fondée sur le fait qu’il est essentiel d’offrir au plus grand nombre de clients des solutions de mobilité durable les plus performantes à un prix accessible.

L’engagement de Renault sur une gamme de véhicules électriques accessibles à tous en est l’illustration la plus forte. La gamme Z.E. est le porte-drapeau de sa mobilisation pour l’environnement.

Quelles sont les grandes orientations de votre plan stratégique « Renault 2016 - Drive The Change » ?

Dans le domaine de l’environnement, Renault a pris deux grandes orientations dans le plan stratégique « Renault 2016 - Drive the change ».

  1. Faire du véhicule électrique un marché de masse en commercialisant progressivement dans les semaines à venir une gamme complète de véhicules électriques accessibles à tous. La gamme Z.E. de Renault alliée à celle de Nissan devrait permettre au groupe d’avoir mis en circulation 1,5 million de véhicules électriques d’ici 2016.
  2. Le véhicule électrique est, à court et moyen terme, la seule rupture possible dans le secteur du transport automobile pour, non seulement, réduire significativement les émissions de CO2 à l’usage, mais aussi influer sur le cycle de vie complet de l’automobile.

Cependant, Renault prépare aussi l’avenir en engageant toute l’entreprise sur une réduction « de son empreinte carbone monde de 10 % d’ici 2013 par véhicule et de 10 % additionnels entre 2013 et 2016 ». Ces progrès se porteront sur chaque étape de la vie du produit, mais aussi sur l’ensemble des fonctions supports, telles que les systèmes d’information, les déplacements professionnels, l’organisation du travail, etc. La nouvelle usine de Tanger sera le premier site industriel automobile au monde « carbone zéro » avec une capacité de fabrication de 400 000 véhicules par an à 98 % zéro carbone, liés à l’électricité issue d’un parc éolien et à un chauffage alimenté par de la biomasse (bois, noyaux d’olive). Les 2 % des émissions de CO2 restantes seront compensées. Nous avons reçu en avril 2011 le Prix européen de l’énergie durable dans la catégorie de la production pour cette innovation « industrielle ».

En quoi consiste le projet d’installation de panneaux photovoltaïques sur le toit des usines Renault ? Pourquoi avoir installé autant de panneaux solaires ?

Ce projet d’installation démontre l’engagement de Renault dans la réduction des gaz à effet de serre. Nous lançons en effet le plus grand projet photovoltaïque automobile mondial, dont la fin des travaux est prévue en février 2012.

Les panneaux solaires vont couvrir les parkings d'expédition des véhicules vers les clients des usines de Douai, Maubeuge, Flins, Batilly et Sandouville, ainsi que les parkings du personnel de Maubeuge et de Cléon.

À terme, ce seront 450 000 m² (soit l’équivalent de la superficie de 63 terrains de football) de panneaux solaires qui seront installés sur ces usines, pour une puissance installée de 60 MW (soit la consommation annuelle d’électricité d’une ville de 15 000 habitants). Ainsi, l’utilisation de cette énergie renouvelable permet de réduire les émissions de CO2 de 30 000 tonnes par an.

Ce programme représentera près de 6 % des capacités de production photovoltaïque installées en France.

Quelles sont les autres actions menées par Renault pour réduire sa consommation d’énergie et son empreinte carbone ?

En plus de l’accent porté sur le véhicule électrique, Renault introduit de nouvelles technologies environnementales sur les moteurs thermiques.

Deux points forts viennent souligner cet engagement :

  • la généralisation de nouvelles technologies sur les moteurs et transmissions conventionnels : réduction de la taille des moteurs thermiques, à travers notamment la gamme Energy, qui consiste à réduire la cylindrée d’un véhicule tout en préservant sa puissance dans le but de réduire la consommation, et nouvelles transmissions Efficient Dual Clutch (EDC), alliant le confort d’une boîte automatique et la sobriété et la réactivité d’une boîte manuelle ;
  • le travail R&D de l’Alliance sur une palette de technologies : hybrides, biocarburants, gaz, hydrogène, etc.

À côté de ces aspects techniques, Renault mène également des actions de sensibilisation environnementale auprès des automobilistes et des citoyens, telles que la création de programmes de formation à l’éco-conduite.

Comment s’intègre le véhicule électrique dans cette politique ?

Le véhicule électrique offre de nouvelles visions de la mobilité. Son empreinte carbone est très favorable. Les émissions de gaz à effet de serre sont quasi-inexistantes dans la phase « usage », excepté celles liées à la phase de maintenance du véhicule lors de son passage dans le réseau après-vente.

Plus en amont, la production et la distribution d’électricité contribuent plus fortement à l’empreinte carbone. Elle est très variable d’un pays à un autre, et fortement dépendante de la politique énergétique des pays. Dans les années à venir, le véhicule électrique profitera de la décarbonisation programmée de la production électrique dans les différents pays. Ainsi, 20 % de la production d’électricité européenne est d’ores et déjà renouvelable, avec des pays comme l’Espagne qui atteignent déjà près de 35 %. Une Fluence électrique roulant en Espagne aura une empreinte carbone de l’ordre de 1,8 tonne équivalent CO2 par an (pour 10 ans de vie et 150 000 km parcourus).

Les accords internationaux sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre (Kyoto, etc.), les politiques de réduction des importations d’énergie pour des raisons financières ou de dépendance politique, les techniques de séquestration des gaz à effet de serre, l’augmentation des parts d’énergie renouvelables permettront de tendre vers le zéro émission.

Étant donné que l’usine devant produire les batteries des voitures électriques à Flins aura un an et demi de retard, Renault a-t-il revu à la baisse ses scénarios de développement du véhicule électrique ?

Non. Ce décalage ne remet pas en cause le projet d’usine de batteries à Flins et ses grands principes, à savoir la production de batteries et le travail de recherche sur les futures générations de batteries.

De plus, il n’aura pas de conséquences sur les lancements commerciaux des véhicules électriques de Renault.

Le véhicule électrique semble promis à un brillant avenir. Même si l’autonomie des véhicules, de l’ordre de 150 kilomètres, a fortement évolué du fait des progrès technologiques de la batterie, elle demeure encore limitée. Le véhicule électrique va donc naturellement trouver des débouchés auprès d’utilisateurs qui réalisent des trajets courts, dans un périmètre restreint équipé d’une borne de recharge. Star du mondial de l’automobile 2010, le véhicule électrique trouvera aussi son public essentiellement auprès d’entreprises qui souhaitent remplacer ou constituer une flotte de véhicules à usage professionnel.

La ville est, tout au moins dans un premier temps, la terre d’élection pour ce véhicule et ce nouveau type de mobilité.

Ce nouveau mode de déplacement ne semble pas uniquement devoir remplacer les véhicules thermiques, mais constitue l’objet technique à partir duquel une nouvelle mobilité, en rupture avec le modèle de la voiture particulière thermique, pourrait émerger. Dans un contexte de congestion croissante des villes qui engendre des difficultés à circuler et à stationner et compte-tenu de l’augmentation de la pollution, se développent les concepts de multimodalité et d’autopartage. Les villes pourront définir autour d’elles des « périmètres verts » où les véhicules électriques pourraient être prioritaires.

La multimodalité consiste à proposer, à côté des transports en commun, un nouveau mode de déplacement fondé sur l’utilisation de véhicules en libre-service. L’autopartage, qui consiste à emprunter une voiture pour une courte durée après réservation par Internet ou serveur vocal, se développe dans toute la France. L’un des projets d’autopartage les plus emblématiques est Autolib. Le projet Autolib prévoit de mettre à disposition 3 000 véhicules électriques dans 1000 stations dont 700 à Paris à partir de l’automne 2011. Ce mode de transport, qui évite les contraintes et les coûts liés à la détention en propre d’un véhicule, a d’autant plus d’avenir que les véhicules électriques sont, pour le moment, peu plébiscités par les particuliers, compte-tenu de l’autonomie limitée, du faible nombre de bornes de recharge disponibles et du coût important d’achat du véhicule. Ce mode de transport, à partir d’un véhicule non privatif faisant partie d’un parc détenu et géré par une collectivité publique, mais dont l’usage est individuel, est tout à fait innovant et témoigne du fait que le véhicule électrique est un nouveau moyen de transport qui tient à la fois du domaine public et du domaine privé.

La voiture électrique, qui devient un élément du mobilier urbain, constitue un défi en termes d’aménagement du territoire. En effet, le développement des véhicules électriques dans les villes nécessite la construction d’infrastructures de recharge. Les véhicules et les bornes de recharge vont constituer un nouveau réseau qu’il faut parvenir à intégrer dans la ville où se superposent et s’entrecroisent déjà un certain nombre de réseaux (routier, ferré, etc.). Pour concevoir ce réseau, il va falloir anticiper les usages afin d’installer les bornes de recharge aux endroits adéquats et renforcer les réseaux en conséquence, afin de créer des places de parking qui permettent la recharge des véhicules, pour mettre en place des systèmes incitant au développement de l’usage de ces véhicules (exemple : parking gratuit, etc.).

Les collectivités territoriales ont un rôle important à jouer pour accompagner le développement de cette nouvelle mobilité décarbonée induite par le déploiement du véhicule électrique. Bénéficiant du soutien de l’Union européenne, les villes du futur, celles qui s’engagent sur la voie des « Smart cities », auront à cœur de développer les véhicules électriques.


Jean-Philippe Hermine
28 septembre 2011



Né en 1964, Jean-Philippe HERMINE est Ingénieur Géologue de l’Ecole Nationale Supérieure de Géologie de Nancy. Entré chez Renault en 1996 pour piloter l’ensemble des audits environnementaux dans le cadre des restructurations et transactions du Groupe (RVI, Volvo, Dacia, Samsung, etc.), il devient en 2000 responsable de l’animation de la performance du réseau environnement industriel sur les thématiques des sols, des rejets atmosphériques et des déchets. En 2004, il rejoint la Direction du Plan Environnement pour coordonner la mise en œuvre de la Politique Recyclage et la construction de partenariats stratégiques et innovants sur le recyclage et la valorisation de matières. En 2009, il est nommé chef du service Energie, Hygiène, Sécurité et Environnement pour l’ensemble des sites du Groupe Renault dans le Monde. Depuis le 1er juillet 2011, il occupe les fonctions de Directeur du Plan Environnement du Groupe Renault et PDG de Renault Environnement.



Présent sur tous les continents avec plus de 30 sites industriels et plus de 18 000 établissements commerciaux dans 118 pays, Renault conçoit, fabrique et commercialise une large gamme de véhicules innovants, sûrs et plus respectueux de l’environnement.




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